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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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4 juillet 2013 4 04 /07 /juillet /2013 23:01

  

Michel Onfray, La raison des sortilèges

Michel Onfray avec Jean-Yves Clément, La raison des sortilèges – Entretiens sur la musique, Editions Autrement, 2013

 

Michel Onfray, ca 2013

 

La musique selon Onfray, ce sont d'abord les musiciens qu'il écoute :

 

Satie, Chostakovitch, Bach – Jésus que ma joie demeure, Concerto italien interprété par Gould, Schubert, Mahler – un Thoreau musicien, Berlioz, Nietzsche, Eric Tanguy (compositeur originaire de Caen, auteur d’œuvres sur des textes de Michel Onfray), Boulez, Dutilleux, Xenakis « que je place au plus haut », Philippe Hurel, Gérard Grisey, Bruno Mantovani, Philip Glass, John Adams, Steve Reich, François Dufaut, Nicolas Hotman, Jean Lacquemant dit Dubuisson, Marin Marais, Sainte-Colombe, Schubert – Quintette pour deux violoncelles, Trio opus 100, Lieder et notamment Le Voyage d'hiver, Wagner... Stravinsky – Le Sacre du printemps, « coup de génie de 1913 », Scriabine, Ravel – Boléro, Luigi Russolo – un futuriste italien, fondateur du bruitisme en 1913, Schönberg – un nitzschéen, Pierre Thilloy – dont on ne peut entendre les œuvres.

 

Où sont les femmes compositeurs dans le passé ? Aujourd'hui, elles sont très peu.

Au-delà d'une différence d'éducation, qui tend seulement à s'estomper, et de la domination sociale des hommes, dont les femmes font encore les frais, on peut chercher du côté d'une différence ontologique. Les hommes sont plus souvent animés par une pulsion de mort : corrida, guerre, crime, meurtre – les femmes constituent moins de 4% de la population carcérale, chasse, pêche... Les femmes répondent plutôt à une pulsion de vie.

« Elles n'ont pas forcément besoin des hochets qui amusent les hommes. »

 

Michel Onfray dit son goût particulier pour le XIXe siècle : les paysages de C. D. Friedrich, le rêve communiste planétaire de Marx, les socialistes utopiques.

 

Il cite les philosophes qui ont, selon lui, le mieux parlé de la musique :

 

Jankélévitch, Rousseau, Schopenhauer, Clément Rosset, Adorno « la matérialité de l'art ici et maintenant », Eduard Hanslick – Du beau dans la musique, 1854, un précurseur tenant de l'hypothèse que la musique n'exprime rien.

 

Il n'attend rien de l'enseignement et de l’Éducation nationale : « l'école fabrique des rouages pour la machine sociale. […] A quoi bon des poètes et des musiciens dans un monde qui se prosterne sans cesse devant le veau d'or ? »

Un air de pipeau, une dictée musicale, une note... sur le bulletin...

 

Berlioz et Debussy.

 

Berlioz trace un sillon hédoniste, vers Varèse, Xenakis ; Debussy, un sillon ascétique, en augmentant le silence, vers Webern, Cage.

Messiaen vient des deux.

 

« La modernité dominante, officielle, institutionnelle, s'est faite dans le sens de la raréfaction : raréfaction du sens avec Joyce, raréfaction du personnage et de l'intrigue avec le Nouveau Roman, raréfaction de la peinture avec le carré blanc sur fond blanc de Malévitch […], raréfaction de l'image avec parfois leur disparition dans le cinéma, je songe à Hurlements en faveur de Sade, de Guy Debord, soixante-quatre minutes d'écran blanc..., raréfaction de l'aliment dans l'assiette de la Nouvelle Cuisine, raréfaction du son dans la musique, donc, jusqu'au silence avec Cage, assassinat de l'image et des collisions de l'imaginaire dans la poésie lettriste d'Isou, raréfaction généralisée...

[…]

Une immense aspiration nihiliste vers le silence, le rien, le néant, la disparition... Triomphes des prophètes de ce rien devenu tout : Baudrillard, Virilio... »

 

Une autre modernité est là : profusion, abondance, Céline, Cobra, la Nouvelle Vague, Philippe Jaccottet...

 

La musique, écoutons-la. La musique ne raconte rien, ou seulement pour une musique délibérément narrative, elle n'exprime rien, ni elle-même ni le monde.

 

« Elle ne se dit pas, elle ne dit rien, elle est l'une des modalités du monde. […] La musique est un monde dans le monde, mais elle ne dit pas ce monde, ce qui supposerait une extériorité à son endroit. Or elle constitue ce monde. Schopenhauer aura peut-être le plus et le mieux approché cette saisie d'un monde dans le monde qui n'exprime pas le monde. »

 

« Le Beau n'est plus une notion possible ou pensable depuis la mort de Dieu qui a entraîné celle du Beau, du Bien, du Juste, du Vrai et autres idoles majuscules. »

Lors de son exil à New York, Duchamp a emporté L'Unique et sa propriété de Stirner et Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche.

 

« La musique est – comme modalité voulue du réel sonore. […] La musique est un bruit volontaire. »

« Et l'on retrouve Stravinski : la musique ne dit pas la musique, elle ne dit rien, elle est. »

 

Contre les musicologues – « la musicologie est à la musique ce que la gynécologie est à l'amour », Michel Onfray défend une écoute subjective de mélomane, un jugement de goût d'amateur, au sens étymologique, au gré des humeurs changeantes – auxquelles échappent Bach, Palestrina, Mozart, Mendelssohn, Chopin : le perspectivisme des sophistes contre la Vérité platonicienne.

 

Des choses cachées depuis la composition des Psaumes, au moins : une scène primitive.

 

« Le christianisme, ridicule sur ce sujet comme sur tant d'autres, a tenu la voix pour l'instrument du diable, de la séduction au sens étymologique : la voix écarte du droit chemin.

[…]

Dans notre civilisation chrétienne, les Pères de l’Église ont été nombreux à refuser le chant, trop hédoniste, pour célébrer Dieu.

[…]

La voix de femme, voilà l'ennemie, la voix de la séduction, la voix libidinale, la voix du péché, la voix de l'érotisme, la voix du corps, la voix de la matière... »

[…]

Je me souviens, à Bordeaux, d'un concert de Cecilia Bartoli dont chaque respiration profonde faisait gonfler la poitrine et pigeonner le corsage. Ses seins menaçaient de déborder le bustier à chacune de ses respirations. Elle ouvrait immensément la bouche pour avaler goulûment l'air. Elle écartait les bras, pompait l'oxygène comme un animal insatiable. Elle faisait ensuite sortir de son ventre, de son bas-ventre qui bougeait en même temps, un chant qui faisait vibrer la totalité du théâtre, les fauteuils et ceux qui s'y trouvaient, les velours et les ors, le plafond... Les vibrations pénétraient alors l'intimité de chaque auditeur. Le corps entier des cinq cents personnes présentes subissait la loi de cette petite femme transformée en sirène, en sorcière, en magicienne, en fée... Philippe Sollers qui était là jouissait comme un enfant, oscène à souhait, sans souci du public (ou alors : n'ayant de souci que de s'exhiber en public...), exhibant sa jouissance régressive avec de bruyantes onomatopées... On assistait là à une scène primitive jouée par un fœtus rapportant sa jouissance primitive dans les premiers rangs du théâtre de sa ville natale... »

 

Contre la recherche du plaisir, « la haine chrétienne de la polyphonie ».

 

La Messe, suite de pièces musicales accompagnant la parole et l'eucharistie, est à l'origine purement vocale et composée en chant grégorien, un répertoire liturgique illustré dans le style musical du plain chant, monodique, que l'on retrouve dans les rites hébreux, musulmans ou bouddhistes.

 

Ainsi parlait Zarathoustra est « un chef-d'oeuvre musical comme une monodie grégorienne », selon Michel Onfray.

 

La polyphonie apparaît vraisemblablement au IXe siècle. Le chant du soliste est soutenu par une voix de basse, un bourdon. Cette polyphonie ancienne est dissonante – et en cela, pour nous, moderne.

 

Le philosophe Jean Scot Érigène, un clerc irlandais venu à la cour de Charles le Chauve dans les premières décennies du IXe siècle, parle d’une musique à plusieurs parties, dans son ouvrage De divisione naturae. Il est considéré comme un libre penseur, notamment du fait de son De divina praedestinatione, où le péché et l'enfer sont comme des fables.

 

 

Chants de l’Église de Rome, VIe-XIIIe siècles, Ensemble Organum, Marcel Pérès, Zig Zag Territoires, 2008 – Messe de minuit, Offertoire, Letentur celi et exultet terra

 

  

Chants de l'Église de Rome, VIe-XIIIe siècles, Ensemble Organum, Marcel Pérès, Zig Zag Territoires, 2008 – Messe du jour, Introït, Puer narus est nobis

 

L'odore della tonaca.

 

Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lecteur) ?

Oui, bien sûr. J'avais dix ans, j'étais dans un orphelinat, j'ai lu Le vieil homme et la mer d'Hemingway et j'ai découvert ce jour qu'en ouvrant les pages d'un livre, la puanteur d'une pension de garçons et de prêtres pédophiles peut laisser la place aux odeurs d'embruns du grand large...

 

Michel Onfray a connu des prêtres pédophiles, il parle d'expérience, il a beaucoup souffert, et il le rappelle dans tous ses essais, de l'orphelinat où ses parents l'ont envoyé pendant plusieurs années.

 

Écoutons une fois encore la Messe de Tournai, datée du XIVe siècle, ou le Requiem composé par Johannes Ockeghem, probablement en 1461 pour l'enterrement de Charles VII, ou la cantate de Jean-Sébastien Bach, Jésus que ma joie demeure.

 

Ensuite, foin du sillon pieux !

 

 

Marche de la 4e brigade de partisans, Albanie, 1944-1990

 

Enver Hoxhoa et ses partisans ont créé un musée de l'athéisme à Shkodra, dans le Nord de l'Albanie où la religion catholique était majoritaire avant novembre 1944.

 

 

 

一代又一代,我們沒有忘記毛主席的恩情

Génération après génération nous n'avons pas oublié la gentillesse du président Mao, au temps de la grande révolution culturelle prolétarienne, Chine, 1966-1968

 

La Chine connaît également et fort heureusement des musiques célestes.

 

Freud, le retour.

 

Michel Onfray 357

Michel Onfray, crépusculaire, à notre grande joie

 

« Freud a sciemment menti, inventé des cas, travesti des faits, détruit des traces, racheté des correspondances pour les détruire, supprimer tout ce qui n'entrait pas dans la légende qu'il a construite sciemment dès le début de son apostolat.

[…]

Le plus grave est la falsification des résultats qui masque la vérité la plus cruelle : la psychanalyse ne soigne pas, elle n'a jamais permis à Freud, contrairement à ce qu'il a écrité, publié, dit, proclamé, de guérir un seul des cas dont il a annoncé la résolution. Le fameux homme aux loups, par exemple, a été analysé par Freud, mais aussi par une dizaine d'autres analystes et ce pendant près de soixante-dix ans, sans jamais enregistrer un seul bénéfice.

[…]

De Nietzsche, il dit ne pas l'avoir lu pour éviter de trouver chez un autre ce qu'il savait se trouver déjà chez lui ! Extraordinaire : il ne l'a pas lu, il ignore donc ce qu'on peut trouver en le lisant, mais il s'interdit cette lecture pour ne pas trouver chez un tiers ce qui est chez lui, pas mal, non ? »

 

Quand Michel Onfray parle de fraternité, de laïcité, de paix aux hommes de bonne volonté.

 

Michel Onfray, BFMTv, 24 mai 2013 357

 

 

Bourdin direct : Michel Onfray, BFMTv, 24 mai 2013

 

Michel Onfray, Grande Loge Nationale Française, 23 mai 201

 

La veille, il était à la Grande Loge Nationale Française où l'on jure sa foi en Dieu à l'entrée !

 

A venir : une page sur Nietzsche compositeur, une autre sur Zarathoustra, « grand opéra wagnérien sans musique », et encore... Vinteuil, Scriabine, Dutilleux... et Thoreau...

 

 

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DOCUMENTS

 

Jean Scot Érigène

 

Philosophe irlandais, le seul philosophe « de génie » en Occident entre Boèce et Anselme de Cantorbéry. Jean Scot naquit en Irlande (Eriu-gena = Scottus) au cours des premières décennies du IXe siècle. Il fit carrière à la cour de Charles le Chauve, en enseignant les arts libéraux à l’école du palais.

 

En 851, à la demande des évêques de Reims et de Laon, il écrivait le De diuina praedestinationecontre la thèse de Godescalc selon laquelle il y aurait une double prédestination, celle des élus au repos éternel et celle des réprouvés à la mort. Jean Scot se chargeait de prouver, à l’aide de la dialectique, que cette thèse est logiquement et ontologiquement inconsistante. Il réduisait l’augustinisme de la prédestination par l’augustinisme de la simplicité divine qui implique l’identité, en Dieu, de l’être et du vouloir. Il commençait (chap. 1) par professer l’identité de la vraie philosophie et de la vraie religion. B. Hauréau voyait là un signe de libre pensée. En réalité, J. Scot ne faisait que citer saint Augustin, De vera religione, 5, 8. Son audace n’était pas là, mais dans la réduction qu’il opérait immédiatement de la philosophie à la dialectique et aux quatre voies nécessaires pour résoudre tout problème : diairetikè, oristikè, apodeiktikè, analytikè. Ce sont les dialektikai methodoi des commentateurs alexandrins d’Aristote.

 

Après cette première œuvre, qui n’eut pas l’heur de plaire aux théologiens, mais qui n’en manifeste pas moins déjà la vigueur de sa réflexion, J. Scot revint à ses occupations coutumières en rédigeant un commentaire du De nuptiis Philologiae et Mercurii de Martianus Capella. Vers 860, à la demande de Charles le Chauve, il se mit à traduire les œuvres du Pseudo-Denys l’Aréopagite, puis celles de Maxime le Confesseur et le traité de Grégoire de Nysse sur la création de l’homme (De imagine). Il doubla ainsi sa culture latine et son information doctrinale, principalement augustinienne, d’une connaissance approfondie, exceptionnelle à son époque, de la littérature patristique grecque. Sans avoir eu accès aux œuvres de la tradition platonicienne, sauf le Timée dans la traduction de Calcidius, il fut le premier à mettre en œuvre la « loi des platonismes communicants », comme disait E. Gilson, en synthétisant de manière originale l’augustinisme et le dionysisme.

 

La nouvelle dynamique doctrinale, acquise à la fréquentation des Pères grecs, permettait à J. Scot d’écrire, vers 865, son chef-d’œuvre, communément appelé De divisione naturae, mais dont le titre original est Periphyseon. La structure formelle en est régie par la division quadripartite : 1) Nature qui crée et n’est pas créée : Dieu comme principe de tout ce qui est et de tout ce qui n’est pas 2) Nature qui est créée et qui crée : causes primordiales de toutes choses, créées dans l’acte même de la génération du Verbe, mais non coessentielles à Dieu 3) Nature qui est créée et qui ne crée pas : les créatures invisibles (spirituelles) et visibles (matérielles) qui sont, suivant leurs rangs dans la hiérarchie de l’être, les diverses manifestations de Dieu (théophanies) 4) Nature qui ne crée pas et n’est pas créée : Dieu comme fin ultime, qui attire et ramène à lui la création tout entière. Mais en deçà de cette structure s’exerce le double mouvement fondamental de la procession (proodos, exitus) et de la conversion (épistrophè, reditus), que J. Scot hérite de la tradition néo-platonicienne par l’intermédiaire du Pseudo-Denys, et selon lequel s’opèrent la multiplication théophanique des êtres et leur réunification en Dieu. À ce double mouvement correspondent les deux termes que J. Scot retient désormais des « méthodes dialectiques » : la diairetikè (divisio, productio) et l’analytikè (resolutio, reductio), qui définissent et constituent la réalité dialectique de l’univers dialectique qui est ontogonique et théogonique, puisque Dieu comme principe (Nature 1) se crée lui-même dans les êtres créés qui le manifestent et puisque tout se réunifie en Dieu comme fin (Nature 4). Cette théophanie universelle n’autorise pourtant pas à parler de Dieu au sens propre (proprie), pas plus qu’elle ne favorise le panthéisme. Dieu en son essence demeure radicalement insaisissable et ineffable il réclame la célébration de la théologie négative, dans la tradition dionysienne et néo-platonicienne.

 

Mais il serait fallacieux de confiner la pensée érigénienne dans la philosophie au sens étroit qui l’oppose à la théologie. L’entreprise de J. Scot, comme celles d’Augustin et d’Anselme de Cantorbéry, est bien d’intelligence de la foi chrétienne il s’agit pour lui d’accomplir l’identité de la vraie religion et de la vraie philosophie, par l’application de la raison droite au donné de l’autorité vraie, entre lesquelles il ne saurait y avoir d’opposition, puisqu’elles découlent d’une source unique, la sagesse de Dieu. C’est en ce sens que l’œuvre de J. Scot est « une exégèse philosophique de l’Écriture sainte » (E. Gilson), spécialement des premiers chapitres de la Genèse (Hexaemeron, semaine de la création). C’est pourquoi également aux notions de procession et de conversion sont étroitement liées celles du péché d’Adam et du salut dans le Christ.

 

Après le Periphyseon, J. Scot rédigea un commentaire de la Hiérarchie céleste du Pseudo-Denys, l'Homélie sur le prologue de l’Évangile de Jean, et le commentaire de cet Évangile, qui est inachevé, peut-être interrompu par la mort. On ne sait rien des dernières années de J. Scot.

 

Le Periphyseon exerça une importante influence sur la théologie jusqu’à la fin du xiie siècle mais les thèses « panthéistes » d’Amaury de Bène ou de ses disciples en amenèrent la condamnation par le Concile de Paris de 1210 et par le pape Honorius III en 1225, qui interdit de le lire sous peine d’excommunication. Les traductions et le commentaire des œuvres du Pseudo-Denys ont, en revanche, fait autorité durant tout le Moyen Âge. Au xixe siècle, la doctrine érigénienne fut particulièrement prisée par les idéalistes allemands. Actuellement les études érigéniennes sont en plein essor, comme en témoignent les trois colloques internationaux qui ont eu lieu en moins de dix ans.

 

Goulven Madec (prêtre assomptionniste)

 

Érigène, De la division de la nature, Periphyseon, PUF, Épiméthée, 2009

 

Dans ce livre V du Periphyseonconsacré à l’eschatologie, Érigène examine la quatrième division de la Nature (la Nature qui ne crée pas et qui n’est pas créée, le Dieu-Fin, auquel retourneront nécessairement tous les étants qui ont procédé du Dieu-Principe). En régime néoplatonicien, la procession implique une conversion qui compense l’écart avec l’origine : les divisions de la Nature postulent donc l’unification des natures sensibles et intelligibles.

Dans le langage de la « divisio Naturae », cela signifie que tous les effets issus de la troisième division de la Nature (les coordonnées de l’espace-temps) passeront dans les causes primordiales structurant la deuxième division de la Nature, qui à leur tour passeront dans le Dieu-Principe et Fin. Car le niveau supérieur absorbe le niveau inférieur. En ce qui concerne le composé humain, le corps sera absorbé dans l’âme et l’âme absorbée dans l’intellect.

Jean Scot considère le Verbe divin comme Fin du retour de toutes les natures créées, car c’est en Lui que s’opère l’unification des natures, et il est aussi le prototype de la résurrection générale, qui marquera l’abolition du mal, accident, qui n’affecte en rien l’intégrité substantielle de la nature humaine, dont les composantes restent incorruptibles.

L’auteur du Periphyseon se livre à une critique de la mythologie biblique de l’Enfer. Seule la conscience malheureuse pâtira et c’est exclusivement en cela que consistera la damnation. Lors de la résurrection générale, tous les hommes ressusciteront dans leurs corps spirituels soustraits à la dualité des sexes, à la matérialité, à la corruptibilité, et à toute insertion dans des contextes spatio-temporels. Le temps et l’espace cesseront de circonscrire le cosmos, qui sera transfiguré en Dieu. C’est alors que Dieu sera tout en tous. Les élus entameront une ascension infinie vers le Dieu invisible et inconnaissable, qui se rendra visible et connaissable dans des théophanies toujours plus transparentes, et leur accordera la déification.

 

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Théodor Gérold, Les Pères de l'Église et la musique, F. Alcan, 1931

 

« Il me semble à moi que cet homme de Thrace (Orphée) et le Thébain (Amphion) et celui de Methymée (Arion) n'ont pas été des hommes, mais des trompeurs qui, sous le prétexte de musique, ont rendu la vie plus mauvaise et qui, étant au service des démons, ont par un enchantement artistique... conduit les hommes vers les idoles. La belle liberté dont jouissaient ceux qui habitaient sous le ciel, ils l'ont, par leurs odes et épodes, converti en esclavage. Ce n'est pas ainsi qu'est mon chanteur. Il a été envoyé pour détruire l'amère servitude des démons tyraniques... Le seul de tous ceux qui ont existé, il a dompté les bêtes les plus sauvages, les hommes : celles qui ont des ailes — les hommes légers ; les animaux rampants — les trompeurs ; les lions — les coléreux ; les cochons — les licencieux ; les loups — ceux pleins de rapine... Vois le nouveau chant, comme il a été puissant ! des pierres et des bêtes sauvages il a fait des hommes. Ceux qui auparavant étaient comme morts, ceux qui n'avaient aucune part à la véritable existence, reprirent de la vie dès qu'ils entendirent ce chant. » (1)

 

Dans son langage imagé et vivement coloré Clément d'Alexandrie met ainsi en opposition les effets malfaisants des anciens mythes propagateurs de l'idolâtrie, et la bienfaisante et seule vivifiante action du Verbe de Dieu. Mais cetté page allégorique reflète aussi les opinions des Docteurs de l’Église sur l'utilité des chants chrétiens et les résultats salutaires qui en découlent vis-à-vis de la musique profane. On retrouve dans les fréquentes énumérations des bienfaits de la psalmodie les idées émises par Clément sur les effets de la parole divine, les chants religieux étant considérés comme de puissants moyens d'actions sur les âmes des fidèles.

 

Aux mélodies profanes on oppose le plus souvent le chant des psaumes, mais certains auteurs s'expriment d'une façon plus générale, ainsi Diodore de Tarse qui dans l'ouvrage connu sous le titre de Quaestiones et responsiones ad orthodoxos (composé vers 370) écrit: « Le cantique éveille dans l'âme un ardent désir pour le contenu du morceau chanté ; il calme les passions suscitées par la chair ; il éloigné les mauvaises pensées qui nous ont été suggérées par des ennemis invisibles ; il inonde l'âme pour qu'elle soit féconde et rapporte divers bons fruits; il rend ceux qui combattent avec piété aptes à supporter les épreuves les plus terribles ; il est pour toutes les personnes pieuses mi remède contre les maux de la vie terrestre. L'apôtre Paul dénomme le cantique « glaive de l'esprit », parce qu'il donne une arme aux pieux combattants contre les . esprits invisibles ; car la « parole de Dieu », quand elle occupe l'esprit, qu'elle est chantée et énoncée, peut chasser les démons. Tout cela procure à l'âme la faculté de se perfectionner dans toutes les vertus et est donné aux personnes pieuses par les chants ecclésiastiques.» (2)

 

Basile préconise plus spécialement la psalmodie : « Le psaume est la tranquillité de l'âme, l'arbitre de la paix, calmant les pensées tumultueuses et turbulentes. Il donne le repos à l'âme agitée, il assagit l'homme dissolu. Le psaume est le soutien de l'amitié, le trait d'union pour ceux qui sont désunis, le moyen de réconciliation entre ennemis. Car qui pourrait encore considérer quelqu'un comme ennemi après avoir une fois envoyé sa voix vers Dieu avec lui ? La psalmodie procure donc le plus grand des biens, l'amour.» Mais le psaume a encore bien d'autres vertus. « Le psaume chasse les démons et attire l'aide des anges. C'est une arme contre les craintes nocturnes et un repos dans les fatigues du jour ; c'est une aide pour ceux qui sont encore faibles d'esprit, un ornement pour ceux qui sont encore dans la fleur de la jeunesse, une consolation pour les plus vieux, la parure la plus séante aux femmes. La psalmodie peuple les déserts, donne aux marchés un caractère sérieux. Pour les débutants c'est un commencement, pour ceux qui sont plus avancés un moyen de progresser, pour ceux qui sont déjà fermes, un soutien. C'est la voix de l’Église. Le psaume rend les fêtes joyeuses, il donne au deuil le caractère qui lui convient selon Dieu. Le psaume peut même faire sortir des larmes d'un cœur de pierre. Il est l’œuvre des anges, la conversation céleste, l'encens spirituel ».... (3).

 

Saint Ambroise développe les mêmes idées et il semble même qu'il se soit inspiré du texte de Basile. « Le psaume calme la colère, délivre des soucis, allège la tristesse ; dans la nuit, c'est une arme, dans le jour, une règle de conduite ; un bouclier dans les moments de peur, un soutien de la sainteté, une image de la tranquillité ; un gage de paix et de concorde ; de même que la cithare qui, avec plusieurs sons divers et de différente sorte ne produit qu'une seule mélopée. » (4)

 

Reprenant cette dernière image, il dit, un peu plus loin : « Les cordes de la cithare sont différentes entre elles, mais il y a concordance unique. Dans ces quelques cordes les doigts du virtuose se trompent assez souvent, l'esprit divin artiste (spiritus artifex) ne saurait faire d'erreur. »

 

Ensuite, pourtant, il donne une définition du rôle du psaume, qui est intéressante à noter : « Certat in psalmo doctrina cum gratia simul. Cantatur ad dilectionem, discitur ad eruditionem. » Il y a deux éléments dans la psalmodie : d'une part elle nous donne une jouissance agréable, de l'autre elle contribue à notre instruction. Et Saint Ambroise, s'appuyant sans doute sur des expériences personnelles ajoute: « les préceptes inculqués avec violence ne de-meurent pas ; mais ce que tu auras appris d'une façon agréable, ne disparaîtra plus, une fois bien introduit dans l'esprit. » (5)

 

Quoique s'inspirant, comme nous l'avons dit, de théories déjà émises avant lui, Saint Ambroise sait ajouter à ces doctrines une note originale. D'autres se sont contentés de résumer ce qui avait été énoncé avant eux. Un passage d'un ouvrage de Proclus, patriarche de Constantinople, pourra servir d'exemple d'une de ces énumérations schématiques, indiquant les influences de la psalmodie tant sur le corps que sur l'âme de celui qui la pratique (6) : « La psalmodie est toujours une source de salut (Σωτήφιος άεί ή ψαλμωδία) sa mélodie calme les passions ; ce qu'est la faucille contre les buissons d'épine, le psaume l'est contre la tristesse. Car le psaume, quand il est chanté (Ψαλμός μελωδούμενος), supprime la dépression de l'âme, détruit la douleur par la racine, atténue les passions, sèche les larmes, chasse les soucis, console ceux qui sont en affliction, pousse les pécheurs à la repentance, incite à la piété, peuple les déserts, donne de la sagesse aux citoyens des villes, fonde des monastères, provoque la virginité, enseigne la douceur, prêche l'amour, célèbre la charité, exhorte à la patience, élève l'âme vers le ciel, donne de la fermeté à l’Église, sanctifie le prêtre, bannit les mauvais démons, prédit l'avenir, initie aux mystères, enseigne la Trinité. »

 

On remarquera qu'au début de ce long passage, où sont énumérés, un peu pêle-mêle, les effets bienfaisants de la psalmodie sur la vie religieuse et morale, la vie civique et les institutions ecclésiastiques, l'auteur insiste particulièrement sur la mélodie. Ce n'est pas la simple lecture ou récitation des psaumes qui a des résultats si heureux, c'est le chant.

 

Nicète, évêque de Trèves au VIe siècle, après avoir démontré l'utilité des psaumes pour les enfants, les femmes, les jeunes gens, les vieil. lards, continue ainsi : « Dominus itaque Deus noster per David servum confecit potionem quae dulcis esset gustu per cantionem (7). »

 

Cassiodore, un peu plus tard, vantera également les vertus de la psalmodie (dans la préface`aux psaumes) « Psalini sunt denique, qui nobis gratas esse faciunt vigilias ; quando silenti nocte psallentibus choris humana vox erumpit_in musicam, verbisque arte modulatis ad ilium redire facit, a quo pro salute humani generis divinum venit eloquium. Cantus est qui sures oblectat et animas instruit ; fit vox una psallentium et cum angelis Dei, quos audire non possumus, laudum verba miscemus. »

 

L'idée que les chœurs des anges se mêlent au chant des fidèles se rencontre aussi chez les Pères des églises d'Orient (8) ; elle semble aussi déjà se trouver dans de très anciennes liturgies. Le culte terrestre idéal est celui qui correspond le mieux à celui qu'observent les anges. (9)

 

La mélodie n'avait naturellement pas la même importance que les paroles. Celles-ci étaient l'essentiel ; c'était par elles que se répandait l'évangile de Dieu, la mélodie n'était qu'un moyen, souvent très important, de faciliter la propagation et la compréhension du texte biblique. Quelques chefs de communautés voyaient même un certain danger dans le chant. Chrysostome fait bien remarquer que David ne chante pas ses psaumes pour donner du plaisir et de l'agrément à nos oreilles, mais pour réjouir l'âme et lui être utile (10).

 

Athanase insiste sur la nécessité d'établir une harmonie entre les paroles, la mélodie et le rythme de l'âme et de l'esprit. Ceux qui chantent ainsi font du bien non seulement à eux-mêmes mais aussi à ceux qui les écoutent (11).

 

Saint Augustin avoue qu'il éprouve toujours encore du plaisir à entendre les mélodies qui animent la parole de Dieu chantées par une belle voix bien conduite. e Cependant, dit-il, je crains parfois de leur faire plus d'honneur qu'il ne convient, lorsque je remarque que nos âmes sont poussées avec plus de ferveur et d'ardeur à la piété par ces mélodies, quand elles sont chantées ainsi que dans le cas contraire. » (12) Se rappelant combien lui-même a été ému par des chants bien exécutés, il en reconnaît pleinement l'utilité pour l’Église. « Et pourtant, ajoute-t-il, quand il m'arrive d'être plus ému par le chant que par les paroles qu'il accompagne, je con-fesse que je me suis rendu coupable d'un grave péché. »

 

Il est très compréhensible que les chefs des diverses communautés aient cherché à établir, par des règles, les limites dans lesquelles le chant liturgique pouvait se mouvoir, et à donner des instructions tant aux prêtres qu'aux fidèles, afin d'éviter les excès de toute sorte.

 

1. Protrept. I, 2.

2. Voir Ad. Harnack,Diodor von Tarsus dans Texte u. Untersuchunges sur Gesclrichte d. altchristl. Litiratur, Neue Folge, VI. Bd., 4. Heft, Leipzig, 1901, p. zz8.

3. Homil. I in ps. (Migne, 29, COl. 212-13).

4. Enarr. in XII ps. Davidicos (Migne, XIV,9os et s.).

5. « Cantatur ad dilectionem, discitur ad eruditionem. Nam violentiora praecepta non permanent : quod autem cum suavitate perceperis, id, infusum semel praecordiis, non consuevit elabi. » Basile avait exprimé la même idée Homil. in ps. I.) ; Ambroise se l'est peut-être appropriée, en ayant reconnu la justesse.

6. Orat. de incarnat. Dons. 2, i (Migne P. gr., 65, col. 692).

7. Gerbert, Scriptores I, p. lo b.

8. Chrysostome, In ps. 7 : « άγγελοτ περιχορεύουσι τους ήμετέρους » cf. aussi Basile, El. II, 2, 2-

9. Wetter, Altchristl. Ltturgien, Gôttingen 1921, p. 6, 22.

10. In ps. 100, 1.

11. Epist. ad Marcell. (Migne, P. gr. 27, col. 39).

12. Conf. d. X, ch. 33. «Aliquando plus mihi videor honoris eis tribuere quam decet, dum ipsis sanctis dictis religiosius et ardentius sentio moveri animos nostros in fiammam pietatis, cum ita cantantur, quam si non ita cantarentur. »

 

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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 23:01

 

Bienvenue à nos lecteurs pour ce cinquième numéro d'Anacoluthes où nous recevons Codex Urbanus, le noctambule.

 

  

On ne présente plus Codex Urbanus, ses nuits, ses murs, c'est beau.

 

« Codex, vous faites le mur, la nuit, c'est beau ?

_ C'est beau une ville la nuit.

_ Vous avez un emploi fictif à la mairie ?

_ C'est une fiction. La nuit, je fais le mur, et j'assure l'emploi des ravaleurs de la mairie qui viennent effacer mon travail dans la journée.

_ Vous faites le counard.

_ Disparu sous la peinture beigeasse de la mairie de Paris... Mais nous vaincrons !

 

Codex Urbanus, Coluber Vulpes, 5 mars 2013 in situ

 

_ Vous vous êtes exposé à la galerie Des Pas Perdus.

 

Codex Urbanus, Copris Diabolicus

 

_ Perseverare et tout ça.

_ Pour la première fois, vous êtes accroché dans la chambre verte chez Lou de Libellus.

_ Un mécène, il m'a fait des câlins, je lui ai fait des bisous.

 

Saturnia Passer

 

_ Vous faites les murs depuis au moins 15.000 ans ?

_ Tu connais Lascaux ?

_ Oui, bien sûr ! La vache folle !

 

Lascaux, Vache sur chevaux

 

_ La licorne !

 

Lascaux, Licorne

 

_ Et l'homme ithyphallique, dans le puits ?

_ Un autoportrait.

_ A la manière de Hitchcock.

 

Lascaux, Puits

 

_ Vers la fin de l'année du Seigneur 1327, dans une abbaye dont même aujourd'hui il semble pieux et charitable de taire le nom, vous signez vos enluminures du nom de frère Adelme d'Otrante. Vous aviez un vrai don pour l'irrévérence et les images de comédie.

 

Un âne enseignant les Ecritures aux évêques

 

_ Un âne enseignant les Ecritures aux évêques.

 

Le pape en renard et Messer l'Abbé en singe

 

_ Le pape en renard et Messer l'Abbé en singe.

 

Avignon

 

_ Au XVe siècle, vous êtes en Avignon, on connaît encore votre manuscrit référencé BM, 221, f. 29v, Collectaire célestin.

_ Une fantaisie.

_ Entre 1562 et 1575, vous illustrez, sous le nom de Baptiste Pellerin, L’Isle sonnante de Rabelais, à la plume et encre brune, et lavis d’encre brune.

 

Pellerin1

 

Pellerin2

 

Pellerin3

 

Pellerin4

 

Pellerin5

 

Pellerin6

 

Pellerin7

 

_ J'étais inspiré par le papegault.

_ En 1856, vous êtes Grandville, dans le Voyage au pays de Houyhahoms, avec Swift.

 

Grandville1

 

_ Nous étions compagnons de route, avec Jonathan on ne s'ennuyait pas.

 

Grandville2

 

_ Nous sommes au XXIe siècle, voyons vos œuvres récentes.

 

Codex Urbanus, Aristeida Mosca

 

_ The shrimpfly was destroyed by an unkown sucker, yet resurrected as a ghost… Paris, rue des Abbesses.

 

Codex Urbanus, Aristeida Mosca, Ghost

 

Codex Urbanus, Latimeria Pachydermia, rue de Candie, Paris

 

_ Un fourmilier, avec les pattes d'eph de votre jeunesse yéyé.

_ ?

 

Codex Urbanus, Mantis Bruxellæ, rue des Chartreux, Bruxell

 

_ Bruxelles, rue des Chartreux. Après les abbesses, vous vous retirez dans le massif de la Chartreuse, en ermite.

_ Une verte, 55°, sans eau.

 

Paris, Hôtel de Ville, ca 1900 700

 

_ Vous résidez dans une modeste hutte plantée sur les jardins de l'Hôtel de ville, près du pont d'Arcole.

 

Horace Vernet, La Bataille du Pont d'Arcole, 1826

 

_ On vous reconnaît bien.

_ ?

_ Codex saisit un drapeau, s’élance sur le pont et l'y plante. Sa colonne l'avait à moitié franchi lorsqu'un feu de flanc la fit rétrograder. Les grenadiers enlevèrent Codex et l’entraînèrent, il fut précipité dans un marais où il enfonça jusqu'à mi-corps. Lannes qui était blessé le couvrit de son corps. Muiron, aide de camp, en fit autant et il fut tué. Codex tente alors d'envoyer des renforts à Masséna mais tombe dans un marécage. C'est le général Patrick qui rallie ses hommes et sauve le futur noctambule. *

_ Un cabinet d'amateur.

_ Bonne nuit, Codex, venceremos ! »

 

 

* * *

 

Fidèlement vôtre, à 4 h 35, Anacoluthesvous convie à la rencontre de notre prochaine invitée, Karine, dans son coin lecture.

 

- - -

 

* D'après le récit de Jean Antoine François Ozanam, témoin visuel, hussard de la 1ère Compagnie des Hussards de Berchiny, Livre de Famille, Tome I, Fond Ozanam (non publié).

 

- - -

 

Anacoluthes

http://www.libellus-libellus.fr/article-anacoluthes-erwin-screwdriver-lawrence-116074505.html

 

Anacoluthes_02

http://www.libellus-libellus.fr/article-anacoluthes_02-despasperdus-le-flingueur-de-la-butte-116073756.html

 

Anacoluthes_03

http://www.libellus-libellus.fr/article-anacoluthes_03-escargolio-the-50ft-snail-116449095.html

 

Anacoluthes_04

http://www.libellus-libellus.fr/article-anacoluthes_04-yueyin-la-gaufre-ou-la-quiche-116509736.html

 

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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 23:01

 

Jean Cocteau, Lettres à Jean Marais

 

Jean Cocteau, Lettres à Jean Marais, Editions Albin Michel, 1987

 

Lettres à Jean Marais 

 

Jean Cocteau 357

 

1938

Mon Jeannot,

C'est Noël, le plus merveilleux Noël de toute ma vie.

Dans mes souliers il y a ton cœur, ton corps, ton âme, la joie de vivre et de travailler ensemble. Un objet serait « le cadeau utile » que je réprouve. Du superflu. Je ne regarderais que les mains qui le donnent. Mon Jeannot, jamais je ne répéterai assez : merci, merci pour ton génie créateur, merci pour notre amour.

Ton Jean

 

[1939]

19, place de la Madeleine

Vendredi soir

Mon Jeannot,

Chaque jour ma tendresse pour toi est plus forte et je peux t'écrire comme si l'encre me coulait du cœur. Que tu es noble, simple, calme, digne de ton étoile ! Chaque minute me prouve que la différence qui existe entre les autres et toi. C'est la raison de mon courage et de mon espoir. Nos fées nous entourent et nous aiment. On peut bien ouvrir et lire nos lettres. On n'y trouvera que des exemples de droiture et le dégoût des combines.

 

Juin 1940

[Jean Marais est au front]

Mon enfant chéri,

Sans nouvelles de toi. J'essaye de vivre avec ton image et la certitude que ton étoile et mon étoile te protègent.

Si par une chance incroyable cette lettre t'arrive, écoute : à la moindre égratignure, à la moindre foulure – fais-toi évacuer sur Perpignan où le docteur* te prendra dans son service.

* Le docteur Nicoleau

 

Milly

6 septembre 1963

J'aime fermer les yeux et me transporter où je voudrais vivre.

 

Jean Cocteau, 1963

Jean Cocteau est mort le 11 octobre 1963 dans sa maison de Milly-la-Forêt.

 

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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 23:01

 

Bienvenue à nos lecteurs pour ce quatrième numéro d'Anacoluthes où nous recevons Yueyin, la gaufre de Wallonie, la quiche de Gascogne.

 

 

Yueyin 357

 

On ne présente plus Yueyin.

 

« Vous êtes arrivée en retard, ma chère cousine, comme à votre habitude !

_ …

_ Et la famille ?

_ Quelle famille ! Mais quelle famille ! La Blondinette, tu la connais, elle n'écoute pas !

 

Le Kikimundo, 41

 

_ Mam'zelle Milou insulte sa sœur !

 

Le Kikimundo, La Méta-insulte

 

_ Junior parle comme un charretier !

 

Le Kikimundo, synonymes

 

_ Et Monsieur Yueyin ?

_ Il passe son temps à écouter de la poésie fine ! Je t'en ai apporté un échantillon !

 

Branle-Bas chez les Gaillard d'Avant 357

 

 

 

_ Vous savez que bren est une variante de bran, et vous vous retirer parfois dans votre ermitage, sur l'étang de la Mer Rouge, en Grande Brenne.

 

L'étang de la Mer Rouge, en Grande Brenne

 

_ Un lieu de méditation, pour vous ?

_ Un retour aux sources.

_ En effet, vous êtes philosophe. On connaît votre essai sur...

_ … Kant au Berry *, mon chausseur chéri.

_ Lisons.

 

Seul ce que l’on ne possède pas l’habileté de faire, même si on le connaît de la manière la plus parfaite, relève de l’art. Camper décrit très exactement comment la meilleure chaussure doit être faite, mais il ne pouvait assurément pas en faire une.

Yueyin, Œuvres complètes, Editions Lireouimaisquoi, 2013 **

 

Yueyin, gaufre 357

 

_ Vous êtes gaufre ?

_ De Wallonie sans l'anis.

_ Et quiche, vous le dites : quiche je suis, quiche je reste.

_ ...

_ Vous êtes allée en résidence au Saint-Office ?

_ Jusques au feu exclusivement !

 

Saint-Office, feu

 

_ Et l'estrapade ?

 

Saint Office, estrapade

 

_ La Question  ?

_ Oui, que préférez-vous ?

_ Homard au naturel, pleaaase, ça fait longtemps, avec une lichette de mayonnaise, maison si possible, et une goutte de citron... J'aime les plaisirs simples.

 

_ Votre art en témoigne. Parlons-en. En janvier 1967, vous présentez votre première œuvre sur toile de store à bandes verticales alternées : un concept est né.

 

Yueyin, Daniel Buren, sans titre

 

_ Depuis, vous êtes passée à l'horizontale.

_ ?

_ Vos œuvres sont exposées dans le monde entier...

_ … non, pas à Caussade, rien que des prétentieux...

_ … et récemment...

 

Yueyin, Ōsaka-shi 600

Yueyin, Ōsaka-shi, 2012 [un clic pour une plus haute définition]

 

_ Un chantier géant ! Avec le soutien de Wan Hai Lines...

_ ...et de Mothra !

_ Vous avez aussi votre jardin secret ?

_ A gauche.

_ Avec un contrepoint en terrasse, à droite. Quelle composition ! Merci, Yueyin ! »

 

     

* * *

 

Geoffrey Chaucer, Les Contes de Canterbury

* Geoffrey Chaucer, Les Contes de Canterbury

 

Canterbury Cathedral early 1900's 600

 

 

** Emmanuel Kant, Critique de la Faculté de juger, 1790, § 43, trad. A. Philonenko, Vrin, 1993

 

* * *

 

Fidèlement vôtre, à 4 h 35, Anacoluthes vous convie à la rencontre de notre prochain invité, Codex Urbanus, le noctambule de la butte

 

- - -

 

Anacoluthes
http://www.libellus-libellus.fr/article-anacoluthes-erwin-screwdriver-lawrence-116074505.html

 

Anacoluthes_02
http://www.libellus-libellus.fr/article-anacoluthes_02-despasperdus-le-flingueur-de-la-butte-116073756.html

 

Anacoluthes_03
http://www.libellus-libellus.fr/article-anacoluthes_03-escargolio-the-50ft-snail-116449095.html 

 

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18 avril 2013 4 18 /04 /avril /2013 23:01

 

Nicolas Folmer & Daniel Humair Project

Nicolas Folmer & Daniel Humair Project, Lights, Nicolas Folmer : trompette, Daniel Humair : batterie, Laurent Vernerey : contrebasse, Alfio Origlio : piano, Création jazz, 2012

 

Nicolas Folmer & Daniel Humair

 

 

Nicolas Folmer, Ici et maintenant, in Lights, Nicolas Folmer : trompette, Daniel Humair : batterie, Laurent Vernerey : contrebasse, Alfio Origlio : piano, Création jazz, 2012

 

Un jazz minimaliste avec, pour certaines pièces, des envolées lyriques.

Nicolas Folmer, encore étudiant au conservatoire de Paris rencontre Daniel Humair lors d’une Master Class du maître.

Plus tard, les deux illuminés se retrouvent pour Lights.

 

* * *

 

Daniel Humair, Sweet & Sour – le métronome contrôlé

 

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14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 23:01
 
Bienvenue à nos lecteurs pour ce troisième numéro d'Anacoluthes où nous recevons Escargolio.

K, Libellus
 
 
On ne présente plus Escargolio, le géant de la pensée moderne.
 
 Attack of the 50ft snail
 
« Escargolio, vous êtes un sous-doué de la culture ?
_ Nul n'a le droit en vérité de me blâmer, de me juger, et je précise que c'est bien la nature qui est seule responsable si je suis un golio, comme ils disent.
_ Vous avez une autre activité, vous êtes tripoteur de bits ?
_ Monsieur Lou, vous savez, dans un octet il y a 8 bits, quand 1 bit s'affole, ça fait un bug, c'est la loi de l'évolution.
_ Et vos travaux sur l'évolution passionnent actuellement l'élite du monde scientifique.
 
Evolution, Libellus
 
_ Vous n'êtes pas un forçat du travail ?
_ Le fifre socialiste des attrapeurs de rats vous résonne toujours à l’oreille.
_ Relisons.
 
Les louangeurs du travail. — Dans la glorification du « travail », dans les infatigables discours de la « bénédiction du travail », je vois la même arrière-pensée que dans les louanges des actes impersonnels et d’un intérêt général : l’arrière-pensée de la crainte de tout ce qui est individuel. On se rend maintenant très bien compte, à l’aspect du travail — c’est-à-dire de cette dure activité du matin au soir — que c’est là la meilleure police, qu’elle tient chacun en bride et qu’elle s’entend vigoureusement à entraver le développement de la raison, des convoitises, des envies d’indépendance. Car le travail use la force nerveuse dans des proportions extraordinaires, il retire cette force à la réflexion, à la méditation, aux rêves, aux soucis, à l’amour et à la haine, il place toujours devant les yeux un but minime et accorde des satisfactions faciles et régulières. Ainsi une société, où l’on travaille sans cesse durement, jouira d’une plus grande sécurité : et c’est la sécurité que l’on adore maintenant comme divinité suprême. — Et voici (ô épouvante !) que c’est justement le « travailleur » qui est devenu dangereux ! Les « individus dangereux » fourmillent ! Et derrière eux il y a le danger des dangers — l’individuum !
 
L'état impossible. —
[...]
Êtes-vous complices de la folie actuelle des nations, ces nations qui veulent avant tout produire beaucoup et être aussi riches que possible ? C’est à vous de leur présenter un autre décompte, de leur montrer quelles grandes sommes de valeur intérieure sont gaspillées pour un tel but extérieur ! Mais où est votre valeur intérieure si vous ne savez plus ce que c’est que respirer librement ? si vous savez à peine suffisamment vous posséder vous-mêmes ? si vous êtes trop souvent fatigués de vous-mêmes, comme d’une boisson qui a perdu sa fraîcheur ? si vous prêtez l’oreille à la voix des journaux et regardez de travers votre voisin riche, dévorés d’envie en voyant la montée et la chute rapide du pouvoir, de l’argent et des opinions ? si vous n’avez plus foi en la philosophie qui va en haillons, en la liberté d’esprit de celui qui est dépourvu de besoins ? si la pauvreté volontaire et idyllique, le manque de profession et le célibat, tels qu’ils devraient convenir parfaitement aux plus intellectuels d’entre vous, sont devenus pour vous un objet de risée ? Par contre, le fifre socialiste des attrapeurs de rats vous résonne toujours à l’oreille, — ces attrapeurs de rats qui veulent vous enflammer d’espoirs absurdes ! qui vous disent d’être prêts et rien de plus, prêts d’aujourd’hui à demain, en sorte que vous attendez quelque chose du dehors, que vous attendez sans cesse, vivant pour le reste comme d’habitude — jusqu’à ce que cette attente se change en faim et en soif, en fièvre et en folie, et que se lève enfin, dans toute sa splendeur, le jour de la bête triomphante !
 
Escargolio, O épouvante !, Le Kikimundo, 2010 *
 
_ Vous grattez, pourtant ?
 
 Rolling Snails
 
_ Du bout des dents.
 
 Jimi Hendrix
 
_ On n'a pas oublié votre prestation à Woodstock, en 1969.
 
 
_ You've had a good trip on that day !?
_ J'avais juste flairé une salade des champs.
_ Vous êtes le Père Ubu du XXe siècle ?
_ ?
_ Près de cent ans après Alfred Jarry, votre créateur est en classe de première et il suit, comme le créateur de Monsieur Ubu, des cours de physique. Laissons-lui la parole.
 
Cette année-là, il y avait dans notre emploi du temps une journée assez particulière. Une journée entière consacrée aux travaux pratiques à l’atelier qui se terminait par une heure de sciences physiques. Après huit heures passées sur les machines à usiner de l’acier ou de la fonte, inutile de vous dire qu’en cours de physique, nous n’étions pas hyper-concentrés. La physique n’était pas une des matières principales pour notre bac. On la passait seulement en rattrapage et à l’oral. De plus, notre prof était un jeune remplaçant sans expérience. Il avait beaucoup de mal à nous tenir. Nous l’impressionnions physiquement et cela se voyait. Nous n’étions pourtant que des gamins, mais après avoir pataugé toute la journée dans l’huile et les copeaux métalliques, nous faisions peur à voir. Nous étions gris, huileux et surexcités. Alors, cette heure de cours se transformait souvent en séance de défoulement. Chacun décompressait à sa façon : lecture de magazines, commentaires sur la journée, batailles de boulettes de papier…
Au milieu de cette cohue, mon copain de classe et moi expérimentions une nouvelle forme d’art : le N’importe-quoi. Le but du jeu était de se faire rire en inventant des histoires débiles. Notre mode d’expression favori était le dessin. Nous avons donc créé un escargot débile que nous mettions en scène dans nos histoires.
Pourquoi un escargot ?
Tout simplement parce que c’est facile à dessiner. En fait, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, je ne sais pas dessiner. Par contre, je fais bien semblant et cela fonctionne, car nombreux sont ceux qui me complimentent pour mes dessins. Je n’ai pourtant aucun talent. Mon seul mérite, c’est d’essayer. Le choix d’un escargot comme héros a été guidé par la facilité. Un escargot, c’est une forme simple. On ne s’embête pas avec les bras et les jambes, et comme son corps est mou, on peut le représenter n’importe comment sans qu’il paraisse trop difforme.
C’est ainsi qu’est né Escargolio.
 
Einstein
 
41
 
_ Vous êtes monté...
_ … comme une bête !
_ ... à Paris ?
 
Escarparis
 
_ Bof... Pascal...
_ C'est vrai, vous êtes un spécialiste de Voltaire.
 
Zadig
 
Esculape, La Digue du cul
 
 
_ Je ne joue même pas au tiercé, alors le Pari du Blaise...
_ Nous parlions de Paris, pas de Pari.
_ Ben oui ! Sans coquille, j'irais à poil !
_ Et avec Zamour ?
_ On avait acheté un livre...
 
Eskarmasutra, Libellus
 
_ Votre renommée mondiale s'étend jusqu'au pays du Soleil levant ?
 
Japon1
 
Japon2
 
Japon3
 
_ Avec Zamour, on a fait une tournée, enfin... elle a fait la tournée des musées, et moi, celle des sakés.
_ Vous ne manquez pas un anniversaire de Zamour ?
_ Ni un meeting du Front de gauche.
 
Zamour, anniversaire
 
_ Zamour est bonne cuisinière ?
_ Quand elle fait un repas entier !
_ Antillais. Gardez votre coquille, nous sommes en direct.
 
Antillais
 
Escargolio peintre, Libellus
 
_ Merci, Escargolio ! Voyons ensemble votre |
| Suite à un incident indépendant de notre volonté, nous ne sommes pas en mesure de diffuser la fin de ce programme. Veuillez nous en excuser. »
 
Escargolio, game over
Escargolio, game over+
 
 
 
* * *
 
* Friedrich Nietzsche, Aurore - Réflexions sur les préjugés moraux, III, 173, 206, 1981, trad. Henri Albert, Mercure de France, 1901
 
* * *
 
Fidèlement vôtre, à 4 h 35, Anacoluthes vous convie à la rencontre de notre prochaine invitée, Mrs Yueyin.
 
- - -
 
 
 

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10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 23:01

 

Pieter Brueghel l'Ancien, La Tour de Babel, huile sur panne

Pieter Brueghel l'Ancien, La Tour de Babel, huile sur panneau de bois de chêne, 114 cm × 155 cm, 1563

[un clic sur toutes les images pour une meilleure lecture]

 

Genèse, XI, 1-9

 

Tout le monde se servait d'une même langue et des mêmes mots.

Comme les hommes se déplaçaient à l'orient, ils trouvèrent une vallée au pays de Shinéar et ils s'y établirent.

Ils se dirent l'un à l'autre : Allons ! Faisons des briques et cuisons-les au feu ! La brique leur servit de pierre et le bitume leur servit de mortier.

Ils dirent : Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet pénètre les cieux ! Faisons-nous un nom et ne soyons pas dispersés sur toute la terre !

Or Yahvé descendit pour voir la ville et la tour que les hommes avaient bâties.

Et Yahvé dit : Voici que tous font un seul peuple et parlent une seule langue, et tel est le début de leurs entreprises ! Maintenant, aucun dessein ne sera irréalisable pour eux.

Allons ! Descendons ! Et là, confondons leur langage pour qu'ils ne s'entendent plus les uns les autres.

Yahvé les dispersa de là sur toute la face de la terre et ils cessèrent de bâtir la ville.

Aussi la nomma-t-on Babel, car c'est là que Yahvé confondit le langage de tous les habitants de la terre et c'est de là qu'il les dispersa sur toute la face de la terre.

(trad. Bible de Jérusalem)

 

Toute la terre avait alors le même langage et les mêmes mots.

Au cours de leurs déplacements du côté de l'orient, les hommes découvrirent une plaine en Mésopotamie, et ils s'y installèrent.

Ils se dirent l'un à l'autre : « Allons ! fabriquons des briques et mettons-les à cuire ! » Les briques leur servaient de pierres, et le bitume, de mortier.

Ils dirent : « Allons ! bâtissons une ville, avec une tour dont le sommet soit dans les cieux. Nous travaillerons à notre renommée, pour n'être pas dispersés sur toute la terre. »

Le Seigneur descendit pour voir la ville et la tour que les hommes avaient bâties.

Et le Seigneur dit : « Ils sont un seul peuple, ils ont tous le même langage : s'ils commencent ainsi, rien ne les empêchera désormais de faire tout ce qu'ils décideront.

Eh bien ! descendons, embrouillons leur langage : qu'ils ne se comprennent plus les uns les autres. »

De là, le Seigneur les dispersa sur toute l'étendue de la terre. Ils cessèrent donc de bâtir la ville.

C'est pourquoi on l'appela Babel (Babylone), car c'est là que le Seigneur embrouilla le langage des habitants de toute la terre ; et c'est de là qu'il les dispersa sur toute l'étendue de la terre.

(trad. Bible de la liturgie)

 

La terre entière se servait de la même langue et des mêmes mots.

Or en se déplaçant vers l'orient, les hommes découvrirent une plaine dans le pays de Shinéar et y habitèrent.

Ils se dirent l'un à l'autre : « Allons ! Moulons des briques et cuisons-les au four. » Les briques leur servirent de pierre et le bitume leur servit de mortier.

« Allons ! dirent-ils, bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche le ciel. Faisons-nous un nom afin de ne pas être dispersés sur toute la surface de la terre. »

Le SEIGNEUR descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils d'Adam.

« Eh, dit le SEIGNEUR, ils ne sont tous qu'un peuple et qu'une langue et c'est là leur première œuvre ! Maintenant, rien de ce qu'ils projetteront de faire ne leur sera inaccessible !

Allons, descendons et brouillons ici leur langue, qu'ils ne s'entendent plus les uns les autres ! »

De là, le SEIGNEUR les dispersa sur toute la surface de la terre et ils cessèrent de bâtir la ville.

Aussi lui donna-t-on le nom de Babel car c'est là que le SEIGNEUR brouilla la langue de toute la terre, et c'est de là que le SEIGNEUR dispersa les hommes sur toute la surface de la terre.

(trad. TOB)

 

Et c’est toute la terre, une seule lèvre, des paroles unies.

Et c’est à leur départ du Levant,

ils trouvent une faille en terre de Shin‘ar et y habitent.

Ils disent, l’homme à son compagnon:

« Offrons, briquetons des briques ! Flambons-les à la flambée ! »

La brique est pour eux pierre, le bitume est pour eux argile.

Ils disent: « Offrons, bâtissons-nous une ville et une tour,

sa tête aux ciels, faisons-nous un nom

afin de ne pas être dispersés sur les faces de toute la terre. »

IHVH-Adonaï descend pour voir la ville et la tour

qu’avaient bâties les fils du glébeux.

IHVH-Adonaï dit: « Voici, un seul peuple, une seule lèvre pour tous !

Cela, ils commencent à le faire. Maintenant rien n’empêchera pour eux

tout ce qu’ils préméditeront de faire !

Offrons, descendons et mêlons là leur lèvre

afin que l’homme n’entende plus la lèvre de son compagnon. »

IHVH-Adonaï les disperse de là sur les faces de toute la terre:

ils cessent de bâtir la ville.

Sur quoi, il crie son nom: Babèl,

oui, là, IHVH-Adonaï a mêlé la lèvre de toute la terre,

et de là IHVH-Adonaï les a dispersés sur les faces de toute la terre.

(trad. André Chouraqui)

 

Toute la terre

une seule bouche

les mêmes mots

On lève le camp de l'Orient

on trouve une plaine où s'installer

dans le pays de Shinear

Chacun dit à l'autre

Ah fabriquons des briques

et des fours pour les enfourner

La brique est leur pierre

le bitume leur mortier

Ils disent

Ah construisons-nous une ville

et une tour

sa tête touchera le ciel

Faisons-nous un nom

et nous ne serons jamais dispersés

sur toute la terre

Yhwh descend pour voir la ville et la tour

construite par les fils de l'adam

Yhwh dit

Tous ensemble ils commencent à ne faire plus

qu'une seule bouche et qu'une seule communauté

rien ne leur sera impossible

Ah descendons tout brouiller dans leur bouche

que chacun ne comprenne plus la bouche de l'autre

Yhwh les dispersa sur toute la terre

Ils arrêtent de construire la ville

On l'appelle Babel

car ici Yhwh a tout brouillé

dans la bouche de toute la terre

et de là a fait se disperser

tout le monde sur toute la terre

(trad. la bible, Bayard, 2001 – pour Premiers (Genèse) : Frédéric Boyer, Jean L'Hour)

 

Toute la terre, une seule bouche, les mêmes mots.

On entend une seule voix, les mêmes mots, sur toute la terre.

On ne parle pas ensemble d'une seule voix, une seule bouche dit.

 

Rien ne leur sera impossible, ils ont reçu la liberté de l'arbre de la connaissance, libres de se soumettre à la servitude volontaire, et d'une seule bouche proclamer l'holocauste, dans le conflit mimétique qui les anime.

 

Babel, c'est l'histoire de la fin de la pensée unique.

 

Une utopie, une légende, ce qui est à lire.

 

On peut observer qu'il faut encore détruire Babel.

 

Traditions sur la tour de Babel, ses ruines, Magas-copie-1

 

 

Traditions sur la tour de Babel, ses ruines, Magasin Pittor

 

 

Abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe, La Tour de Babel 700

Abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe.

 

Peintures des XIIe et XIIIe siècles, peintes directement sur les murs par un procédé intermédiaire entre la fresque et la détrempe.

 

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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 23:01

 

Bienvenue à nos lecteurs pour ce deuxième numéro d'Anacoluthes où nous recevons despasperdus.

 

 

On ne présente plus despasperdus, sa vie, ses œuvres.

 

« despas, vous êtes un perfide ?

_ Je me suis contenté de photographier.

_ Vous avez une autre activité, vous êtes fin psychologue ?

_ La psychologie, y’en a qu’une : défourailler le premier.

_ C'est un peu sommaire, mais ça peut être efficace.

_ …

_ Votre signature despasperdus vient de...

_ ... la gare Saint-Lazare. Tu connais ?

 

Gare Saint-Lazare, salle des pas perdus, 2006 357

Salle des pas perdus, 2006

 

Salle des pas perdus, 2012

 

_ Ah ! Pauline ! Toute ma jeunesse.

οὐκ ἔλαβον πόλιν, ἀλλὰ γὰρ ἐλπὶς ἔφη κακά

Ils ne prirent pas la ville, en effet l’espoir était sombre.

Ce qui se prononce, comme ça s'écrit : où qu’est la bonne Pauline ? A la gare, elle pisse et fait caca.

On dit parfois, en version soft : où qu’est la bonne Pauline ? A la gare Saint-Lazare (ce qui ne veut rien dire).

_ Tu le dis.

_ La galerie Lou de Libellus vous a consacré une rétrospective, du 17 au 21 octobre dernier.

_ Des œuvres de jeunesse...

_ Vos œuvres récentes seront exposées chez Lou de Libellus, du 7 au 13 avril. Parcourons ensemble.

 

Des pas, Fermeture dominicale, 8 décembre 2002

Sandwicherie

 

_ Tendue de violet, pour le deuil.

_ …

 

Des pas, Fermeture dominicale, 8 décembre 2002 1

Comment c'est

 

_ Beckett, bien sûr ! Elle traîne son sac, elle traîne sa vie. L'escabeau ne mène nulle part. Et votre jaune, votre bleu, ça flashe !

_ …

 

Des pas, Fermeture dominicale, 8 décembre 2002 2

L'Ourson Joyeux

 

_ On entrevoit la cimaise. On voit votre Kangoo.

_ …

 

Des pas, Fermeture dominicale, 8 décembre 2002 3

Le Scooter et le vélo

 

_ Aren't they cute !

_ …

 

Des pas, Fermeture dominicale, 18 mars 2012-1

Le Vélo et la moto

 

_ A fine romance !

_ …

 

Des pas, Fermeture dominicale, 18 mars 2012-2

Anges

 

_ Quand il ne reste que la façade !

_ …

 

Des pas, Fermeture dominicale, 18 mars 2012-3

1, 3, 5

 

_ Harmonie à l'italienne, la brique et le barreau se répondent ! Biker ! Décidément, vous n'avez besoin de personne en Harley-Davidson !

_ …

 

Des pas, Fermeture dominicale, Portugal, 21 mars 2012

Atençao Escola

 

_ Vous êtes allé en résidence d'artiste à Lisbonne, où vous faisiez la sortie des écoles ?

_ Je me suis contenté de photographier un pépé pervers qui levait une fillette après la classe en l'invitant à faire un tour sur son engin, sous le panneau, là !

 

Des pas, I'm your man 1

I'm your man 1

 

_ Vous êtes un artiste branché !?

_ …

 

Des pas, I'm your man 2

I'm your man 2

 

_ Monsieur despas ! Nous sommes à l'antenne ! : " )

_ …

 

Des pas, rue Ordener, 18e, octobre 2012

PIZZA à emporter

 

_ Moto, scooter, et... La cimaise ! La corniche ! Le fronton !

_ ...

 

Trois œuvres auront les honneurs de la cimaise.

 

Poisson, technique mixte sur bois flotté, 4 juillet 2012

 

_ Le dimanche est sacré pour vous...

_ Le dimanche, je vais à la pêche.

_ Et vous luttez pour le repos dominical actuellement refusé aux employés des grandes surfaces !

 

Des pas, Fermeture dominicale, 15 octobre 2012

Sans titre, 15 octobre 2012

 

_ Une œuvre janséniste empreinte de la rigueur et de l'austérité qui vous sont chères.

_ ?

_ Des références à Pierre Soulages, Gerhard Richter, Bö-Jolpif.

 

Des pas, Fermeture dominicale, 15 octobre 2012 lecture

 

_ La bouteille est toujours à ma fenêtre, prête à sauter. Tout va sauter, un jour.

_ Vous le dites.

 

Des pas, Louise Michel, 22 octobre 2012

Louise Michel, mosaïque, 22 octobre 2012

 

_ Un portrait de votre grand-mère ?

_ C'est personnel.

_ Et c'est aujourd'hui dimanche ! Merci, despas ! Bonne pêche ! »

 

 

 

* * *

 

Fidèlement vôtre, à 4 h 35, Anacoluthes vous convie à la rencontre de notre prochain invité, Escargolio !

 

- - -

 

Anacoluthes

http://www.libellus-libellus.fr/article-anacoluthes-erwin-screwdriver-lawrence-116074505.html

 

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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 23:01

 

Toni Morrison, Home

Toni Morrison, Home, Traduit de l'anglais (États-Unis) par Christine Laferrière, Christian Bourgois éditeur, 2012

 

Toni Morrison

Toni Morrison © Henry Leutwyler pour Télérama

 

Lotus, Géorgie.

Ils se sont dressés comme des hommes.

[…]

Je ne me souvenais que des chevaux. Ils étaient tellement beaux. Tellement brutaux. Et ils se sont dressés comme des hommes.

 

Toni Morrison écrit, dit-elle, pour répondre à une question qui lui vient à l'esprit.

Les années '50 sont encore perçues comme un âge d'or : économie prospère, comédies légères, que du miel !

En réalité, la guerre de Corée, le maccarthysme, la ségrégation contre les Noirs, dont certains font par ailleurs office de cobayes humains pour des expérimentations médicales auxquelles je fais référence dans le roman... Cette époque, dont l'Amérique se souvient comme étant incarnée par Doris Day, est en fait un moment de grande souffrance pour beaucoup de gens.

Propos recueillis par Nathalie Crom, Télérama n° 3267, 22 août 2012

 

Home est un roman à deux voix : le narrateur et le personnage principal, Frank Money, qui ouvre le récit et le conclut.

 

La question : comment devient-on un être humain ?

 

Toni Morrison est professeur de littérature, elle a exercé notamment à l'université de Princeton, jusqu'en 2006.

 

Respirer. Comment y parvenir de sorte que personne ne sache qu'il était éveillé.

 

Frank Money se souvient : vingt ans plus tôt – il avait quatre ans, les habitants de quinze maisons avaient reçu pour ordre d'abandonner leur petit quartier en bordure de la ville. L'un d'eux est resté sur le seuil de sa maison. Il a été lynché.

 

Lawrence Beitler, Lynchage, 1930 555

Lawrence Beitler, Lynchage, 1930

 

Frank s'évade de l'hôpital, de l'asile où il a été conduit, menotté, par la police. Il va nu-pieds. Arrivé au presbytère de l'église épiscopale méthodiste de Sion, il frappe à la porte. Le révérend John Locke lui ouvre.

 

« Je m'appelle Locke, révérend John Locke. Et vous ?

_ Frank, monsieur. Frank Money.

_ Vous venez du bout de la rue ? De cet hôpital ? »

[…]

« Asseyez-vous, dit-il, puis il ajouta en secouant la tête : Vous avez de la chance, monsieur Money. Ils vendent beaucoup de corps, là-bas.

_ De corps ? »

[…]

« Eh oui. A l'école de médecine.

_ Ils vendent des cadavres ? Pour quoi faire ?

_ Eh bien, vous savez, les médecins ont besoin de travailler sur les pauvres qui sont morts pour pouvoir aider les riches qui sont en vie. »

 

Frank est un ancien combattant.

Le révérend :

« Une armée où les Noirs ont été intégrés, c'est le malheur intégré. Vous allez tous au combat, vous rentrez, on vous traite comme des chiens. Enfin presque. Les chiens, on les traite mieux. »

 

Frank veut retourner en Géorgie, dans son pays. Le révérend paie son billet d'autocar jusqu'à Portland, où il le confie au révérend Jessie Maynard, pasteur d'une église baptiste, qui l'aidera à poursuivre son voyage. Le pasteur fait la charité sans le cœur, il est riche, on voit son Oldsmobile Rocket 98 garée derrière la maison.

 

Oldsmobile Rocket 98, 1953 555

Oldsmobile Rocket 98, 1951-1953

 

Les prisonniers de guerre, en Corée, ont été libérés en avril et juillet 1953.

 

Frank pense à Lily, son amour. Sans elle, il a des images de cauchemar. Mike et Stuff, tombés près de lui. Et la fille. Qu'a-t-elle donc fait pour mériter ce qui lui est arrivé ?

 

Huỳnh Công Út, Kim Phuc, Trang Bang, Sud-Vietnam, 8 jui

Huỳnh Công Út, Trang Bang, Sud-Vietnam, 8 juin 1972

Kim Phuc a 9 ans quand un avion sud-vietnamien largue sur son village des bombes au napalm.

 

« Watson. Billy Watson. » Il lui tendit la main.

« Frank Money.

_ Tu viens d'où, Frank ?

_ Ah, mon vieux. La Corée, le Kentucky, San Diego, Seattle, la Géorgie. Tu dis un lieu, j'en viens. »

 

Thomas, le fils de Billy et d'Arlene, a un bras mort.

« Un flic en voiture, dit-il. Le petit avait un pistolet à amorces. Huit ans, il courait d'un bout à l'autre du trottoir en pointant son jouet.

[…]

_ Tu ne peux pas tirer sur un gamin comme ça, dit Frank.

_ Les flics tirent sur tout ce qu'ils veulent. »

 

Lotus, Géorgie, est le pire endroit du monde, pire que n'importe quel champ de bataille.

[…]

La Corée.

Vous ne pouvez pas l'imaginer parce que vous n'y étiez pas.

 

Près de Chattanooga, le train s'est arrêté, une panne. Le haut-parleur grésillant d'une radio fait entendre Bing Crosby.

 

 

Frank retrouve sa sœur,

 

Cee m'a touché l'épaule.

Légèrement.

Frank ?

Oui ?

Viens, mon frère. On rentre à la maison.

 

* * *

 

Remerciements à Yueyin, qui nous a offert ce très beau roman, sombre, nécessaire.

 

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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 23:01

 

Bienvenue à nos lecteurs pour ce premier numéro d'Anacoluthes où nous recevons Erwin « Screwdriver » Lawrence.

Notre nouvelle émission répond au cahier des charges, en béton, de Televisione Francese 1, assurant ainsi, sous le regard de notre bien-aimé Nonce Paolini, le mieux-disant culturel, à 4 h 35, entre Poubelle à vie et Très chiasse, très prout.

 

 

 

Erwin Screwdriver Lawrence

 

On ne présente plus Erwin « Screwdriver » Lawrence, après sa tournée triomphale en Corrèze, au Foyer Rural de Concèze, à La Grange de Bel Air, au Village vacances de La Gironie, et on en passe.

 

« Erwin, vous portez à gauche ?

_ Je porte, oui, mais j'aime mieux quand on est plusieurs.

_ Vous êtes un chanteur engagé.

 

 

 

_ Vous avez la faucille ?

_ Une faucille d'or dans le champ des étoiles.

_ Et vous en êtes une !

 

 

 

_ Avec le marteau, ce serait le bonheur ?

_ La faucille sans le marteau, c'est comme la charrue sans les bœufs, le tenon sans la mortaise, ma petite sœur sans son frérot.

_ Vous avez une autre activité, vous êtes tournevisseur sur loco ?

_ Sur la loco, il y a toujours un boulon prêt à péter, on tourne.

_ Le train est au cœur de votre œuvre, on n'oublie pas vos compositions pour Le train sifflera trois fois, Le facteur sonne toujours deux fois...

_ … je ne fais pas le facteur, j'entends siffler le train.

 

 

 

 _ Le rock, avant vous...

_ … le rock amerlock, c'est mou, tu connais ♪♫♪ Love me tender ♪♫♪ ?

_ Et pourtant, une déclaration d'amour à son tender devrait émouvoir un passionné de loco-motion !

_ ...

_ Le nouvel album de Carla Bruni  Little French Songs sort aujourd'hui. Vous avez écouté le single  Chez Keith et Anita ?

_ ...

_ Ecoutons un extrait de votre nouvel opus – à paraître bientôt.

 

 

 

_ Vous envoyez !

_ J't'envoie un message, mon p'tit Lou, tu m'rends mon amour ou j'te fais le marteau et la faucille ! »

 

Nous rendons l'aaaaahntenne, àaaah vous Cognacq-Jay...

 

 

 

* * *

 

Fidèlement vôtre, à 4 h 35, Anacoluthes vous convie à la rencontre de notre prochain invité, Monsieur ! despasperdus, le flingueur de la butte.

 

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