Lou

  • : Libellus
  • Libellus
  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

Recherche

l'heure à Lushan

France + 7 heures

 

Archives

pour mémoire

Survival

 

Uncontacted tribes

 

Un lien en un clic sur les images.

22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 22:21

Partager cet article

Repost0
21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 10:04

 

Un gouvernement est toujours le gouvernement du peuple

 

Il y a trois sortes de tyrans : les uns ont le royaume par l’élection du peuple, les autres par la force des armes, les autres par la succession de race.

[…]

Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres.

[…]

Les théâtres, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bêtes étranges, les médailles, les tableaux et autres telles drogueries, c'étaient aux peuples anciens les appâts de la servitude, le prix de leur liberté ravie, les outils de la tyrannie. Ce moyen, cette pratique, ces allèchements avaient les anciens tyrans, pour endormir leurs sujets sous le joug.


Etienne de La Boétie,
De la Servitude volontaire,
édition Paul Bonnefon, 1922


Selon Montaigne (qui rajeunit peut-être La Boétie pour attiédir le brûlot), le discours aurait été écrit par manière d’essai, en sa première jeunesse, n’ayant pas atteint le dix-huitième an de son âge, à l’honneur de la liberté contre les tyrans. [soit avant 1548, la première publication complète datant de 1576]

Montaigne, Essais, I, XXVIII


La problématique peut ainsi s’énoncer : comment un peuple d’esclaves peut-il être volontairement soumis à un maître dont la légitimité ne tient qu’à l’autorité donnée par les esclaves eux-mêmes ?

La liberté serait de n’être ni maître ni esclave,

Ni victimes ni bourreaux, Albert Camus in Combat, 1946,

Ni gagnants ni perdants, Noir Désir, 2008.

La Boétie illustre prudemment son propos d’images retenues de l’Antiquité.

En notre temps, celui dont nous n’avons pas encore complètement perdu la mémoire, nous rappellerons l’étude de Wilhelm Reich, La psychologie de masse du fascisme, Massenpsychologie des Faschismus, 1933. Une tyrannie meurtrière et suicidaire ne tient pas à la folie d’un seul, de chacun pris isolément, ni à une infrastructure économique étouffant nécessairement l’humain.

 

Des maires commis d’office par les maîtres de Vichy ont été reconduits dans leurs fonctions par la vox populi et honorés par leurs suivants.

 

Les théâtres, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs. Quoi de neuf dans Le Jeu de la mort conçu et réalisé par Christophe Nick ? 81 % des candidats ont volontairement tué un homme (au moins à ce qu’ils croyaient).  Dans l'expérience de Milgram, ils n'étaient que 62,5 %. L’autorité des réseaux médiatiques, l’opinion, l’emporte largement sur celle de la science (vraie ou fausse). Dans Le Prix du danger / Yves Boisset, 1983, d’après Robert Sheckley, The Prize of Peril, 1958, seul le joueur cible se révolte : il est conduit à l’asile.

Christophe Nick, Le Jeu de la mort, présentation


Christophe Nick, Le Jeu de la mort, le spectacle va commencer

 

[d’autres illustrations sont disponibles sur demande]

 

Aujourd’hui, 53,65% des hommes libres et consentants vont confirmer l’anecdote, en s’accordant aux suffrageurs, naufrageurs des temps modernes.

 

Lotophages

 

Tous les gagnants ont participé.

Loterie universelle.

Mémoire de l’oubli.

 

Gauchedecombat s’interroge sur la pertinence d’un geste électoral quand le suffrage est floué par l’exécuteur même, démocratiquement choisi.

Le deuxième tour des élections régionales [le] laisse perplexe... sans voix(e)...

Le seul argument qui pourrait [le] convaincre de voter... serait éventuellement le risque que l’UMP s’allie au FN...

Mais ce coup là, écrit-il, on me l’a déjà  fait en 2002... Et quand on voit ce que cela a donné...

 

Autant s’en remettre à la loterie des algorithmes. Philip K. Dick l’a imaginé, la fiction aujourd’hui…

 

Le dialogue intelligent

 

Le mot est de Daniel Cohn-Bendit au soir du premier grand soir.

 

En Basse-Normandie, PS+Europe Ecologie+Front de Gauche, c’est intelligent. Le partner number one défend le développement du nucléaire, ce qui est défendable dans une région qui ne craint plus rien. Le strapontin de service comprend [c’est le dialogue intelligent] notamment :

- le non-financement par la région du nucléaire dans le domaine de l'énergie

[en bonne intelligence avec AREVA]

- la création d’un service public régional de covoiturage

[enfin une proposition révolutionnaire ! hein ? service-public-régional-covoiturage, qu’est-ce que ça veut dire ? m’enfin ! posez des questions intelligentes !]

Le Front… tête haute !

 

Et tout cela s’est négocié à l’hôtel Best Western Ducs de Bourgogne.
La notion d’hôtellerie à visage humain prend tout son sens chez nous.

Tu comprends, puisque tu es intelligent, qu’aujourd’hui, à moins de 400 la chambrée, tu n’as plus rien. Le prix n’est pas donné pour un salon intelligent.

Et pour en tresser une de plus à celui qui aimait les enfants et cherchait sous les pavés la plage,
une contribution de La Décroissance.

En rappelant nos lectures de jeunesse, au 29e jour du nénuphar, Halte à la croissance ?, collectif, Fayard, 1972

Et notre dette à Des pas perdus, dont le dialogue est vraiment intelligent – ce que c’est de la polysémie et de nous autres pauvres !

 

La révolte ne peut être que désespérée, en chanson.

 

Les plus désespérés sont les chants les plus beaux

C'est dans La Nuit de Mai. Il y a eu un mai 1871.

Pour Bertrand


En remontant le fil

 

De la démocratie directe en temps de crise_03 – Jean-Paul Brighelli est-il un vieux crétin ?

De la démocratie directe en temps de crise_02 – la philosophie au comptoir

De la démocratie directe en temps de crise_01 – La Journée de la jupe

Damien Saez : « Faut apprendre à lire, Messieurs, faut aller à l’école »

Carrefour-Danone : les escrocs du cœur

De l’écologie de pacotille comme piège à cons

Pour le repos liturgique : non au travail le dimanche !

Albert Camus – Caligula

Albert Camus - révolte et an-archie

Paulo Anarkao - comment vouloir être libre

Albert Camus – Le Malentendu
Albert Camus, Le premier homme - une histoire de pluie, de soleil, de poussière et d'amour
 

Partager cet article

Repost0
17 mars 2010 3 17 /03 /mars /2010 11:42

 

Jean-Paul Brighelli


Je m'appelle Jean-Paul Brighelli. Je suis professeur agrégé de lettres et je viens de publier un livre :
La fabrique du crétin, Editeur Jean-Claude Gawsewitch, 2005.

Présentation de l'éditeur

Nos enfants ne savent plus lire, ni compter, ni penser. Le constat est terrible, et ses causes moins obscures qu'on ne veut bien le dire. Un enchaînement de bonnes intentions mal maîtrisées et de calculs intéressés a délité en une trentaine d'années ce qui fut l'un des meilleurs systèmes éducatifs au monde. Faut-il incriminer les politiques, les profs, les parents, les syndicats, les programmes ? En tout cas, la Nouvelle Pédagogie a fait ses " preuves " : l'école a cessé d'être le moteur d'un ascenseur social défaillant. Ceux qui sont nés dans la rue, désormais, y restent. Dès lors, que faire ?


Jean-Paul Brighelli a enseigné en collège (à Neubourg dans l'Eure), en lycée (aux Ulis, puis à Montgeron, à Corbeil-Essonnes, à Montpellier). Depuis 2008, il est professeur de lettres en CPGE au Lycée Thiers de Marseille. Il a été chargé de cours en littérature des XVIIe et XVIIIe siècles à l'ENS-Saint-Cloud et à l'Université Paris-III. Il est membre du jury du Capes externe de Lettres modernes depuis 2005.


Il a publié avec Christian Biet et Jean-Luc Rispail, aux éditions Magnard, en 1981-1983, une collection de manuels scolaires, Textes et Contextes, Anthologie de textes littéraires, dont l’originalité (dans la confrontation de textes anciens et modernes) est reconnue, quel que soit le jugement de valeur ou l’appréciation pratique de chacun.

Chez le même éditeur, la Petite fabrique de littérature, Les petits papiers / Alain Duchesne et Thierry Leguay, La petite fabrique d'écriture / Gérard Vermeersch, la Petite fabrique de l'image / Jean-claude Fozza, Anne-marie Garat, Françoise Parfait, participent des mêmes affinités pédagogiques.


La fabrique du crétin
est dans le procès.

 

Comment l’école est-elle devenue une fabrique de crétins ?


La faute aux nouvelles générations ? Et pourquoi pas à celles qu’on dit de la diversité ? Insoutenable, comme la malheureuse phrase d’Henri Guaino prononcée par Nicolas Sarkozy dans son Discours de Dakar, le 26 juillet 2007 : l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire.


La faute aux parents qui demanderaient de la garderie sociale (selon le mot du Principal, dans La Journée de la jupe) ? Demandons aux parents avant de leur imposer une réponse.


La faute aux professeurs ? tous ? non !

 

Quand l’économie prime l’humain

 


Dans notre société occidentale, inspirée de celle de l’ami américain, ou en voie d’occidentalisation, on se passe des ouvriers ou des employés qualifiés qui ont fait les Trente glorieuses.

Qui a donné le premier coup de pied au cul ?

L’accordéoniste en Haby de soirée, en 1975 ? Le sociologue préféré des Français, à ce qu’il paraît, et ses Sept principes, en 1989 ?

 


Aujourd’hui, on demande une élite et des ilotes, des maîtres d’œuvre et des tâcherons dont les diplômes, les qualifications n’ont aucune importance, pourvu qu’ils aient le geste machinal et cadencé mis en caricature par Charles Chaplin en 1936 et depuis importé dans la fiction quotidienne, le figuré du réel.

 

Charles Chaplin, Les Temps modernes, 1936

 

Et puis encore, dans un monde où l’on a fait table rase des vieux préjugés, la première évidence s’énonce clairement : je consomme, donc je suis. Les Alpha et les Epsilon sont formés à la même école (sauf accident pédagogique). Brave new world !


Oublier l’histoire. On est en 1984.


La crétinisation au principe de la paupérisation, c’est l’échec de l’école. Oh ! ça ne date pas d’aujourd’hui. On ne badine pas avec l’amour est une histoire de cet échec. Aujourd’hui, la loi.

 

Ce que dit Jean-Paul Brighelli

Jean-Paul Brighelli sur RMC, mars 2008

 

Ce qu’écrit Jean-Paul Brighelli


Sur La Journée de la jupe

Sur la violence à l’école

Et en banlieue

La Journée de la jupe, à suivre…
 


En remontant le fil

 

De la démocratie directe en temps de crise_02 – la philosophie au comptoir

De la démocratie directe en temps de crise_01 – La Journée de la jupe

Damien Saez : « Faut apprendre à lire, Messieurs, faut aller à l’école »

Carrefour-Danone : les escrocs du cœur

De l’écologie de pacotille comme piège à cons

Pour le repos liturgique : non au travail le dimanche !

Albert Camus – Caligula

Albert Camus - révolte et an-archie

Paulo Anarkao - comment vouloir être libre

Albert Camus – Le Malentendu

Albert Camus, Le premier homme - une histoire de pluie, de soleil, de poussière et d'amour

 

A suivre…
 

Partager cet article

Repost0
13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 01:01

  

Aujourd’hui, chez Roger, ouvert le dimanche, on échange sur les fondamentaux du temps, les 3 E : Environnement, Emploi, Ecole.

[toute ressemblance avec des propos recueillis dans le temps serait naturelle puisque le dialogue tient de la contamination, comme on l’entendait au théâtre de la Rome ancienne]

Sur l’Environnement

 

_ trois Muscadet ?

_ t’as pas du vin chaud ? pass’ que ça s’réchauff’ pas !

_ sûr ! y nous disent qu’y a un réchauff’ment et nous, on s’les gèle !

_ note, y a un savant qu’a été ministe et même Noël à Cradingue…

_ … c’est où Cradingue ?

_ c’est par là, j’crois… y l’ont dit, et il a dit que plus ça réchauffait plus on avait froid et que c’était tout des conn’ries !

_ et maintenant y nous font la taxe au charbon…

_ … note, le charbon, avec le ramonage, y a que le nu-clé-air qu’est propre, c’est c’que j’dis !

_ ça c’est vrai, et y veulent nous r’mett’ des moulins à la place, moi je dis : et si y a pas d’vent, hein ?

_ oh ! ben là, dame ! Roger, tu nous mets trois Muscadet !

_ sur le vin chaud ?

_ rouge sur blanc, tout fout l’camp, blanc sur rouge, rien ne bouge !

 

Sur l’Emploi

 

_ moi, j’dis : celui qui veut travailler, y travaille !

_ t’as vu les impôts ?

_ moi, je travaille pour rendre service, les impôts, y sav’ pas !

_ tu l’fais au noir ?

_ attention ! c’est pas du travail d’arabe, hein !

_ on n’a mêm’plus l’temps d’aller chasser !

_ moi, si j’étais au gouvernement, tous les bougnoules dehors !

_ note, y en a…

_ … et la r’traite ?!

_ on s’ra tous morts avant…

_ … c’est vrai, ils l’ont dit à la télé, c’est les planètes…

_ … oooh… les planètes, ça existe ? tu y es allé sur les planètes ?

 

Sur l’Ecole

 

_ t’as vu ? y en a un qu’a mis une femme à poil pour sa chanson !

_ c’est politique ! et puis moi, si j’mets Simone dans l’chariot, c’est pas moi qui vais l’pousser, l’chariot !

_ sur Canal, y disait : faut aller à l’école…

_ … dame, moi l’école, c’est toujours pas moi qui y ai fait du mal !

_ t’as Canal, toi ?

_ c’est l’gamin, il est en élétroténique, le prof leur a donné tout l’montage !

[NDL : authentique]

_ et les outils ? y en a du bazar là-d’dans !

_ y l’a pris chez les scouts…

_ … on dit scounts !

_ les profs ! y sont tous communisses et à la r’traite !...

_ … de Russie !

_ toujours, moi, c’est pas les fontionnaires qui vont m’mettre, j’paye pas d’impôt !

_ et la tévéa ?! hein ? tu la payes pas la tévéa ?

_ on s’arrange…

_ … Sarkozy, il a dit…

_ … c’est pas Sarkozy qui va faire la loi, ho ! Roger, tu nous remets !

_ … celui qui veut travailler, y travaille !

_ Roger ! tu m’le mets à 30 et 40 contre 1, c’est pour la r’traite…

_ hé ! les gars ! c’est 11 h !

_ Roger, tu nous fais l’vin d’messe, on a les cahouètes.

 


En remontant le fil


De la démocratie directe en temps de crise_01 – La Journée de la jupe

Damien Saez : « Faut apprendre à lire, Messieurs, faut aller à l’école »

Carrefour-Danone : les escrocs du cœur

De l’écologie de pacotille comme piège à cons

Pour le repos liturgique : non au travail le dimanche !

Albert Camus – Caligula

Albert Camus - révolte et an-archie

Paulo Anarkao - comment vouloir être libre

Albert Camus – Le Malentendu

Albert Camus, Le premier homme - une histoire de pluie, de soleil, de poussière et d'amour

A suivre…


L'Etat, c'est le plus froid de tous les monstres froids, il ment froidement et voici le mensonge qui rampe de sa bouche : Moi, l'Etat, je suis le peuple.
Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, I, De la nouvelle idole, trad. Henri Albert, 1898


Hélas, que ne comprenez-vous ma parole :
Faites toujours ce que vous voudrez, mais soyez d'abord de ceux qui peuvent vouloir !
Friedrich Nietzsche , Ainsi parlait Zarathoustra, III, De la vertu qui rapetisse, trad. Henri Albert, 1898
 


Appendice

 

Vendredi 12 mars 2010, 21 h 40, TF1, Les Enfoirés… La crise de nerfs !

Concert enregistré !!! minimum risk… au Palais Nikaia de Nice, ville réputée pour ses pauvres.

_ pourquoi regarder ?

_ parce que c’est une information.

_ pourquoi éteindre à 21 h 40 ?

_ parce qu’il y a des bornes aux limites.


Un tel déploiement de gaspillage est scandaleux !


Les artistes peuvent être bénévoles (hors les faux frais, le camping à Nice, même en cette saison, n’est pas donné).

Et les autres ? techniciens de la lumière et du son (salut les tarés de la manette !), machinistes, maquilleurs, manœuvres du spectacle, on espère qu’ils ont droit à une piécette du coffre.

Oui, on a craqué devant le coffre. Un gros accessoire dans le décor.

On s’attendait à en voir sortir les repus du coffre conspués par ceux qui ont le ventre creux.

Deux bonnes femmes s’y nichaient.

C’est pas du Jean-Baptiste Mondino/Damien Saez et c’est là que peut-être on voudra bien comprendre.


Le coffre


Je ne le chiffre pas à moins de 100.000 euros, en comptant les matières premières, le prélèvement des matières, le transport, la transformation, la fabrication du chose, son enlèvement vers le plateau, son installation, sa désinstallation, son recyclage.
Tout cela étant déclaré, pour le bénéfice du budget de l’Etat qui est déficitaire dès qu’il reçoit un appoint, on comprendra qu’il serait plus court pour l’Etat-comme-ils-disent et plus juste de donner immédiatement à ceux auxquels pensait Michel Colucci, ceux auprès desquels sont les Les Enfants de Don Quichotte et pas que.


Musique !


6guy’s, Ton regard

Des enfants d’Higelin ? pas loin…

Les 6guy's (Sex guys ?) sont ICI sur écoute et , si vous voulez les voir sur une grande scène une fois belge.
 

Partager cet article

Repost0
9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 23:23

 

Les proscrites


http://i62.servimg.com/u/f62/11/02/60/83/mondin10.jpg   

http://i62.servimg.com/u/f62/11/02/60/83/mondin11.jpg
Jean-Baptiste Mondino / Damien Saez

 

J’accuse

 

Damien Saez, J’accuse, 2010

 

En images

 

Damien Saez, J’accuse, clip, 2010

 

Damien Saez sur France Inter, le 5 mars

 

Damien Saez, Interview, France Inter, 5 mars 2010

 

Damien Saez sur Canal+, le 8 mars

 

Damien Saez, Interview, Canal+, 8 mars 2010

 

Des femmes nues depuis l’origine du monde


http://i62.servimg.com/u/f62/11/02/60/83/courbe10.jpg
Gustave Courbet, L'origine du monde, 1866, Musée d'Orsay


http://i62.servimg.com/u/f62/11/02/60/83/ducham10.jpg

Marcel Duchamp, Etant donnés : 1° La Chute d'eau, 2° Le Gaz d'éclairage, 1946-1966, œuvre inachevée, Museum of art, Philadelphie

 

Krys, Tenue de soirée, 2008

 

Deux lettres de Damien Saez

 

Allo Paris bonjour tristesse.

Notre photo, une femme nue dans un caddie, utilisée comme visuel de notre album et comme affiche de concert, a été interdite dans les couloirs des métros et sur les kiosques à journaux.

Dans une seconde étape, une autre affiche textuelle signifiant cette interdiction l’a été à son tour par tous les réseaux publicitaires, méprisant ainsi et la liberté de l’art et la liberté d’expression.

Une femme nue dans un caddie, outrage aux mœurs du commerce ? Remise en question du système ? Droit d’informer ?

Quel crime avons-nous donc commis ? Cette interdiction aurait pour but, qu’ils disent, de protéger l’image de la nature humaine, j’en doute. Mais protéger l’image du caddie ? Ca c’est certain. Les publicistes portant le drapeau de la nature féminine... Faites-moi rire... Une chose est sûre, les caddies valent plus que les hommes dans nos pays.

Quand les bureaux du commerce prennent des allures d’entrée de boites de nuit, quand la ségrégation outre raciale en devient culturelle, la honte grandit.

J’ai honte pour ces gens, honte pour mon pays, honte pour ce qu’il est devenu, honte pour cette auto-censure que la société s’inflige à chaque fois qu’elle ouvre sa bouche. Et dire que nous étions d’avant-garde un jour...

Alors que le vulgaire à outrance et les illégalités font rage sur chaque devanture et dans ces mêmes couloirs de métro, alors que nous vendons nos chairs, à tort et à travers, pour n’importe quel inutile qu’il faudra vendre aux enfants, alors que la femme n’a jamais été autant méprisée dans sa qualité d’être humain autre que celle d’être une chatte béante dans laquelle on refourgue tous les artifices du nouveau monde, voilà que les petits capos voient de l’outrage quand le féminisme est à son expression la plus pure.

Mais quelle est cette douleur qui fait si mal dans les p’tits slips des p’tits capitalistes d’arrêt de bus ?

Les miroirs feraient-ils donc si peur à ceux qui n’aiment pas leur visage ?

D’abord une photo, puis des mots....

Dis quand viendra le temps où nous reverrons la liberté ailleurs que sur nos billets de banque ?

Cet album que nous sortons est l’œuvre de deux ans de travail, d’écriture, de production, de musique, de réflexion, d’argent et surtout de temps. Un art populaire mis à mal par les pilleurs de tombeaux que sont tous les vendeurs de câbles en tous genres.

Je suis parti des majors company pour ne pas finir en abonnement téléphonique, en sonnerie de portable vendue à des crétins.

Bien sûr on est blasé de tout, bien sûr on ne s’étonne plus de rien, bien sûr ça n’est pas grand’chose, qu’une photo aujourd’hui, quoi demain ?

Bien sûr je continuerai à être libre, bien sûr qu’on galère tous à faire nos courses, bien sûr qu’il y a toujours plus grave, bien sûr, bien sûr...

Mais les symboles sont là pour stigmatiser très souvent des maux bien plus profonds, et les choses sans grande importance à première vue cachent souvent des forêts qui le jour où elles prennent feux font bien plus de dégâts que la liberté.

Damien Saez, Lettre, 5 mars 2010

 
---


Ils sont forts quand-même ou quand le plaignant est jugé coupable.

Faites entrer l’accusé !

Avis du jour,

puisqu’il faut du surlignage à cette société :

OUI CETTE PHOTO EST UNE LUTTE CONTRE LA PROSTITUTION LÉGALISÉE DE L’ÊTRE HUMAIN DONT LES PUBLICITAIRES SONT LES MAQUEREAUX.

 

ALLO CERVEAU J’APPELLE NEURONES !!!!

Premièrement :

Je pense que seul un illettré ne comprendrait pas cette affiche et qu’elle n’est que le miroir de ce que les publicitaires et par extension les médias dans leur immense majorité (puisqu’ils sont tous les salariés indirects des spots de pub passés sur leurs supports) veulent faire de nous et de nos enfants et que, par conséquent, cette affiche n’avait pour but que de réveiller quelques consciences et quelques féminismes bien éteints de nos jours ; je suis néanmoins heureux qu’elle suscite une telle réaction chez certaines associations même si je trouve tellement triste qu’on ne les entende jamais concernant les 99% des publicités qu’on inflige à leurs enfants.

Vous comprendrez également mon étonnement de savoir que certaines de ces associations décident d’être du côté du macro plutôt que de celui de la prostituée, quel paradoxe d’être taxé de sexiste et de proxénète quand on dénonce la prostitution même, et bien plus que celle des corps de nos frères et de nos frangines, celle de nos âmes et de nos cerveaux, tout ceci est décidément un bien triste bilan de santé de notre société.

Bientôt ceux-là même que tu défends vont t’attaquer en justice, c’est pas beau ça !

Oui bientôt la photo d’un oiseau dans le mazout sera interdite car elle sera suspectée d’être propagande, non pas contre mais pour les sociétés pétrolifères... tout ça me fait rire et c’est pas peu dire de nos jours.

Utiliser l’image de la femme à tort et à travers pour vendre tout ce qu’on peut : des soutifs au fromage, des magazines pour illettrés ou du showtime à la télé, non ça, ça n’est en rien dégradant, mais la prendre en photo pour dénoncer cette société qui voudrait que l’Homme ne soit rien de plus que de la viande dans un caddie, halte là !

Cachez ce sein que je ne saurais voir !

 

Deuxièmement :

Et si elle était habillée ?

Et si c’était un homme ?

Et si c’était une femme libre sur un parking, magnifique au soleil que j’avais prise en photo et qui aurait accepté d’être l’icône photographique de mon album ?

Et si c’était ma sœur ?

Ou ma femme peut-être voulant elle aussi lutter à sa manière ?

Bien des questions qui ne mènent qu’à une seule réponse : liberté.

Le reste n’est que tartufferie et intégrisme économique.

A l’image de ce que cette société devient, un cul perdu entre des millions de chaises, ces gens-là même qui ont détruit depuis des décennies l’image de la femme donc celle de l’humain tout entier, ces gens-là vont me donner la leçon au nom de l’Homme, ah... si j’avais vendu des strings au lieu de critiquer Dieu consommation...

Moi, j’ai depuis plus de dix ans combattu ma propre publicité, et je n’ai pas besoin de censure comme publicité n’en déplaise à certains, je ne suis jamais allé me vendre à la criée sur les canaux à merde qui vous assiègent secondes après secondes sur tous les écrans, et plus important je n’ai jamais mis une gamine de 14 ans pour vendre un cornet d’glace, à la vanille bien sûr....

Ne voyez pas dans cet écrit une justification à ma liberté qui n’en nécessite aucune mais juste une dernière mise au point sur ce sujet, le pouvoir n’est plus dans les mains du peuple il est dans les câbles et les concubinages consanguins de tout ce joli monde qui fait la merde qu’on achète.

Après tout qu’importe, qu’elle soit interdite ne m’étonne pas tant que ça, ça fait longtemps qu’ils ont gagné et qu’on leur a donné notre cul, à croire qu’on aime tellement ça.

Quelle tristesse !

Définitivement, J’ACCUSE !

Je vous souhaite une bonne journée mesdames.

Damien Saez, Lettre, 8 mars 2010

 


Bonus


La femme en sac dans le caddie, la femme en sac dans le caddie, la femme en sac dans le caddie… on l’a vue… 


http://i62.servimg.com/u/f62/11/02/60/83/edward10.jpg
Edward Kienholz, The Illegal Operation, 1962


http://i62.servimg.com/u/f62/11/02/60/83/edward11.jpg
Edward and Nancy Kienholz
, Bronze Pinball Machine with Woman Affixed Also, 1980

 

Partager cet article

Repost0
7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 11:03

 

 

http://i62.servimg.com/u/f62/11/02/60/83/carref10.jpg


http://i62.servimg.com/u/f62/11/02/60/83/carref11.jpg
 

Largué, je suis !
On me prête, à tort, preuve qu'on ne prête pas qu'aux riches, le sens de l'humour.
On me prête, à tort, preuve qu'on ne prête pas qu'aux riches, le sens du second degré (ce qu'on appelle l'ironie).
Là, je n'ai jamais eu l'idée d'un pareil canular.
Flétri, je suis !

Darrefour
14 janvier 2010
Chiffres d’affaires 2009 et T4 en progression, soutenus par les marchés de croissance
CA TTC 2009 : 96,2 Md d’€, +0,9% hors essence et à changes constants
CA TTC T4 2009 : 26 Md d’€, +1,0% hors essence et à changes constants
Bonne exécution et premiers résultats du plan de transformation « En Avant !»
Objectifs 2009 atteints

Canone / Yes ! we Can ! number one !

Accélération de la croissance des volumes
et du chiffre d’affaires au 3ème trimestre 2009
Objectifs 2009 confirmés

Intermède ludique

Quelle distance sépare le pis de la laitière de votre assiette ?

[réponse infra]

 

Mon témoignage, à c't'heure d’hier soir

Je reviens du Super U - ça pourrait être Darrefour ou un autre.

A l'entrée, il y a les bénévoles des Restos du cœur.

Je vais faire ma B. A. du jour
[est-il généreux, ce Lou ! et il ne s’en vante pas !], j'achèterai des produits "Bien Vu". Les produits "à petit prix", au moins en alimentation, passent aussi bien à la cuisine. Je peux faire un caddie pour l'équivalent de mon panier. Si je dépense plus pour moi, c'est pour faire gagner plus à Super U [est-il solidaire en temps de crise, ce Lou ! et modeste !].

Je suis scandalisé !

Ca m'arrive encore, en province on ne nous dit pas tout.

Rayon poissonnerie, je demande des coquilles Saint-Jacques. C'est toujours bien (tant qu'on supporte les métaux lourds et les rejets de polluants radioactifs), ça vient de nos côtes - autrement, ce ne sont pas des Saint-Jacques, ce sont de vagues Chlamys (on notera au passage que la Chlamydia, simple assonance, est une bête qui provoque des maladies vénériennes graves). Et puis je suis un peu moins pauvre que ceux qui vont aux Restos du cœur, preuve : l'ordinateur qui me permet de publier cette page sur un site payant grâce à une connexion internet payante, en somme tout ce qui vous permet de lire ces quelques lignes, sur votre connectée machine.

On est samedi soir, 19 h.

Dans la conversation qui s'engage entre les quelques-uns de nous, les clients, et la vendeuse, on apprend que tout le "frais" qui n'est pas vendu, et qui ne sera plus frais lundi prochain, passe à la poubelle !

_ ça pourrait aller au rayon "traiteur", une fois cuisiné, ça se garde un peu plus...
_ ils pourraient surgeler et cuisiner plus tard...
[la vendeuse] _ non ! même nous, on n'a pas le droit !
[entendez : pas le droit d'emporter gratuitement plutôt que de jeter, même pas d'emporter à un prix réduit]
et c'est pareil à la boulangerie, et j'ai travaillé chez bling-bling (plats cuisinés du jour), des fois, il y avait des palettes entières, même pas entamées, qui partaient à la benne, et on ne pouvait pas y toucher.

Nous sommes tous (enfin, on était cinq) scandalisés.

Dehors, les "Restos du cœur" sont au courant, un peu sous le coup d'une fatalité... c'est vrai : que peuvent-ils faire ?

Je laisse mon chariot
[oui, on a compris, discret et charitable, ça va !], avec un euro à la clé, la part du pauvre.

Raymond Devos, Le Mille-feuille, in A tort ou à raison, 1973


On a bien retenu
la logique des chasseurs : avant de réguler, il faut dérégler. Au libéral safari, cela donne : avant de secourir les pauvres, il faut les fabriquer.

 


Quand un groupe d’affaires met « En Avant !» son plan de transformation et annonce « Objectifs 2009 atteints » [cf. supra], on en conclut que les licenciements sont prioritaires dans les objectifs, ce qui n’est pas en contradiction avec la progression du chiffre – c’est un des glorieux mystères de l’église [du grec ancien via le latin : assemblée] libérale et romaine [étymologie : ils sont fous ces Romains].


Un article avec le logo, c’est une publicité gratuite. Une contre-publicité est une publicité. Est-ce clair ?


Commentaires sur un site relais


Et une de plus qui participe

Ecrit par : *** | 05.03.2010


C'est fait!

Bon WE!

Ecrit par : *** | 05.03.2010


Moi, ça y est, c'est fait ;)

Ecrit par : *** | 05.03.2010


je n'arrive pas à l'insérer ainsi as tu le code html ?

Ecrit par : *** | 05.03.2010


Je ne comprends pas comment un article sur un blog peut générer 10 repas ?? Faut vraiment que l'économie soit devenue folle et que la valeur du travail ai perdu tout son sens pour en arriver là

Ecrit par : *** | 05.03.2010


Il y a des choses qui sont sans doute incompréhensibles..

Mais si c'est un canular, il est de mauvais goût avec toutes ces personnes qui n'ont pas de quoi se nourir correctement..

Dans le doute, j'ai fait et je préfère faire trop que pas assez, tout en sachant que Carrefour est une entreprise qui casse ses propres employés...

Ecrit par : *** | 05.03.2010


La dernière a compris, mais il faut montrer son bon cœur à la face du monde de la toile – ce que fait le Lou - avec un minimum (social) de dérision.


[on ne peut pas retrouver le site à partir des commentaires, j’ai vérifié, la critique, oui, la délation, non]


[[[j’envoie un article avec le logo Buchenwald Inc., avec ça ils distribuent 10 repas au foyer des errants, je sais qu’ensuite ils les liquident mais… j’en fais trop là ?]]]

 


 

[réponse à l’intermède ludique]

 

http://i62.servimg.com/u/f62/11/02/60/83/interm10.jpg 

Partager cet article

Repost0
5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 00:01

 

La Journée de la jupe, bande annonce


La Journée de la jupe, un film de Jean-Paul Lilienfeld, interprété par Isabelle Adjani, Denis Podalydès, Yann Collette, Jackie Berroyer, Nathalie Besançon, Khalid Berkouz, Yann Ebongé, Sonia Amori, Kevin Azaïs, Sarah Douali, Hassan Mezhoud, Karim Zakraoui, Fily Doumbia, Salim Boughidene, Mélèze Bouzid, Anne Girouard, Stéphan Guérin-Tillié, Olivier Brocheriou, Marc Citti, 2008.

> ! [*] <
>> liens en streaming [**] <<

>>> en DVD [***] <<<

 

La Journée de la jupe est l’histoire d’un professeur qui pour une fois, une première et dernière fois, peut faire un cours. Sur Molière.

Dès le commencement, ça commence mal.

[le professeur] _ hop ! hop ! hop ! dans le calme !

[un élève] _ c’est bon !...

_ vous êtes des sauvages ? hein ? pourquoi vous rentrez comme ça ?

_ pourquoi vous m’traitez d’sauvage ? c’est pasque chuis noir ?

_ tout c’que j’veux, c’est que vous rentriez calmement dans cette pièce, c’est tout.

_ hé ! M’dam’, après vous parlez d’respect !

_ ah ! tiens ! parlons-en d’respect, justement ! il est 8 h 20, 8 h 20 exactement [NDL : erreur de communication], on n’est toujours pas rentrés dans le théâtre…

_ … faux ! il est 8 h 19…


Là, ça tourne mal, si on laisse passer ça…


Bagarre entre des élèves, intervention du professeur.


[une élève] _ ça va, déstresse [elle parle à son professeur], mais elle est pas tranquille celle-là [elle parle de son professeur]


Quelques pilules d’antidépresseur plus tard.

Des élèves se sont mis à jouer au ping-pong (le théâtre est une salle polyvalente, on est en cours de français).


[le professeur] _ reprenez vos places !

_ c’est bon, M’dam’, faut pas s’exciter comme ça, c’est pas not’ faut’

_ bon, maintenant, ôtez vos casquettes, vos doudounes, vos vestes…

[NDL : la foulardée d’un simple fichu, si ce n’est pas un carré Hermès, est exclue de l’enseignement public, les mâles à gapette rap, bonnet ou passe-montagne sont acceptés]

_ oh ! Madam’, c’est pas ma veste, c’est la veste à mon grand-père !


C’est mal parti.


Brouhaha (le mot vient de l’hébreu, vous pouvez remplacer par souk, selon votre religion), bousculade, deux élèves se disputent pour un sac, un pistolet tombe.


Mouss
menace, il connaît l’adresse de son professeur : ou bien elle se couche, sous sa protection, ou bien elle va connaître ce que font deux grosses bites de bamboulasà [la] ramoner.


Le professeur a pris le pistolet.


Le cours va pouvoir commencer.


Au dehors, le Principal est au-dessous du zéro absolu [NDL : c’est un critère de sélection des chefs depuis…]


[le Principal] _ qui a pris un sac ? qui a le pistolet ?

[un élève] _ on sait pas, nous, on est traumatisés !

[NDL : ils connaissent le lexique branché]


A l’intérieur.


_ j’appelle Farid qui va très vite enlever son bonnet pour une fois…

_ … j’peux pas l’retirer, Madam’, c’est religieux !

[NDL : ils connaissent, ils connaissent]


En coulisses, il y a le délégué syndical, pile-poil. Il y a le prof-qui-n’a-pas-de-problème, il passe de la musique (enfin, du flamenco hip-hop ou à peu près) en cours et quand il se fait casser le nez devant le collège, il déclare qu’il n’a pas été agressé : on discutait, on s’est pas compris.


Le Principal, finalement, il est brave, entendez innocent, simplet.

_ on nous demande de faire de la garderie sociale, on la fait !


C’est dit.


Pendant ce temps, un professeur fait cours, pour une fois.


_ quel était le véritable nom de Molière ?

[Mouss, le pistolet sur la tempe] _ Jean-Baptiste Poquelin.

_ tu vois, quand tu veux !


[[[Leçon de littérature et leçon de cinéma.

Mouss montre, forcé par l’argument pédagogique, qu’il connaît sa leçon.

Yann Ebongé (dans le rôle de Mouss) montre qu’il est un grand (jeune) acteur, parce qu’il le veut. Tous les jeunes acteurs du film sont excellents. Le casting vient de la banlieue où se situe l’action. Il n’y a pas une malédiction de la diversité, les parents d’Isabelle Adjani ne sont pas Français de naissance.

Les scènes entre les collégiens en retenue et leur professeur sont en huis clos. Il faut tenir devant Isabelle Adjani, un sacré travail pour Yann balançant à l’Agnès de légende son annonce de ramonage à domicile, et d’abord, le courage de vouloir.]]]


On reprend.


L’un des élèves pris en otages (encore Mouss) a enregistré un viol sur son portab’.

Là, on voit les limites du scénario : il est bien connu qu’il n’y a pas de viols dans les quartchiers, il y a des tournantes, des parties fines entre mineurs consentants, des gamins qui s’amusent.


On ne va pas reporter tout le dialogue.


L’histoire finit mal. La dernière image en fond de générique a bien un air de happy end, mais ne s’agit-il pas d’un rêve ? On ne voit pas les visages.


Certains n’auront pas vécu 85 minutes pour arriver à ce point. Leur religion leur interdit de regarder une telle horreur. Gloria in excelsis bobo !


A suivre…


[*] streaming lourd, mieux vaut le laisser se charger en pause après le démarrage


[**]

http://www.megavideo.com/?v=OS24S80I

http://www.megavideo.com/?v=PKSA2YKI

http://www.megavideo.com/?v=1PF9P0JM

http://www.megavideo.com/?v=T1RTWF4G



[***]

http://www.arte-boutique.fr/detailProduct.action?product.id=371559
 
 

Partager cet article

Repost0
1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 11:20

 

 
In altare dei


Plus de son, plus d’image, selon l’AFP.


Séolis

Dépannage 24h/24

05 49 74 00 44


Bienvenue chez Séolis…

… les lignes sont momentanément interrompues.

 

Ce soir avec nous à c’t’heure, présentement et en direct, sur un plateau, Jean Nérien, Premier Kamarade à Séolis.


_ Jean Nérien, dimanche c’était hier.

_ Tout à fait, c’était hier dimanche et nos kamarades ont pu suivre la Ligue…

_ … un très beau match nul entre l’OMS et l’OGM…

_ … tout à fait…

_ … une belle victoire pour votre kombat, on rappelle que vous venez de publier Mon Kombat…

_ … aux Nouvelles Editions de France, on est en réimpression…

_ … déjà 40 millions de promesses d’achat…

_ …ça va fort, on a prié Saint Yorre à la messe du dimanche…

_ … la messe du dimanche, c’est sacré pour vous ?

_ Le dimanche, c’est sacré ! A Vigiles, on se repasse Très chasse, très pêche, il y avait Poudre et chargement [NDL : le samedi 20 février], ça peut toujours servir ; à Laudes, on fait nos hommages, à Tierce, on se retrouve au PMU, entre kamarades, on est des fidèles, hein ! et le patron est un bon cheval, mais on ne fait pas de politique ! à 11 h, la grand’messe, à None, on repasse chez Roger – lui, il travaille le dimanche (comme il dit, pour vous c’est sacré), à Sexte, on a la Ligue…

_ … un très beau match nul entre l’OMS et l’OGM…

_ … oui, mais non, nous on ne fait pas de politique ! après on a Vêpres, avec Roger, et à Complies, on remet ça, pour vous dire, on n’a même plus le temps d’aller à la chasse.

_ Une journée bien remplie ! et le kombat continue ?

_ On a la solution finale : fermeture des transports en commun, le dimanche, fermeture des hôpitaux, fermeture des prisons…

_ … une alternative [sic] à la politique d’ouverture du gouvernement ?

_ Oui, mais attention ! il y a des limites ! A la section de Longchamp, il y a des kamarades intégristes qui ne veulent plus courir le dimanche ; à l’OGM, il y en a qui voudraient mieux se prendre un ballon chez Roger que se tirer le maillot sur le pré et il y a même des kamarades auteliers qui font des messes le samedi soir !

_ A Saint-Nicolas-du-Chardonnet pourtant…

_ … ils résistent, mais ils ne font pas de politique !

_ On dit que vous avez reçu le soutien de Noël Mamère…

_ … c’est de la dé-sin-for-ma-tion ! Il nous a dit : "vous m’avez compris", quand on est venu chez lui, samedi soir, avec un groupe électrogène…

_ … un groupe électrogène ?

_ Oui, on a des anciens kombattants de la guerre de 54-62 qui ont gardé leurs outils de travail…

_ … et les éoliennes, Jean Nérien, parlez-nous des éoliennes !

_ C’est du vent, et comme le dit Saint Eolas : "Qui sème le vent récolte la tempête."…

_ … et maintenant une pause d’information…


Jingle


Séolis

Chez nous votre énergie est capital

 




Article publié à la bougie, 25.000 octets gaspillés, de la nourriture jetée ce matin, les poubelles passaient, après 36 heures les denrées surgelées n’avaient plus figure humaine, et on ne pouvait pas les cuire pour les chats – à la bougie, non, on n’avait pas de stock . Les Restos du cœur ne se joignent pas au mouvement, maufais kamarades !
 

Partager cet article

Repost0
25 février 2010 4 25 /02 /février /2010 00:01

 
Albert Camus a composé Caligula en 1938, après une lecture des
Douze Césars de Suétone, pour le Théâtre de l’Equipe qu’il avait fondé, à Alger, après le Théâtre du Travail. Il se donnait le rôle-titre.

> Douze auteurs en quête de personnages, émission de Renée Saurel, 1945 / Préface à l’édition américaine de Caligula and three other plays, 1957 / Programme pour le Nouveau Théâtre, 1958 <

Camus parle de Caligula

… si sa vérité est de nier les dieux, son erreur est de nier les hommes.
Le Figaro, 25 septembre 1945

On ne peut pas être libre contre les autres hommes. Mais comment peut-on être libre ? Cela n’est pas encore dit.
Prière d’insérer de l’édition de 1944

La première représentation est au théâtre Hébertot, le 26 septembre 1945, avec Gérard Philipe dans le rôle de Caligula, auprès de Margo Lion, Georges Vitaly, Michel Bouquet, Jean Barrère…

Camus lit Caligula
au théâtre des Noctambules, avril 1954


Acte I, 3-8

Dans la version de 1941 en trois actes - publiée dans les Cahiers Albert Camus, 1984, et dans les
Œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, 4 vol., 2006-2008 – il n’y a pas la lune.

Caligula dit

Les hommes meurent et ils ne sont pas heureux.

[I, 5]


Et lorsque tout sera aplani, l’impossible enfin sur terre, la lune dans mes mains, alors, peut-être, moi-même je serai transformé et le monde avec moi, alors enfin les hommes ne mourront pas et ils seront heureux.

[I, 11]


Si le Trésor a de l’importance, alors la vie humaine n’en a pas.

[I, 8]

 

 Qu’il est dur, qu’il est amer de devenir un homme !

[I, 11]

Le lexique de Camus est là


Le premier homme
, Le Malentendu, L’Homme révolté.


Caligula
.


révolte

tuer ou être tué

l’indifférence

la peste

vivre librement

la bêtise Elle est meurtrière.

Si j'avais eu la lune, si l'amour suffisait, tout serait changé. Mais où étancher cette soif ?

[IV, 14]


Tout cet amour que je donnerai, où le prendrai-je ?
Jacques Audiberti, en exergue au film de Bertrand Tavernier et Jean Aurenche, Que la fête commence…, 1975

Je n'ai pas pris la voie qu'il fallait, je n'aboutis à rien. Ma liberté n'est pas la bonne.

[IV, 14]

Le premier homme, Le Malentendu, L’Homme révolté
On l’a compris dans notre désordre voulu : il n’y a pas en Camus une persona de l’absurde, une suivante de la révolte, une dernière de l’amour.

Nul masque.

A minuit seul sur le rivage
Dès le commencement il y a une pédagogie dans l’écriture de Camus.

Serge Reggiani lit Albert Camus, L’Eté, Les Amandiers, 1940 – enregistrement, 1957
 

Partager cet article

Repost0
19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 00:01

 

Mon rêve est, comme celui de beaucoup, une an-archie.

Jean Grenier, lettre à Albert Camus, 11 mars 1958


Le terme éclaté vient de Paul Valéry,
Les Principes d'an-archie pure et appliquée, un carnet commencé en 1936 à Alger, portant en dernière page la date de 1938, et publié en 1984, ouvrage posthume.


Il signifie l’absence d’un principe ordonnateur, directeur et autoritaire qui soit au-dessus de la liberté et qui dispense une orthodoxie.

Michel Onfray, Pour une an-archie désespérée, Lecture de l’Essai sur l’esprit d’orthodoxie, 1988


Méfiez-vous de celui qui veut mettre de l'ordre. Ordonner, c'est toujours se rendre le maître des autres en les gênant…

Denis Diderot, Supplément au voyage de Bougainville, 1796, ouvrage posthume


L’Essai de Jean Grenier, paru en 1938, inspire la pensée politique d’Albert Camus, l’ami de Louis Guilloux, lui-même ami de jeunesse de Jean Grenier. Louis Guilloux a connu Georges Palante (devenu Cripure dans Le Sang noir, 1935), professeur de philosophie au lycée de Saint-Brieux.

Jean Grenier, Louis Guilloux, Georges Palante, la force des trois fonde la pensée libre d’Albert Camus : seule importe La Vie quotidienne (Jean Grenier, 1968).


Palante, funeste anagramme.


L’Homme révolté
est dédié à Jean Grenier (comme auparavant L’Envers et l’endroit), Georges Palante y figure.

Albert Camus, l’an-archiste révolté, parle dès 1939 de la Misère en Kabylie dans Alger républicain, et en mai 1945, dans Combat, Enquête en Algérie, il dit l’injustice, source de famine et de révolte.


Bakounine est vivant en moi
, écrit-il (cité par Michel Onfray, La Pensée de midi : Archéologie d’une gauche libertaire, 2007). Son homme révolté porte l’esprit d’Alain (Le Citoyen contre les pouvoirs, 1926, Propos de politique, 1934) et de Simone Weil (La Condition ouvrière, 1935, édité en 1951, ouvrage posthume).


Trace l’inégal palindrome
, l’envers et l’endroit, et prends la ligne courbe qui rompt avec l’esprit d’orthodoxie figé sur la droite ligne de la doxa, de l’opinion : Sisyphe dit non ! mais il ne renonce pas.
 

L’Homme révolté, 1951

[infra HR, Albert Camus, Œuvres complètes, III, Bibliothèque de la Pléiade, 2008]


Le meurtre, l’innocence, l’absurde


Il y a des crimes de passion et des crimes de logique. Le Code pénal les distingue, assez commodément, par la préméditation. Nous sommes au temps de la préméditation et du crime parfait. Nos criminels ne sont plus ces enfants désarmés qui invoquaient l’excuse de l’amour. Ils sont adultes, au contraire, et leur alibi est irréfutable : c’est la philosophie qui peut servir à tout, même à changer les meurtriers en juges.

[HR, Introduction]


La nuit


c’est un mur qui s’élève jusqu’aux cieux et couvre le firmament étoilé !

Thérèse de l’Enfant-Jésus, Histoire d’une âme, Manuscrit C Folio 7 Verso, 1897


Notre tâche d'homme est de trouver les quelques formules qui apaiseront l'angoisse infinie des âmes libres. Nous avons à recoudre ce qui est déchiré, à rendre la justice imaginable dans un monde si évidemment injuste, le bonheur significatif pour des peuples empoisonnés par le malheur du siècle. Naturel­lement, c'est une tâche surhumaine. Mais on appelle surhumaines les tâches que les hommes mettent longtemps à accomplir, voilà tout.

Sachons donc ce que nous voulons, restons fermes sur l'esprit, même si la force prend pour nous séduire le visage d'une idée ou du confort. La première chose est de ne pas désespérer.

Albert Camus, L’Eté, Les Amandiers, 1940

[* en annexe]


Vivre


Il s’agit d’observer et de vivre au quotidien. L’innocence meurtrière ne peut être reconnue dans l’absurde où, le meurtre étant indifférent, la logique commande de tuer et de se tuer. Implacable spirale de la mort donnée, du suicide universellement partagé. Seulement l’indifférence refuse également ses raisons au suicide et au meurtre.

Dans un monde à deux dimensions, les uns et les autres sont englués sur un papier tue-mouches se retournant en ruban de Möbius. L’absurde ne se confesse qu’en miroir où se réfléchit le miroir opposé, pile et face d’une mimésis en abyme.

 

Alain Resnais, Alain Robbe-Grillet, L’Année dernière à Marienbad, 1961

Dans un grand hôtel fastueux, un homme tente de convaincre une femme de s'enfuir avec lui. Il prétend qu'ils ont eu une liaison l'année dernière à Marienbad mais elle semble avoir tout oublié...

Un personnage tente de sortir du labyrinthe argentique, les autres ne veulent pas l’entendre.

http://i62.servimg.com/u/f62/11/02/60/83/samari10.jpg

Schuiten & Peeters, Les Murailles de Samaris, Casterman, 1988


Non.

Refuser.


Aujourd’hui et maintenant


L’homme est la seule créature qui refuse d’être ce qu’elle est. La question est de savoir si ce refus ne peut l’amener qu’à la destruction des autres et de lui-même, si toute révolte doit s’achever en justification du meurtre universel, ou si, au contraire, sans prétention à une impossible innocence, elle peut découvrir le principe d’une culpabilité raisonnable.

[HR, Introduction]


Qu’est-ce qu’un homme révolté ? Un homme qui dit non. Mais s’il refuse, il ne renonce pas : c’est aussi un homme qui dit oui, dès son premier mouvement.

[HR, I]


Se taire, c’est laisser croire qu’on ne juge et ne désire rien en effet. Le désespoir, comme l’absurde, juge et désire tout, en général, et rien, en particulier. Le silence le traduit bien.

[HR, I]


Nous vivons dans la terreur
[…] parce que nous vivons dans le monde de l’abstraction, celui des bureaux et des machines, des idées absolues et du messianisme sans nuances.

[…]

Et pour tous ceux qui ne peuvent vivre que dans le dialogue et l’amitié des hommes, ce silence est la fin du monde.

En somme, les gens comme moi voudraient un monde, non pas où l’on ne se tue plus (nous ne sommes pas si fous !), mais où le meurtre ne soit pas légitimé.

Albert Camus, Ni victimes ni bourreaux in Combat, 1946

 

Noir Désir, Gagnants / Perdants, 2008


Seul, peut-être, mais pas sans l’amour.

La révolte n’est pas ressentiment.

Le ressentiment est toujours ressentiment contre soi.

Ou mieux : si elle est chargée de ressentiment, la révolte déborde le ressentiment de tous côtés.

Le même mouvement fait dire à Maître Eckhart, dans un accès surprenant d’hérésie, qu’il préfère l’enfer avec Jésus que le ciel sans lui. C’est le mouvement même de l’amour.

Un nouveau cogito pour le quotidien : je me révolte, donc nous sommes.

[HR, I]


Au commencement


Contre l’injustice de l’ordre établi, la mort par nature, l’esclavage par condition, le rebelle exige un nouvel ordre, au prix du crime s’il le faut. Et on se fera dieu, meurtrier des hommes dans un défi lancé à soi-même.

[HR, II]

Tout, en ce monde, sue le crime : le journal, la muraille et le visage de l'homme.

Charles Baudelaire, Mon coeur mis à nu : journal intime, 1887


Les avantages de ce temps : rien n’est vrai, tout est permis.

La phrase de Nietzsche citée par Camus renvoie au temps où rien ne vit.


Le nihilisme est l’impuissance à croire, son symptôme le plus grave ne se retrouve pas dans l’athéisme, mais dans l’impuissance à croire ce qui est, à voir ce qui se fait, à vivre ce qui s’offre.

Non pas la foi, mais les œuvres, voilà, selon Nietzsche, le message du Christ.

[HR, II]

* et selon Jacques, Epître, II, 14-26


Qu’est-ce que le Christ nie ? tout ce qui porte à présent le nom de chrétien.

[Nietzsche cité par Camus, HR, II]


Echec de la révolte métaphysique.


La mort de Dieu


La mort de Dieu, observée, non commandée, son ensevelissement sous la pierre roulée par les grands prêtres afin de justifier le meurtre comme finalité, interdit de voir la vie comme liberté.

Alors, la révolte historique, fondée dans la libération de l’esclave, s’engage dans le meurtre mimétique, aveugle, toujours recommencé : l’esclave ne veut pas être libre, il cherche à devenir maître, par le régicide, le parricide, il institue en droit une nouvelle religion dont la doctrine est définie par un contrat social, avec ses martyrs, ses innocents légitimement assassins d’autres innocents qui…

La mort du roi est une fête conduite par le satan, séducteur, procureur, bourreau, qui mène le bal où l’on tue, universellement.


Toutes les pierres sont taillées pour l’édifice de la liberté : vous lui pouvez bâtir un temple ou un tombeau des mêmes pierres.

Saint-Just, Convention nationale, 24 avril 1793


Robespierre voulait fonder sur la terre l’empire de la sagesse, de la justice et de la vertu (Convention nationale, 7 juin 1794 - cité par Nietzsche dans Aurore, Avant-propos).


Echec de la révolte historique.

[HR, III]


Et les artistes ?


Ne se détournent-ils pas du réel pour donner un sens au monde ?


http://i12.servimg.com/u/f12/11/02/60/83/copenh10.jpg

Copenhague, 2009


Un doute flotte...


Peut-on, éternellement, refuser l’injustice sans cesser de saluer la nature de l’homme et la beauté du monde ? Notre réponse est oui. Cette morale, en même temps insoumise et fidèle, est en tout cas la seule à éclairer le chemin d’une révolution vraiment réaliste.

[HR, IV]


http://i62.servimg.com/u/f62/11/02/60/83/prunev10.jpg

Emmanuel Prunevieille, 2009


Frêle esquif dont la force, dans le jeu d’Héraclite, est seule éternelle par sa fragile gratuité.

Oui, on garde la révolte et l’art.


La pensée de midi


Pourtant la beauté s’efface devant l’instinct du meurtre, non plus sacré, non plus passionnel, non plus insensé, mais prenant position dans l’hécatombe programmée et partagée où le meurtre est clairement suicide.


Lorsque Caïn tue Abel, il fuit dans les déserts. Et si les meurtriers sont foule, la foule vit dans le désert et dans cette autre sorte de solitude qui s’appelle promiscuité.

[HR, V]


La convivialité inventée par la révolte ne peut se vivre que dans le libre dialogue. La surdité, l’aveuglement, chaque malentendu suscite la mort.

Le syndicalisme révolutionnaire, la Commune, le concret se sont dressés contre l’économie, l’Etat, l’abstrait.

Au-delà du nihilisme, de l’histoire, du mal, aujourd’hui : apprendre à vivre et à mourir, et, pour être homme, refuser d’être dieu.


Au midi de la pensée, la révolte refuse ainsi la divinité pour partager les luttes et le destin commun.

L’obsession de la moisson et l’indifférence à l’histoire, écrit admirablement René Char, sont les deux extrémités de mon arc.

A cette heure où chacun d’entre nous doit tendre l’arc pour refaire ses preuves, conquérir, dans et contre l’histoire, ce qu’il possède déjà, la maigre moisson de ses champs, le bref amour de cette terre, à l’heure où naît enfin un homme, il faut laisser l’époque et ses fureurs adolescentes. L’arc se tord, le bois crie. Au sommet de la plus haute tension va jaillir l’élan d’une droite flèche, du trait le plus dur et le plus libre.

[HR, V]


L’Homme révolté est clairement en germe en 1945, Remarque sur la révolte, en 1948, Les Meurtriers délicats, en 1949, Le Meurtre et l’absurde et Le Temps des meurtriers.

Le duel Sartre-Camus est encore vert : Bernard-Henri Lévy, Le Siècle de Sartre, 2000.



On peut lire

Quelques suggestions déjà données.

Albert Camus et les libertaires, Egrégores, 2008

Michel Onfray, La Pensée de midi : Archéologie d’une gauche libertaire, 2007

Une page de références sur les interventions de Camus dans le mouvement anarchiste.

 


 

[*]

Notre tâche d'homme est de trouver les quelques formules qui apaiseront l'angoisse infinie des âmes libres. Nous avons à recoudre ce qui est déchiré, à rendre la justice imaginable dans un monde si évidemment injuste, le bonheur significatif pour des peuples empoisonnés par le malheur du siècle. Naturel­lement, c'est une tâche surhumaine. Mais on appelle surhumaines les tâches que les hommes mettent longtemps à accomplir, voilà tout.

Sachons donc ce que nous voulons, restons fermes sur l'esprit, même si la force prend pour nous séduire le visage d'une idée ou du confort. La première chose est de ne pas désespérer.

[…]

Quand j’habitais Alger, je patientais toujours l’hiver parce que je savais qu’en une nuit, une seule nuit froide et pure de février, les amandiers de la vallée des Consuls se couvriraient de fleurs blanches. Je m’émerveillais de voir ensuite cette neige fragile résister à toutes les pluies et au vent de la mer. Chaque année, pourtant, elle persistait, juste ce qu’il fallait pour préparer le fruit.

Ce n’est pas là un symbole. Nous ne gagnerons pas notre bonheur avec des symboles. Il y faut plus de sérieux. Je veux dire seulement que, parfois, quand le poids de la vie devient trop lourd dans cette Europe encore toute pleine de son malheur, je me retourne vers ces pays éclatants où tant de forces sont encore intactes. Je les connais trop pour ne pas savoir qu’ils sont la terre d’élection où la contemplation et le courage peuvent s’équilibrer. La méditation de leur exemple m’enseigne alors que si l’on veut sauver l’esprit, il faut ignorer ses vertus gémissantes et exalter sa force et ses prestiges. Ce monde est empoisonné de malheurs et semble s’y complaire. Il est tout entier livré à ce mal que Nietzsche appelait l’esprit de lourdeur. N’y prêtons pas la main. Il est vain de pleurer sur l’esprit, il suffit de travailler pour lui.

Mais où sont les vertus conquérantes de l’esprit ? Le même Nietzsche les a énumérées comme les ennemis mortels de l’esprit de lourdeur. Pour lui, ce sont la force de caractère, le goût, le « monde », le bonheur classique, la dure fierté, la froide frugalité du sage. Ces vertus, plus que jamais, sont nécessaires et chacun peut choisir celle qui lui convient. Devant l’énormité de la partie engagée, qu’on n’oublie pas en tout cas la force de caractère. Je ne parle pas de celle qui s’accompagne sur les estrades électorales de froncements de sourcils et de menaces. Mais de celle qui résiste à tous les vents de la mer par la vertu de la blancheur de sa sève. C’est elle qui, dans l’hiver du monde, préparera le fruit.

Albert Camus, L’Eté, Les Amandiers, 1940

 

Partager cet article

Repost0

 


 
Handicap International

un clic sur les images