Lou

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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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25 novembre 2008 2 25 /11 /novembre /2008 00:01
 

Ludwig van Beethoven, Sonate pour piano en ut mineur, opus 111, second mouvement, Arietta, adagio molto semplice e cantabile (construit sur un mode de thème et variations en ut majeur), 1822, int. Friedrich Gulda, 1967.

La complexité de l'œuvre était inouïe pour les copistes et les interprètes.
 
Balzac, Le chef-d'œuvre inconnu, première version éditée en 1831 et remaniée jusqu'en 1837. Dans l'édition Furne de La Comédie humaine (1842-1848), la nouvelle figure dans les Etudes philosophiques auprès de La Peau de chagrin et de La Recherche de l'absolu.
 
 
Un peintre novice, riche seulement de son talent et de l'amour de la belle Gillette, entreprend, étape obligée de tout parcours initiatique, la visite au grand maître en son atelier. La rencontre entre Nicolas Poussin, car c'est de lui qu'il s'agit, et de Maître Porbus lui réservera bien des surprises. Maître Frenhofer, personnage étrange, est lui aussi de la partie et accapare l'attention des protagonistes et du lecteur. Il fascine par la justesse de ses commentaires savants et par l'art d'allier le geste à la parole. En quelques coups de pinceau, il métamorphose le tableau, fort bon au demeurant, de Porbus. "Marie l'Egyptienne", après son intervention, semble renaître à la vie. Conviés chez Maître Frenhofer, Poussin et Porbus apprennent qu'il travaille depuis dix ans à une oeuvre magistrale, le portrait de Catherine Lescault, en regard duquel toutes les toiles qu'ils ont pu admirer à loisir chez leur hôte ne sont que de vulgaires ébauches. Mais Frenhofer n'autorise personne à pénétrer dans son atelier. Le chef-d'oeuvre n'est pas achevé, Frenhofer doit encore le confronter à une femme réelle, un modèle à la beauté parfaite. Poussin conçoit d'emblée le plan qui l'introduira dans le saint des saints de la peinture : sa Gillette n'est-elle pas la femme que Frenhofer recherche désespérément ? Par l'entremise de Porbus, trois mois plus tard, le pacte est conclu avec un Frenhofer rongé par le doute, qui n'est plus que l'ombre de lui-même. Gillette posera pour lui, il dévoilera son chef-d'oeuvre. L'échange tourne au désastre : désastre de l'amour pour Gillette bafouée et délaissée, désastre des artistes qui ne découvrent sur la toile qu'"un mur de peinture" où subsiste seul un pied merveilleux, désastre du créateur qui, le soir de cette révélation, se suicide en détruisant son oeuvre.
 
Incipit : Vers la fin de l'année 1612, par une froide matinée de décembre ---
 
Un récit où les figures récurrentes sont le sang, le feu ou la flamme céleste ou Dieu et cette fleur de vie que le vieux peintre Frenhofer cherche à cueillir et recueillir sur sa toile :
Frenhofer […] a profondément médité sur les couleurs, sur la vérité absolue de la ligne […] le vif de la ligne --- (propos tenu par Porbus).
Un chef-d'œuvre qu'on ne peut voir :
Le vieux lansquenet se joue de nous, dit Poussin en revenant devant le prétendu tableau. Je ne vois là que des couleurs confusément amassées et contenues par une multitude de lignes bizarres qui forment une muraille de peinture.
[…]
En s'approchant, ils aperçurent dans un coin de la toile le bout d'un pied nu qui sortait de ce chaos […] un pied vivant !
 
Comment en est-on arrivé là ?
 
Le film de Jacques Rivette, La Belle Noiseuse (1991), nous éclaire en contrechamp.
L'histoire est au fond la même.
 
Incipit : Ce jour-là, un lundi de début juillet, entre quinze et seize heures.
 
Le génie de Jacques Rivette est de transposer le drame dans une situation où l'abstraction est dominante et où la subversion viendrait de la représentation figurative *. Bernard Dufour (les mains de Michel Piccoli) donne une superbe leçon de peinture – il est aussi un grand peintre (à qui la censure a cherché noise…). Seulement, il faut le sang, dans La Belle Noiseuse il y a le sang.
Gillette est devenue Marianne et Liz, la compagne de Frenhofer, œuvre à la taxidermie, le semblant du vivant en tableau :
Un colvert… on dirait tout à fait une peinture de Oudry (dit par Porbus).
 
 
 
Jean-Charles Oudry, Canard colvert accroché à un mur, 1764
 
Vous n'entendez pas la forêt ? demande Frenhofer. La forêt et la mer mêlées, c'est ça la peinture.
 
 
Gerhard Richter, Forest [731], 1990
(il s'agit d'une série de quatre peintures initialement présentées sous le titre Metropolis, une abstraction géométrique donnant l'illusion d'une vue en trois dimensions ; les tableaux recouverts de couleurs ont été balayés, en deux temps – on remarque une césure au centre, pour donner ce savant et fin "chaos")
 
Frenho poursuit :
Il faut courir des risques, seulement tout le monde n'est pas fait pour les risques… pour être inventeur.
Une pause, une récréation, une devinette posée par Marianne à Frenhofer :
Qu'est-ce qui marche dans un chemin creux, qui ne se repose jamais et qui ne revient jamais en arrière ?
Non, ce n'est pas Marianne, ce n'est pas Frenhofer, c'est… un fleuve.
L'analyse filmique de La Belle Noiseuse appellerait d'innombrables lignes – la finesse des éclairages, les jeux de miroirs, les promenades en steadycam…
Quelques moments volés.
La première séance de pose, comme une peinture magdalénienne au trait (référence de Bernard Dufour) ---
 
 
La belle Liz voilée par la noiseuse Marianne ---
 
 
L'empreinte du pied, Balzac – Rivette ---
 
 
Enfin, on voit le sang et le pied, métonymie et synecdoque au principe de la représentation * : Liz et Marianne l'ont vu, Liz a tracé une croix de mort sur l'envers du châssis devant la signature F. 90 --- Magali, l'enfant, a vu et reconnu : elle est belle ! c'est la demoiselle ? --- Oui, lui répond Frenhofer, c'est ça le secret --- et ils emmurent la toile ---
 
 
La même année, hors les murs ---
 
 
Gerhard Richter [un inventeur *], Abstract Painting [747/1], 1991
 
Dernière réplique de Liz à Frenhofer : tu me surprendras toujours, toujours…
L'étonnement au regard de l'art.
 
Et La Belle Noiseuse ? le chef-d'œuvre inconnu ? Picasso en aurait donné une version. En 1927, Ambroise Vollard l'avait sollicité pour illustrer le récit de Balzac. Picasso se sentant proche de Frenhofer a volontiers répondu à la demande. L'attribution du dessin de 1934 a été controversée.
 
 
__
 
* notre terminologie appelle quelque définition, mais ceci est une autre histoire… celle d'un Reinhardt à apprivoiser…
 

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