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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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3 août 2008 7 03 /08 /août /2008 22:00

 

Molière tenant un exemplaire de Dom Juan, gouache sur vélin, école française du XVIIè siècle

La première scène du Dom Juan de Molière est bien une scène d'exposition, mais l'amorce est un curieux soliloque de Sganarelle, le valet du maître, sur le tabac. Sa dimension conviviale soulignée pourrait nous faire entendre que Dom Juan est mal intégré au "monde".

Sganarelle, tenant une tabatière : Quoi que puisse dire Aristote et toute la philosophie, il n'est rien d'égal au tabac : c'est la passion des honnêtes gens, et qui vit sans tabac n'est pas digne de vivre.

Cependant, Sganarelle s'interrompt dans son discours -

[…] Reprenons un peu notre discours. Si bien donc, cher Gusman,

Il s'agissait donc plutôt d'un aparté.

Sganarelle parle ensuite de Done Elvire, Gusman est son écuyer : […] j'ai peur qu'elle ne soit mal payée de son amour

Enfin, il est question du Ciel et bientôt, le feu et le Ciel seront Un.

À
la dernière scène, Dom Juan sombre dans un abîme de flammes -

Dom Juan : Ô Ciel ! que sens-je ? Un feu invisible me brûle, je n'en puis plus, et tout mon corps devient un brasier ardent. Ah !

- Sganarelle concluant : Ah ! mes gages ! mes gages !

Nous avons ainsi trois chaînes sur lesquelles se tisse l'intrigue : le tabac, l'or, le feu.

Le tabac, c'est la terre, la mère. L'or, c'est le monde, la femme. Le feu autorise la consommation du tabac (même si, de l'époque, il était prisé) et consume l'or ou l'argent.

La mère, la femme et, en lien improbable (en écart), le feu.

Le drame de Dom Juan, c'est de ne pouvoir passer de la mère à la femme. Ainsi, il peut seulement être collectionneur d'objets du désir, sans trahir la mère (absente de l'histoire).

Ce fil de lecture est moins lisible chez Tirso de Molina, Da Ponte, Byron. Il est brillamment détourné par Eric-Emmanuel Schmitt dans La nuit de Valognes :

La Nuit de Valognes
propose ma vision de Don Juan. Don Juan est un être en perpétuel mouvement qui voudrait être arrêté. S'il se préoccupait de son plaisir, il pourrait éprouver de la jouissance ; il pourrait ralentir le temps et l'élargir aux dimensions de l'extase voluptueuse. Mais, raisonnant comme un soldat, conquérant et seulement conquérant, il n'éprouve rien d'orgasmique dans l'orgasme, juste la délivrance d'une tension, la fin d'une gêne. Son désir mort, il attend qu'en naisse un autre, qu'il réalisera aussi en le faisant mourir. La vie de Don Juan s'est concentrée sur le sexe sans qu'il ait rien compris au sexe. Il ne voit dans le sexe que la réalisation égocentrée de sa pulsion, sans soupçonner les portes qui s'ouvrent alors, le plaisir, la volupté partagée, la relation à l'autre, l'horizon des sentiments…
Don Juan, certes toujours mobile, tourne en rond. A l'écoute de ses seules pulsions, il est condamné à de perpétuelles exténuations. Sa vie d'aventures est devenue bègue et ennuyeuse. Je me suis amusé à la contrarier fortement.

Dom Juan est prisonnier (s'est fait prisonnier ?) d'une spirale infernale et infinie, entre l'éros et l'agapè.


Josée Steiner, Michel Piccoli, Françoise Caillaud dans la réalisation de Marcel Bluwal (1965)


Daniel Lavoie, Boule qui roule in Nirvana bleu (1979),
interprété par Pierre Barouh, Youki Hamaya et The Moonriders (album Dites 33, volume 2, éd. Saravah)

Aimer un visage ET aimer une âme, ce serait possible pour un bouddhiste – ou bien un lecteur/spectateur de La Ville de Montherlant…

Pour le Dom Juan de Molière, nous nous référons à l'édition hollandaise non censurée de 1683. L'édition "cartonnée" (la censure ne faisait pas de caviardage, on collait des bouts de carton sur les passages indésirables) de 1682 efface "Dieu", remplacé par "le Ciel", la majeure partie de la "scène du Pauvre" et "mes gages…". On dirait que les censeurs avaient déjà perçu mon petit fil.

Une petite, très bonne, étude de Gabriel Conesa, accompagnant l'édition du texte, Bordas, 1994.
Une lecture intéressante en ligne.

Notre lecture est sur Libellus, nulle part ailleurs.

[toute ressemblance avec les chagrins du petit Marcel ne serait, n'est-ce pas…]

 

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29 juillet 2008 2 29 /07 /juillet /2008 22:09

György Ligeti, 28 mai 1923 - 12 juin 2006.

 


György Ligeti, Six bagatelles, Allegro con spirito, The Israel Quintet

Dans un bel hommage publié peu après la mort de Ligeti, G.T. écrivait
Ligeti fait figure d'électron libre [...] on ne crée jamais à partir de rien...
- une problématique qui s'articule avec l'indépendance et les sources premières.

On devient de ce qui est donné, acquis, choisi.

Ce qui est donné à György Ligeti.

Etre à la frontière, sur le fil, entre deux.
Peur de la mort et farce - émotion et pudeur, plus tard, mélodie et rupture - virtuosité et mécanique.
Il est né en Roumanie, à la frontière, dans une région précédemment hongroise et qui le redeviendra ultérieurement. Il est Hongrois de langue et de culture. Il est juif - il dit n'en avoir pris conscience qu'après les persécutions des années '40-, ce qui lui permet d'être mieux admis dans la bourgeoisie roumaine qui rejette les Hongrois plus que les juifs.
Son enfance est vécue entre plusieurs mondes et plusieurs langues. Il invente un monde imaginaire, Kylwiria, dont il crée le langage.
Ses peurs et plaisirs se fixent dans une fascination sur les araignées, dont les toiles tisseront ses œuvres, sur la mort, farce macabre impensable, sur la machine (il garde en mémoire Les Temps Modernes de Charles Chaplin en composant ses musiques mécaniques). Il est également séduit par la virtuosité des musiciens, notamment celle d'Ignaz Friedman qui, lorsqu'on lui demandait pourquoi il jouait aussi vite les Etudes de Chopin, répondait "parce que je peux le faire".
Dès son enfance, il entend en lui de la musique et croit, dit-il, que c'est le fait de tous.
Il commence à apprendre le piano à 14 ans et présente une première composition d'écolier à 16 ans.
La Seconde Guerre Mondiale envahit l'Europe. Ligeti est admis au Conservatoire de Cluj.
Au cours de la guerre, son père et son jeune frère sont déportés et tués. Il en reçoit un mélange d'émotion et de distanciation qu'il retrouve dans son œuvre.

Ce qui est acquis par György Ligeti.

Il étudie Bartok, Kodaly, le folklore hongrois, comme il sied dans une école académique.
Il découvre Palestrina et, mieux encore, Obrecht et Ockeghem, la plus ancienne polyphonie complexe en Europe et la source de sa micropolyphonie, comme les traces des Magdaléniens sont rattrapées par Keith Haring.
Deux traits de caractères fondamentaux s'affirment en lui : l'indifférence aux conventions, la volonté d'apprendre et de poursuivre la recherche jusqu'au point le plus haut. Ou bien : comment créer une musique différente sans mélodie, au sens classique du terme ?
En 1956, il connaît la révolution hongroise et la répression russe. Son évasion vers l'Autriche est chaotique : un accident qui est une chance, puis une réussite accidentelle. Une personne, une œuvre, une personne.
Il entre au Studio de Musique Electronique de Cologne, avec, notamment, Stockhausen. Ses références sont à James Joyce (Finnegans wake) et Joan Miro (pour l'anecdote, le Studio a fait émerger le groupe d'ultime avant-garde Nuova Consonanza, fondé par Franco Evangelisti et auquel adhérait Ennio Morricone).
En 1958, il crée Artikulation, dans l'esprit du Studio (on peut en avoir une idée dans le film Les Tontons flingueurs, la scène de composition musicale, qui se veut caricaturale, chez Antoine).

 


Un film de Georges Lautner, dialogues de Michel Audiard, musique de Michel Magne - on entend Claude Rich, Lino Ventura, Sabine Singen

En 1959, Apparitions marque l'entrée de Ligeti dans le monde de Ligeti. Le Premier mouvement affirme le "son Ligeti", liant de longues notes basses et des aigus rapides, instaurant une dynamique des extrêmes (fondée sur la suite de Fibonacci, 1 1 2 3 5 8 13 21 34 55 89 etc. - arithmétique et mécanique).

 


Berliner Philharmoniker, Jonathan Nott

Le Second mouvement fait entendre l'idée de continuum, fluide.

 


Berliner Philharmoniker, Jonathan Nott

Ce que György Ligeti a choisi.

Inventer plutôt que décliner -
- je préfère remettre sans cesse en question un procédé, le modifier, quitte à l'abandonner pour le remplacer par un autre
- j'avance à tâtons, d'œuvre en œuvre, progressant dans différentes directions, comme un aveugle dans un labyrinthe

Les années '60 et '70 sont le temps de l'accomplissement pour Ligeti.
Une personne, une œuvre, une personne : le monde de Ligeti.
Atmosphères, où l'on retrouve l'association émotion-pudeur-indépendance. Une musique sans commencement ni fin, un labyrinthe indéfini dans lequel la construction est toujours détournée juste au moment où une mélodie harmonique deviendrait perceptible, un travail d'orfèvre. Certains Canons de Bach.

 


BWV 1072, Musica Antiqua Köln, Reinhard Goebel

Ses liens avec le mouvement Fluxus transparaissent dans une performance comme celle du Poème symphonique pour cent métronomes. Ligeti a reconnu cette pièce dans le corpus de ses œuvres et il y a là quelque chose qui sublime l'angoisse de la mort, fortement présente en lui, très jeune.

 


Poème symphonique pour cent métronomes, début, après quelques minutes, fin, Métronomes, Françoise Terrioux

Les Aventures et Nouvelles Aventures intègrent - à nouveau - un langage imaginaire comme celui de Kylwiria, une atmosphère prenant source chez James Joyce et la première concrétisation de son idéal de virtuosité (un peu comme celle des Sirènes dans Ulysse de Joyce : « Bronze et Or proches entendirent les sabots ferrés, cliquetantacier... »).

Requiem, Lux aeterna, Lontano prennent source auprès d'Ockeghem.

 


Lontano, extrait, Berliner Philharmoniker, Jonathan Nott

Continuum est encore un labyrinthe en hommage aux constructions improbables du dessinateur Maurits Escher.

 


Continuum, Pierre Charial, Barrel Organ

Dans le balancement déjà noté, Melodien veut renouer avec la tradition de la ligne claire de la mélodie, comme Mantra de Stockhausen, à la même époque.

C'est à ce moment que Ligeti entre sans le demander ni l'autoriser dans l'histoire du cinéma : Stanley Kubrick n'ayant trouvé aucun musicien pour composer comme Ligeti emprunte des extraits originaux d'Atmosphères, Aventures, Requiem, Lux aeterna dans 2001 : l'Odyssée de l'espace. Seulement, si la musique soutient l'image dans un film, l'image porte la musique : il en résulte un effet d'illusion.

 


Requiem, extrait, dir. Michael Gielen

Avec l'approche du Rock (Les Beatles, Sergeant Pepper...) et des rythmes africains, avec son opéra Le Grand Macabre, adapté d'une pièce de théâtre écrite par Michel de Ghelderode (dramaturge du grotesque tragique) dans les années '30, avec Hungarian Rock, une pièce festive et bien une création reconnue par son auteur, Ligeti poursuit le mouvement perpétuel de l'invention depuis la Messe de Tournai (la plus ancienne messe complète dans l'histoire de la polyphonie occidentale).

 


Hungarian Rock, extrait, Pierre Charial, Barrel Organ

 


Messe de Tournai, extrait du Gloria, Ensemble Organum, Marcel Pérès
 



Pour les accros :
Pierre MICHEL, György Ligeti : compositeur d'aujourd'hui, Minerve, 1986 (épuisé)
Richard TOOP, György Ligeti, Phaidon, 1999 (en anglais)
György Ligeti, Neuf essais sur la musique, Contrechamps, 2001

 

 

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22 juillet 2008 2 22 /07 /juillet /2008 20:35

Drame de la varappe

 



Un grimpeur s'effondre en pleine ascension

 


Doit-on le dire ?

Monsieur Perrichon a écrit :

_ Que l'homme est petit quand on le contemple du haut de la mère de glace !

Le Dévissé a déclaré aux journalistes, présents bien avant les urgences

_ J'vais v'dire un'chose --- Henri, qu'est-c'que j'dis là ?

_ Tu ne dis pas ce que tu fais, tu ne fais pas ce que tu dis, si tu réalises la non-réalisation, alors tu as réalisé le mahâmudrâ

_ … ?

 

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17 juillet 2008 4 17 /07 /juillet /2008 16:37

… une tasse de thé et quelques miettes de madeleine.

Un peu de musique pour accompagner votre lecture.

Nous souhaitions vous faire entendre la sonate de Vinteuil, elle n’est malheureusement pas libre de droits, aussi avons-nous choisi, au plus près, le troisième mouvement de la Sonate pour piano et violon en la majeur de César Franck.


 

 

Un jour, la maman de Marcel lui offre une tasse de thé avec une madeleine, comme l'avait fait, des années auparavant, sa tante Léonie. Tout un pan de sa mémoire ressurgit... au moins, cherche-t-il à nous le faire croire.

Je plonge la madeleine dans le thé. Selon la tradition, le thé se prenait avec du lait - il était inutile de le préciser.

 

Je plonge la madeleine dans le thé au lait. Comme on verse le lait en premier, je plonge la madeleine dans le lait-thé. J'ai trouvé l'implicite d'un élément et j'en ai fait une inversion. Et la madeleine ? La Marie-Madeleine ? La pécheresse (j'en reste à l'imagerie traditionnelle) ? Je plonge la Marie-Madeleine dans le lait-thé, ou le Léthé ?

 

Dans une famille bourgeoise, chez Marcel, la femme, moyennant ses charmes, est entretenue par son mari. Monnayant ses charmes, elle est une femme entretenue, au sens juridique et fiscal, même si elle a reçu toute légitimité de son mariage. Elle trompe Marcel en lui refusant parfois le baiser d'une bonne nuit. De quoi perdre foi en la femme et choisir l'inversion. Oublions, par la magie de l'écran-souvenir, cet évènement douloureux et cachons notre trouvaille.

Tout cela est bel et bon, mais s'il n'y a aucune même furtive allusion au Léthé dans la Recherche, notre construction est au mieux une amusante intuition.


Il y a.


Il y a une occurrence, une seule, du Léthé, dans toute la Recherche. C'est dans Sodome et Gomorrhe (comme par hasard) : "nous nous sommes embarqués sur les flots noirs de notre propre sang comme sur un Léthé intérieur aux sextuples replis". Six replis, Swann est oblitéré.
[dans l'édition de La Pléiade en trois volumes, 1965, c'est dans le volume II, p. 760, c'est à dire au centre de l'oeuvre, à quelques pages près, peut-être au mot près, si l'on admet que Swann n'est pas "paginé"]

 

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13 mai 2008 2 13 /05 /mai /2008 21:42

 


Bed Combine painting
, 1955, collection Leo Castelli, New York

Robert Rauschenberg est mort dans la nuit du lundi 12 au mardi 13 mai, a annoncé à l'AFP Jennifer Roy, porte-parole de la galerie Pace Wildenstein à New York. Le peintre, qui avait 82 ans et était né au Texas en 1925, est décédé à Captive Island, en Floride, où il résidait. Il était également sculpteur, chorégraphe, photographe et compositeur...

LEMONDE.FR | 13.05.08 | 20h59

 


La suite white painting a inspiré John Cage pour 4’33”.

 

 

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11 mai 2008 7 11 /05 /mai /2008 00:01
 

Maurice Ravel, Le Tombeau de Couperin [extrait, menuet, allegro moderato], Orchestre symphonique de Boston, Seiji Ozawa, 1975

Transe 1 Fo
on 'one O five point naught'

> Il est 11 heures et cinq minutes passées de huit secondes, le journal de 11 h 05 avec Marie George

_ Ce matin, dès l'aube, à 10 h 31 précises, les cars climatisés se sont rangés autour de Star Circus, Serge Julien est sur place, en direct, Serge ?
_ Oui, Marie George…
… actuellement le cortège s'est formé et descend lentement le cours d'Elysium Drive dans la quiétude et la gravité commandées par le mot d'ordre de la coordination Ouverture Repentance…
… les participants marquent régulièrement une pause de silence pendant laquelle les vétérans reprennent leur souffle…
… ils approchent maintenant de Franklink Park où leurs cars sont venus les attendre pour les conduire à un brunch au BoboBar, on a oublié la polémique autour de l'affaire Fauchon, oui, Fauchon qui aurait bien traité l'affaire sans une assonance fâcheuse…
_ Serge, vous êtes en direct sur Transe 1 Fo
_ … Marie George ? je n'ai pas le retour…
… le programme de l'après-midi prévoit |
_ merci, Serge, nous vous rappellerons, c'est l'heur désinfo, nous reprenons l'antenne avec Jean François au Pavillon Balthazar…
… Jean François, quelles nouvelles ?
_ A c't'heure, le FMI gagne 0,1% à l'ouverture…
… l'OGM et l'OMS sont toujours 0 à 0 à la 1933è minute de jeu…
… à vous, Marie George
_ merci Jean François, nous allons marquer une courte pause d'information avec notre invité du jour, prix Nobel de Sagesse --- pensez à rallumer votre poste à 14 h pour suivre la marche des Repentis qui, en ce moment |

Jingle Bells

Transe 1 Fo
on 'one O five point naught'

> Le point avec Marie George

_ Serge ?
_ Oui, Marie George, nous sommes actuellement au mémorial désaffecté du Père La Chaise où le mouvement Ouverture Repentance vient se recueillir auprès de Mae Sexty VIII, les pèlerins venus de partout, rappelons-le, du Vè, du VIè, de la Place des Vosges et même, pour certains, du Vésinet, déposent leur tablette d'aftereight au pied de la stèle, une cérémonie empreinte d'émotion, un tableau vivant qui nous rappelle Canossa, Montoire, Yalta…
_ Serge, nous sommes sur Transe 1 Fo
_ … la foule muette…
_ Serge, on ne vous entend plus très bien, nous vous rappellerons plus tard…
… Jean François ?
_ Jean François, en direct du Pavillon Balthazar…
… le cacarente perd actuellement 3 points…
… selon l'International Disease Inc Org, l'allongement de l'espérance de vie ne cesse de s'allonger, une bonne nouvelle au moment où – la dépêche mode vient de tomber – le Président Shark vient d'annoncer un allongement et même, oui, une augmentation des cotisations et de la durée de travail…
… l'OGM et l'OMS sont toujours 0 à 0 à la 39è heure de prolongations, le ballon confisqué par l'arbitre à la 3è seconde de jeu n'a pas encore |

_ Merci Jean François, nous rejoignons Serge…
… Serge ? il se passe quelque chose ?
_ Oui, Marie George, actuellement, au moment même où je vous parle et en direct, alors que les pénitents disloqués rejoignaient leurs cars, des intègres d'Ouverture Récupération…
_ Serge ! l'OR, c'est Ouverture Repentance
_ … ont déployé une banderole sévère en slamant "Marker-salo-lesbobost'frontlapo", rappelons que Chris Marker a commis un film complètement révisionniste où il prétend – mais nous allons interroger une manifestante…
… Mèdèm, vous êtes venue avec vos petits-enfants…
_ …mes arrière-petits-enfants, en 1968, n'est-ce pas, ♫ je venais d'avoir dix-huit ans ♫, nous venions tous d'avoir dix-huit ans et les nuits étaient longues dans les coulisses de L'Odéon…
_ …oui, évidemment… et vous n'avez pas rejoint les disloqués ?
_ non ! le juif…
_ … vous êtes sûre ?...
_ … négasioniste…
_ … vous avez dit…
_ …que vous avez causé voudrait faire croire que nous n'avons rien fait en 1968, alors que, sans nous, le banquier du Fiacre n'aurait pas quitté l'arrière-salle pour l'avant-scène politique, Gabrielle Russier, l'enseignante qui aimait ses élèves, enfin surtout un de ses élèves qui venait d'avoir dix-huit ans, n'aurait pas été fortuitement et juste à point suicidée en prison, l'accordéoniste libéro-précurseur n'aurait pas joué dans les allées d'Elysium Drive, nous n'aurions pas les millions de chômeurs dont la démocroatie a besoin pour faire baisser les prix à la production et…
_ … oui, et Marker-salo, parlez-nous de…
_ … le traître ! il prétend même à l'aide d'images tournées en studio, on le voit bien…
_ … Mèdèm, nous sommes à la radio…
_ … qu'il y a eu des violences poulaillères et qu'il y en a encore, nos Compagnons…
_ … Les Compagnons Résistants Sitoyens, pour nos auditeurs…
_ … ont toujours été impeccables et galants avec les dames…
_ … mais voilà que des antisociaux de la boutique arrachent sauvagement la banderille, un pavé, oui, un pavé vient de s'envoler, oui, ce sont nos Compagnons qui sont venus en renfort avec leurs collections personnelles, l'air est maintenant, à c't'heure où je vous parle, en direct, complètement pavé de Bonnes Intentions Sitoyennes, l'histoire se répète, un spectacle…
_ Serge ! nous sommes à la radio !
_ … de société, comme on n'en avait pas vu…
_ Serge !
_ …
_ merci, Serge Julien, Serge Julien qui bat le pavé en direct, actuellement et à c't'heure pour Transe 1 Fo, Serge, nous vous reprenons dans quarante ans et tout de suite un bref rappel de l'actualité |

Jingle Bells

> l'International Disease Inc Org vient de confirmer l'allongement de l'allongement de l'espérance de vie, une poignée de terroristes a tenté de perturber le cours de l'OR, le cacarente est en hausse de 0,1%, l'OGM et l'OMS sont toujours 0 à 0 et on signale un léger ralentissement de la circulation Boulevard de Ménilmontant en raison de menus travaux de terrassement, et maintenant une page d'info |

Jingle Bells

' ' ' vivre mieux, c'est vivre vieux, la jeunesse, c'est has been ' ' '

_ Jean François, les prévisions pour demain…
_ … oui, Marie George, comme aujourd'hui, il y aura des fluctuations variables et parfois saisonnières sur le FMI, l'OGM et l'OMS seront encore proches du 0 à 0 et la circulation sera franchement gidouillesque à Pougne-Hérisson
_ merci, Jean François, et un petit pas de menuet…

 

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9 mai 2008 5 09 /05 /mai /2008 10:44

Claude, ma chérie

 

            Je sais que tu as reçu tout mon courrier. Peut-être ne l'as-tu jamais lu. Aujourd’hui encore, je t’écris. Je t’envoie mes petits mots par l’intermédiaire de Corto qui connaît bien quelqu’un qui t’est devenu cher.

            Ecrire, c’était d’abord une ressource pour survivre, puis, t’écrire, une volonté de vivre. Dix-huit ans et neuf mètres au carré, c’est très long et très court. Je voyais Corto chaque semaine, mais c’est à toi seule que j'écrivais. Dominique était ailleurs avant même le procès, avant même notre accident.

            Je sais que tu vas bien, aussi bien que possible, bien dans ta tête.

            Et toi, tu sais déjà que je suis sortie depuis quelque temps. Comme tous mes droits sont rétablis, je passe l’agrégation de “Pédagogie hélléno-bosniaque” dans cinq mois. Avec mon doctorat de “Philosophie citoyenne comparée”, Université Monte-Carlo XXIX, je serai cooptée sur le Rocher.

            Corto vient de prendre sa retraite, nous vivrons la mer allée avec le soleil. Nous attendons un petit. Nous nous marions samedi prochain.

            Viens, venez ensemble. J’ai fait don du bégonia à notre église. Il a plus de vingt ans.

            Je suis ton amie,


Camille

 

(hic terminus haeret)

___

Œuvres de Camille Pratt-Maltese

***

Aux Editions IciMême

Collection AndMe


Mémoires I, Le Coup du bégonia
(sous la direction de Xavier de Maistre)

 

Mémoires II, Une ténébreuse affaire (sous la direction d'Honoré de Balzac)


Correspondance I


***

Collection FacSim


Correspondance II

---

A paraître

***
Aux Presses Universitaires du Rocher


La nuit du 4 août 1968 dans les quartiers nord de la Principauté de Monaco : un non-évènement ?
, essai de philosophie citoyenne comparée


Chez l'éditeur, A La Corniche


Grimaldi Code
, roman

Trois volumes en préparation

1. Sous le rocher

2. Comme un ouragan

3. Banco

---

Etudes critiques

***
Aux Editions IciMême

JDM, Camille, l'ombre d'un doute

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3 mai 2008 6 03 /05 /mai /2008 12:31

_ A quoi pensez-vous ?!

J'avais just' demandé si des fois j'pourrais pas des fois sortir, juste une heure ou deux, entre Freines et Malibou, histoire d'aller arroser l'bégonia, et puis j'te vois plus, note c'est pas pour te faire reproche, avec le fauteuil, je r'connais c'est pas pratique, mais comme a dit l'toubi, ça aurait pu êt'pire, tu tombais un'vertèbe plus haut et tu bougeais plus que là t'as encore ton anatomie et ta nana ta mie, qui t'attend, ça t'en bouche un, hein ? c'est à l'atelier que j'apprends, passque j'suis inscrite partout, à la bibiothèque, au cinéclub, avant-hier y avait le dialogue des camées je sais plus, rien que des bonnes sœurs, tu voyais qu'è'z'étaient en plein trip, moi, ça m'aurait été un couvent, les mecs te font pas chier, et puis y a l'atelier, c'est un prof, un vrai, il est dehors et y vient rien que pour nous, pour nous exprimer, y signe toujours BD, ça m'fait penser qu'il est beau comme Corto Maltese, y sait tout, y paraît qu'Proust a écrit un truc sur les prisonnières, j'sais pas si t'as lu, p't'êt qu'y parle de moi, et puis y connaît même Picasso, la tête quoi, mais, t'sais c'est pas drôle tous les jours, au début la baveuse m'a dit Fleuri, c'est un peu la campagne et c'est tout près de chez vous, on s'arrangera pour que la cellule donne sur votre bégonia, de loin, ça vous fera une présence, et puis quand t'es là, pas la queue d'un'pâquerette, c'est pas Fleuri, c'est Béton-les-Garnis, la bouffe j'te cause pas, quand c'est pas ***** c'est *****, j'ai plus qu'toi et j'peux pas sortir rapport à mes dix-huit ans incompressensibles. Je pense à toi très fort ma clo et j't'en dis pas plus, ces ***** de ***** è'z'ouvrent le courrier.

(legenda sequenda)

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3 mai 2008 6 03 /05 /mai /2008 05:44

 

Un résumé de Finnegans Wake, extrait d'une étude de Michel Chassaing

I - L'âge des dieux
Chapitre 1 (âge des dieux) : la chute
(L'âge des Dieux voit le Père fonder la civilisation tout en rivalisant avec la Mère).
Après le déluge qui alimente la rivière de la parole avec les eaux du ciel, et après une brève période sans histoire (Eden), le tonnerre provoque la chute de l'homme. Le maçon Finnegan tombe de son échelle alors qu'il construit un mur. Son corps étendu devient Dublin, qui représente toutes les villes et par extension toute la civilisation. La veillée funèbre commence : c'est l'histoire. Les guerres se succèdent, les héros meurent puis reviennent dans les livres, les empires s'érigent et s'écroulent.
Le mur construit par Finnegan se dresse comme son phallus au centre de Phoenix Park : symbole de la volonté masculine qui canalise le flot spontané de la parole féminine. Mais cette violence produit un essoufflement du sens et il faut alors tendre l'oreille pour entendre les voix du passé, la parole des ancêtres qui murmurent sous la terre ou sur les pages des livres. En imitant la nature, les premiers hommes ont formé les runes dont découlent les alphabets de toutes les nations. Aussi la faute qui entraîna la chute dans le langage fut-elle une heureuse faute puisqu'elle a engendré la culture et l'histoire.
La Maternité veut être reconnue par la Paternité comme co-créatrice du monde. Elle convertit les hommes aux religions matriarcales et, bien que la parole paternelle souffle quelquefois son appel à la liberté, la sexualité devient le fondement de l'ordre social. En conséquence, quand notre antique père Finnegan ressuscite, on le rendort, en lui promettant un culte religieux.
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Chapitre 2 (âge des héros) : la ballade de Persse O'Reilly
(A l'âge des Héros, HCE est l'archétype du combattant, du créateur, du père et finalement du bouc émissaire sacrifié par la communauté ou remplacé par la génération suivante. ALP est sa femme-rivière qui l'emporte dans son flux).
La genèse du nom d'HCE nous le présente comme à la fois Tout-le-monde et Personne, union de deux principes contraires et d'un troisième principe, royal, qui préside à la nomination. HCE est le principal comédien sur la scène de théâtre qu'est l'histoire.
La rumeur qui va courir et s'amplifier durant tout le chapitre a pour origine un jeune homme qui aurait demandé l'heure à HCE. Celui-ci aurait alors exhiber son sexe en érection pour indiquer midi ! La femme du jeune homme en parle à son confesseur et la rumeur commence son voyage de bouches à oreilles, jusqu'à un pauvre sans-logis dénommé Hosty. Il est alors minuit.
Avec l'aurore, le misérable Hosty sent une vigueur nouvelle l'envahir. Il compose et chante la ballade de Persse O'Reilly. Celle-ci, reprise par une foule festive et lyncheuse, enfle en un flot de haine. Puis, dans un fracas de tonnerre, HCE est tué et enterré comme un navet pourri.
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Chapitre 3 (âge des hommes) : le souvenir du père mort
(A l'âge des hommes, les enfants se querellent sur l'héritage symbolique du père mort. Ils fouillent l'histoire à sa recherche et cognent en vain à la porte de son mausolée. La féminité se dédouble également en la vierge et la putain).
Nous sombrons dans la confusion. Le corps du père mort, c'est-à-dire l'histoire ou le livre, devient semblable à un lourd nuage de brouillard dont les gouttes sont des mots à peine perceptibles. C'est extrêmement confus. Les témoins ne donnent plus que des bribes d'informations douteuses.
Dans ce cauchemar, les hommes cherchent du sens, avec l'aide de Jésus qui leur fait la visite guidée de Phoenix Park, l'obscure forêt du texte. Comme le sens manque depuis la mort du père, ses enfants assiègent son auberge-mausolée, mais il refuse de sortir.
La responsabilité de la faute qui provoqua la chute d'HCE est attribuée à la double soeur dont la moitié tentatrice aurait allumé en lui un désir incestueux. Les mots du père, gouttes de pluie dans la nuit, pourraient féconder notre oreille mais nous préférons dormir et ne rien entendre.
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Chapitre 4 (ricorso) : la putréfaction
(Avec le ricorso, nous suivons la rivière qui emporte le corps d'HCE comme une barque solaire dans la nuit).
Comme les animaux du zoo, nous nous abandonnons au flux du rêve. Le sens s'émousse de plus en plus avec la nuit et l'hiver. Toutefois la décomposition prépare souterrainement une nouvelle naissance. C'est une opération alchimique durant laquelle les contraires se dissolvent et se coagulent pour reconstituer du sens. C'est ainsi que s'écrit la lettre d'ALP, bafouillée par Shem, portée par Shaun, perdue puis retrouvée dans un tas de fumier par une poule qui la recompose aléatoirement. Du coup, on y comprend plus rien. Le souvenir d'HCE, qui est le sujet de la lettre et par extension du roman, se perd dans le courant et la rivière l'emporte.
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Chapitre 5 (âge des dieux) : la lettre d'Anna Livia
 (Les 4 premiers chapitres sont consacrés à HCE, les 4 suivants à ALP, qui est à la fois la Mère et la rivière de la parole, donc la lettre et par extension le roman).
La lettre d'ALP est soumise à plusieurs types d'examens universitaires effectués par des avatars de Shaun. Les déformations qu'elle a subies dans le tas d'ordures l'ont rendue quasiment indéchiffrable. Ces circonvolutions stylistiques rappellent les enluminures du Livre de Kells, dont les arabesques créent une tapisserie complètement embrouillée. La confusion des langues, les fantaisies du scribe dans le dessin des lettres, la déraison féminine de ce flot d'écriture exubérant, et jusqu'aux trous dans le papier qui marquent l'irruption du Temps dans l'Espace, tout porte la marque de Shem.
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Chapitre 6 (âge des héros) : le questionnaire
12 questions et réponses permettent de présenter à nouveau HCE, ALP, Dublin, les 4 régions de l'Irlande, Jo, Kate, les 12 clients, les 28 lettres, le roman lui-même, Isabelle dont le babillage féminin est la matrice du langage, et enfin Shem. Sur ce dernier, Shaun donne son opinion condescendante et rationnelle dans une fable où l'Espace révèle son ignorance du Temps et l'institution ecclésiale son mépris pour le Christ. Shaun raconte également l'histoire des frères patricides auxquels leur soeur adjoint un tiers "insaisissable" pour former une trinité et mettre ainsi fin à leur rivalité en recomposant le père. La présence du souffle de Shem en Shaun inspire son verbe mais Shaun en refoule avec dégoût l'origine obscène et fétide, l'humus de matière, de chair ou de sons d'où suinte le sens.
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Chapitre 7 (âge des hommes) : portrait de l'artiste
Shaun tire le portrait de son frère honni : Shem est un traître, un déserteur et un infidèle. Son écriture, babillage et galimatias, provient de ses sécrétions corporelles. Il salit tout, critique tout et recompose un langage misérable par une alchimie répugnante. Mais avec ce langage obscène, ce putois puant et noir comme son encre peut reproduire tous les phénomènes et écrire une oeuvre universelle.
Shaun incarne la Rigueur. Il défend la société, la race, la religion et ALP. Pourtant c'est Shem, personnifiant la Charité, qui sait écouter ALP et la mettre en mots. Dont acte.
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Chapitre 8 (ricorso) : Anna Livia Plurabelle
(Shem écrit pour ALP un chapitre magnifique contenant les noms de centaines de cours d'eau).
Au bord de la rivière, deux lavandières (qui sont Shem et Shaun, maintenant deux courants de la rivière, ou la mère et la fille) parlent des 3 âges d'Anna Livia Plurabelle :
Anna, la mère, a fauté avec HCE. Il a fait violence au fleuve pour lui arracher ses richesses et canaliser son énergie. Elle a accepté son joug et même racolé pour lui. Elle a conçu 111 enfants de ses amours avec HCE. A sa source : le Nihil.
Le flux de Livia, la femme, la vie et l'Eglise, jaillit entre ses fesses-collines, et serpente à travers l'Irlande vers Dublin et l'Océan. Elle porte un sac rempli de cadeaux pour tous ses enfants.
Les Plurabelles sont les cadeaux du sac, les 28 jeunes filles et autant de facettes de la féminité. La nuit tombe et la lune paraît. Une nouvelle génération arrive, la précédente compte sur le Verbe, son fils, pour qu'on se souvienne d'elle.
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II : L'âge des héros
Chapitre 9 (âge des dieux) : l'énigme
Les enfants d'HCE jouent la pièce Mick, Nick and the Maggies (Michel l'archange y terrasse Nick le diable, mais ils constituent les deux faces d'une même personne, le fils d'HCE qui le remplacera pour un nouveau cycle).
Isabelle pose une énigme à Shem : quelle fleur a toutes les couleurs de l'arc-en-ciel mais aucune d'elles ? La réponse est l'héliotrope, fleur blanche tournée vers le soleil, mais Shem, tourné vers le monde, ne devine pas. Il fouille les éléments, réfléchit, propose trois fois trois réponses mais doit admettre son échec. Les jeunes filles lui montrent leurs dessous blancs pour le faire dresser vers la lumière, mais en vain ! Piteux, il s'exile et écrit Ulysse.
Les 28 lettres-fleurs, telles l'héliotrope, se tournent alors vers l'Orient où se lève la lune. C'est Shaun, Verbe de beauté, qui vient les féconder et leur prêcher la pureté. Le livre est en puissance de s'écrire dans la nuit. Il annonce la mort des dieux. C'est l'heure de la prière : les enfants se tournent vers le ciel et appellent le Père.
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Chapitre 10 (âge des héros) : la leçon de géométrie
(La rivière s'écoule entre ses deux rives, sur lesquelles Shem et Shaun y vont de leurs commentaires ; en fait ils rédigent un travail scolaire auquel Isabelle ajoute ses notes en bas de page).
La lumière descend sur notre monde, en une chute platonicienne ou cabalistique, et traverse les gouttes de pluie pour former l'arc-en-ciel d'alliance entre le haut et le bas. La pluie vient d'Isabelle qui pisse une histoire pour ses frères. Ils étudient l'arithmétique, l'algèbre puis la géométrie.
Après un entracte annonçant la conjonction des contraires, Shem trace deux cercles emmêlés et révèle à Shaun le bas ventre d'ALP accouplée à HCE comme lieu où se produit perpétuellement le monde et le langage. Nous arrivons à la fin de l'--uvre au noir opérée par Shem dans les chapitres précédents, par la révélation du c--ur de l'être et du langage : "cog it out, here goes a sum". Les chapitres suivants seront consacrés à l'--uvre au rouge de Shaun, prêchant la bonne parole en s'inspirant des galimatias de Shem.
Comme tout meurt et revient, le chapitre se clôt sur une nouvelle chute (10 chiffres comme autant d'éléments mis à disposition du créateur s'incarnant dans son --uvre). La signature finale rappelle que Finnegans Wake est un pied-de-nez à la mort, donc une résurrection.
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Chapitre 11 (âge des hommes) : le cabaret du norvégien
(Avec le sommeil profond, le rêve devient de plus en plus confus. C'est le nadir du roman et certainement le chapitre le plus difficile à lire car au coeur de la nuit le sens passe plus par l'ouïe que par la vue. A minuit, HCE est définitivement vaincu par la génération suivante, peut-être pour ne pas avoir su unifier les deux faces de sa personnalité).
Un émetteur radiophonique perce-oreille crachote un programme musical, à moins que ce ne soit le tavernier qui raconte à ses clients l'histoire du Viking qui envahit l'Irlande puis s'y installe comme tailleur. Ce dernier est embarqué sur le fleuve de la vie conjugale, comme l'Arche de Noé sur les eaux du déluge ou la parole sur les ondes vocales d'ALP. Son existence voit alterner les grandeurs et les bassesses. Sa personnalité est scindée en deux facettes antagonistes. Son histoire coule dans l'oreille de ses clients comme la bière dans leurs gorges.
Avec l'heure tardive, la femme du tavernier lui demande de fermer. Mais les clients réclament une autre histoire, celle de Buckley à la bataille de Balaklava, qui tua un général russe qui conchiait le trèfle. Le tavernier la raconte en jouant les deux rôles.
Il s'embarque ensuite dans un nouveau conte, celui de Finnegans Wake, enluminé et illustré. Tous les personnages reviennent dans la confusion des langues. HCE y plaide coupable mais felix culpa : tous profitent de ses oeuvres, produites par sa violence ou ses déjections. Quatre commentateurs (Mamalujo), prennent acte de sa plaidoirie et retranscrivent les flots de son Verbe.
Les clients finissent par rentrer chez eux, laissant HCE seul dans sa taverne. Il finit les verres et tombe dans la même déchéance que le roi dépossédé Roderick O'Connor. C'est la fin pour lui, les chapitres suivants seront consacrés à son fils. Alors bon vent !
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Chapitre 12 (ricorso) : Tristan
(Le ricorso de l'âge des héros commence et finit en chanson : c'est la musique de la rivière).
Les quatre évangélistes, vagues ou mouettes, accompagnent le bateau sur lequel Tristan conduit Yseult au Roi Mark. Ils épient les amants et se souviennent de leurs divorces d'avec la Déesse-Mère. Avec nostalgie, ils évoquent les puissants d'hier, déchus et abandonnés, comme le roi Mark de Cornouailles ou HCE.
Tristan prend Yseult et remplace HCE. Les évangélistes n'ont pas le coeur de les culpabiliser, trop émus par leur amour. Ils comprennent le remplacement du Père par le Fils, auquel seront consacrés les chapitres suivants, en tant qu'union de Shem et de Shaun, donc nouvel HCE.
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III : l'âge des hommes
Chapitre 13 (âge des dieux) : Shaun le postier
Après les 12 coups de minuit, voici venir Shaun le postier. Grand, fort et lumineux, il est le Verbe, l'émetteur d'une parole inspirée par Shem. Pourtant il est fatigué de porter la lettre de son frère. Dans une fable, il se met en scène en fourmi riche mais économe. Son frère, dans le rôle de la cigale, danse devant lui pour un peu de nourriture et lui récite un poème sur la nécessité de la conjonction des contradictoires.
Malgré tout, Shaun refoule l'origine obscène et cacophonique de la parole, et répond aux questions de Shem en prétendant être capable de faire mieux que lui. Mais il reste flasque et stérile. Quand finalement il accepte l'afflux d'inspiration de l'Esprit en lui, il se dresse à nouveau et répand sa semence lumineuse. Le flot de paroles l'emporte lui-même dans un tonneau (symbole de la coquille vide du signifiant) et, telle la lune, il disparaît au matin.
Shem, l'Esprit qui se répand en souffle et parfum après le départ du Verbe, fait son oraison funèbre.
---
Chapitre 14 (âge des Héros) : le sermon de Jaun
Nous revenons en arrière : les 29 lettres-fleurs dansent pour Jaun, leur Messie, semence de lumière, peut-être la Voie Lactée. Il va devoir s'en aller, descendre vers l'horizon ou vivre sa Passion christique. Aussi prêche-t-il la vertu et la chasteté à sa s--ur chérie. Tout en la sermonnant, il s'excite, s'unit avec elle comme Jésus avec son église et la fait jouir. La détumescence correspond à son déclin dans le ciel. Son exil l'assimile à Shem.
Il laisse son frère derrière lui, le Saint Esprit, souffle ou odeur, qu'il aime et jalouse à la fois, étant obligé de retranscrire son charabia en langage clair.
Les fleurs pleurent son départ et chantent les louanges de leur Osiris. Shem fait à nouveau son oraison funèbre avec tendresse, annonçant sa résurrection à l'aurore.
---
Chapitre 15 (âge des hommes) : Yawn
Shaun, devenu Yawn (bâillement), repose maintenant comme Finnegan. Les 4 juges escaladent son corps étendu pour l'interroger. Yawn, qui se croit attaqué par les loups, revit le sacrifice de Parnell, puis répond qu'il a pris la place de son père et qu'il est également un et trine.
La voix d'ALP monte ensuite du corps de Yawn. Elle parle d'HCE et explique que les phénomènes sensibles constituent la toile du monde ou les lettres de l'alphabet qui, traversées par la lumière paternelle, produisent l'arc-en-ciel du sens.
Ensuite c'est la rivalité des contraires qui se révèle dans la parole de Yawn. Saura-t-on enfin le titre du roman ? Non : après un fracas babélien, les voix font place au silence. A moins que ce silence ne constitue justement le Nom imprononçable ?
Une fois repris le contact spirite ou téléphonique, Yawn évoque l'interaction du féminin et du masculin en lui, à l'image de l'arbre alchimique ou du frêne Yggdrasil. Sa féminité elle-même est constituée de deux faces : la chaste et la tentatrice. Comme Marie, elle ne demande qu'à être prise comme matière première pour servir la parole du père et être transfigurée par lui. Finn est convoqué pour cette tâche mais il préfère la confier aux hommes et retourne dormir.
C'est alors qu'HCE prend enfin la parole. Il se défend des accusations portées contre lui, reconnaît avoir péché mais démontre que la corruption est nécessaire à la création et que sa chute a produit la civilisation urbaine : felix culpa ! Il a possédé sa femme - et par extension la nature entière - pour la transfigurer et l'assompter dans son oeuvre.
---
Chapitre 16 (ricorso) : la chambre à coucher
(Nous sommes là au plus bas de l'âge des hommes. Tout n'est plus que simulacre. Un cycle se termine, un nouveau se prépare).
La maison des Porter est la scène d'une dernière comédie. La mère de famille réconforte son fils qui a crié dans son rêve et mouillé ses draps, écrivant ainsi la lettre ! La fille, quant à elle, devient adulte avec ses premières règles : petit nuage, elle fait pipi en pluie et prend la place de sa mère dans le lit de la rivière et le lit conjugal.
On rejoue également le procès d'HCE. Les relations incestueuses au sein de la famille sont étudiées comme autant d'hérésies possibles au sein de l'Eglise, et entraînent le schisme irrémédiable du protestantisme quand l'hégémonie paternelle (et papale) est contestée par les fils.
A l'âge des hommes, chacun y va de son point de vue sur l'histoire et la famille. Qu'on le veuille ou non, il faut supporter les parents comme un mal nécessaire au renouvellement des générations.
L'aube approche, le vent de l'Esprit souffle dans les arbres du parc tandis qu'Isabelle amorce un nouveau déluge. Pour le tavernier qui s'était enrichi en bâtissant la civilisation, c'est maintenant la dégringolade sociale. Mais toute Apocalyspe prépare une renaissance...
---
IV : Ricorso
Chapitre 17 : l'aurore
3 Sanctus annoncent l'Eucharistie, la descente de l'Esprit d'HCE dans la parole d'ALP. Le haut appelle le bas, le Verbe demande à être entendu. Le soleil se lève enfin sur l'Irlande. C'est Shaun, nouvel HCE, qui se dresse hors de l'eau comme la Jérusalem céleste.
Le masculin et le féminin, séparés au premier chapitre, sont dorénavant inextricablement unis, le Père Temps et de la Mère Espace. Pourtant le sommeil continue. Finnegan se lève effectivement... mais dans Finnegans Wake, c'est-à-dire dans l'écriture, chargée de garder le souvenir des disparus, alors que chaque nouveau cycle apporte l'oubli des précédents.
Les 29 lettres, campanules ou cloches, carillonnent et appellent Saint Kevin de Glendalough. Il s'installe au centre de 9 cercles concentriques, au point de rencontre des cycles de Shem et Shaun, c'est-à-dire dans le trou de la paternité. De là, il baptise par l'eau : écoutez le flux d'ALP (plein de yes, comme celui de Molly) par lequel parle "Je suis qui je suis".
Et voici Patrick qui vient convertir les Irlandais. A l'archidruide Berkeley qui place la puissance divine dans la nature et sa force germinative, Patrick explique que les phénomènes du monde sensible, à savoir les couleurs de l'arc-en-ciel, proviennent d'une lumière qui vient de la Trinité. Vainqueur de l'archidruide, il propose l'union du haut et du bas, des couleurs et de la lumière blanche qui les a engendrées. Le christianisme s'installe en se nourrissant de la putréfaction du corps païen, ce qui produira la richesse artistique et spirituelle du catholicisme celtique, au moins jusqu'à l'invasion anglaise.
De la même façon, les mots du jour doivent contenir les souvenirs de la nuit du passé, pour les sauvegarder et s'en enrichir. C'est seulement ainsi que l'on peut espérer vaincre la mort. Comment ? La lettre d'ALP illustre ce recueillement :
La voici enfin cette fameuse lettre autour de laquelle tout le monde tourne, parle et sèche. ALP s'adresse à l'autorité et défend son mari. Elle se souvient de sa jeunesse et annonce que Shaun prendra la place d'HCE et Isabelle pour femme : un nouveau cycle commence. Elle signe et joint un post-scriptum : le monologue final.
Avec le jour, le langage s'éclaircit, nous sortons du cauchemar et du babillage. Pourtant cette parole garde en elle la richesse de la nuit, et Joyce écrit ici les pages ses plus bouleversantes. La Liffey traverse Dublin par un doux matin. L'opposition des jumeaux lui semble féconde, érection et chute, diastole et systole, dialectique de la culture. Elle réveille HCE, l'érige et l'habille. Elle espère partir avec lui, mais Dublin traversé, elle comprend qu'elle finira seule. Son amertume s'estompe quand elle entend l'appel du large, la voix de son père. Durant tout le livre, ALP incarnait le féminin, dans la confusion de l'histoire et des langues ; maintenant c'est une voix singulière qui parle. Elle s'abandonne au Père qui se souviendra d'elle pour l'éternité. Le dernier mot du roman vient se boucler sur le premier pour un nouveau cycle ou bien disparaît dans un dernier souffle.

***

Une histoire simple, une ballade.
La musique de Finnegan comme un art de la fugue, peut-être.

Le BWV 1080, établi en 1950, donne 14 compositions sur un même thème.
J. S. Bach, un autre cryptosophe.
B.A.C.H. = 2+1+3+8 = 14 --- JSBACH = 41.



J. S. Bach, Prélude et Fugue en si bémol  (B-Flat) majeur sur le nom de B.A.C.H, BWV 898, piano, Glenn Gould, 1980 [extrait].

Il y a bien de l'air et de la chanson dans le Wake.
The Ballad of Persse O'Reilly - or
earwig

 

 

Have you heard of one Humpty Dumpty         
How he fell with a roll and a rumble
And curled up like Lord Olofa Crumple
By the butt of the Magazine Wall,
(Chorus) Of the Magazine Wall,
Hump, helmet and all ?

Finnegans Wake
, I, 2, p. 45.                        

Une ballade rappelant Lewis Carrol ---

Humpty Dumpty sat on a wall :
Humpty Dumpty had a great fall.
All the King's horses and all the King's men
Couldn't put Humpty Dumpty in his place again.

Lewis Carroll, Through the looking-glass.

***

Finnegans Wake
a également inspiré des compositeurs ---

 


--- John Cage, Roaratorio, An Irish circus on Finnegans wake, 1979
, emprunte des mots au Wake et donne l'air par une bande son qui mêle ambiance de marché et chant traditionnel irlandais.
D'autres compositions reprenant des extraits de l'œuvre ---
The Wonderful Widow of Eighteen Springs, chanson pour voix et piano fermé, 1942, et Nowth upon Nacht, pour voix et piano (le pianiste produit des sons sans pour autant effleurer le clavier), 1984 [une oeuvre à la mémoire de Cathy Berberian, la compagne de Luciano Berio].
Des extraits de ces deux pièces -
- et le texte (en caractères gras)

Finnegans Wake
, III, 4, p. 356
1/
...
quietly, all the woods so wild, in mauves of moss and daphnedews, how all so still she lay, neath of the whitethorn
...
2/
nowth upon nacht, while in his tumbril Wachtman Havelook seequeerscenes, from yonsides of the choppy, punkt by his curserbog, went long the grassgross bumpinstrass that henders the pubbel to pass, stowing his bottle in a hole for at whet his whuskle to stretch ecrooksman, sequestering for lovers' lost propertied offices the leavethings from allpurgers' night, og gneiss ogas gnasty, kikkers, brillers, knappers and bands, handsboon and strumpers, sminkysticks and eddiketsflaskers ;


--- Takemitsu Tōru, A way a lone, d'après la dernière phrase de Finnegans Wake - A way a lone a last a loved a long the



A Way a Lone pour quatuor à cordes ou en version pour orchestre à cordes, 1981 [extrait]


--- et des comédiens



The Voice Of Shem,1955, Poets' Theatre, Cambridge
(1957 Harvard Univ. Press under the title Passages from Finnegans Wake)
(1958 Faber & Faber, London under the title The Voice of Shem
).

***

Une lecture d'Anna Livia Plurabelle par James Joyce ? London, 1929, in
Lunapark 0,10.



Well, you know or don't you kennet or haven't I told you every telling has a taling and that's the he and the she of it. Look, look, the dusk is growing! My branches lofty are taking root. And my cold cher's gone ashley. Fieluhr? Filou! What age is at ? It saon is late. 'Tis endless now senne eye or erewone last saw Waterhouse's clogh. They took it asunder, I hurd thum sigh. When will they reassemble it ? O, my back, my back, my bach ! I'd want to go to Aches-les-Pains. Pingpong ! There's the Belle for Sexaloitez ! And Concepta de Send-us-pray ! Pang ! Wring out the clothes! Wring in the dew ! Godavari, vert the showers ! And grant thaya grace ! Aman. Will we spread them here now ? Ay, we will. Flip ! Spread on your bank and I'll spread mine on mine. Flep ! It's what I'm doing. Spread ! It's churning chill. Der went is rising. I'll lay a few stones on the hostel sheets. A man and his bride embraced between them. Else I'd have sprinkled and folded them only. And I'll tie my butcher's apron here. It's suety yet. The strollers will pass it by. Six shifts, ten kerchiefs, nine to hold to the fire and this for the code, the convent napkins,twelve, one baby's shawl. Good mother Jossiph knows, she said. Whose head ? Mutter snores ? Deataceas ! Wharnow are alle her childer, say ? In kingdome gone or power to come or gloria be to them farther ? Allalivial, allalluvial ! Some here, more no more, more again lost alla stranger. I've heard tell that same brooch of the Shannons was married into a family in Spain. And all the Dunders de Dunnes in Markland's Vineland beyond Brendan's herring pool takes number nine in yangsee's hats. And one of Biddy's beads went bobbing till she rounded up lost histereve with a marigold and a cobbler's candle in a side strain of a main drain of a manzinahurries off Bachelor's Walk. But all that's left to the last of the Meaghers in the loup of the years prefixed and between is one kneebuckle and two hooks in the front. Do you tell me that now ? I do in troth. Orara por Orbe and poor Las Animas! Ussa, Ulla, we're umbas all! Mezha, didn't you hear it a deluge of times, ufer and ufer, respund to spond ? You deed, you deed ! need, I need! It's that irrawaddyng I've stoke in my aars. It all but husheth the lethest zswound. Oronoko ! What's your trouble ? Is that the great Finnleader himself in his joakimono on his statue riding the high horse there forehengist ? Father of Otters, it is himself ! Yonne there! Isset that ? On Fallareen Common ? You're thinking of Astley's Amphitheayter where the bobby restrained  you making sugarstuck pouts to the ghostwhite horse of the Peppers. Throw the cobwebs from your eyes, woman, and spread your washing proper ! It's well I know your sort of slop. Flap ! Ireland sober is Ireland stiff Lord help you, Maria, full of grease, the load is with me! Your prayers. I sonht zo! Madammangut ! Were you lifting your elbow, tell us, glazy cheeks, in Conway's Carrigacurra canteen? Was I what, hobbledyhips ? Flop ! Your rere gait's creakorheuman bitts your butts disagrees. Amn't I up since the damp dawn, marthared mary allacook, with Corrigan's pulse and varicoarse veins, my pramaxle smashed, Alice Jane in decline and my oneeyed mongrel twice run over, soaking and bleaching boiler rags, and sweating cold, a widow like me, for to deck my tennis champion son, the laundryman with the lavandier flannels ? You won your limpopo limp fron the husky hussars when Collars and Cuffs was heir to the town and your slur gave the stink to Carlow. Holy Scamander, I sar it again ! Near the golden falls. Icis on us ! Seints of light! Zezere ! Subdue your noise, you hamble creature ! What is it but a blackburry growth or the dwyergray ass them four old codgers owns. Are you meanam Tarpey and Lyons and Gregory ? I meyne now, thank all, the four of them, and the roar of them, that draves that stray in the mist and old Johnny MacDougal along with them. Is that the Poolbeg flasher beyant, pharphar, or a fireboat coasting nyar the Kishtna or a glow I behold within a hedge or my Garry come back from the Indes ? Wait till the honeying of the lune, love! Die eve, little eve, die ! We see that wonder in your eye. We'll meet again, we'll part once more. The spot I'll seek if the hour you'll find. My chart shines high where the blue milk's upset. Forgivemequick, I'm going ! Bubye! And you, pluck your watch, forgetmenot. Your evenlode. So save to jurna's end! My sights are swimming thicker on me by the shadows to this place. I sow home slowly now by own way, moyvalley way. Towy I too, rathmine
Ah, but she was the queer old skeowsha anyhow, Anna Livia, trinkettoes! And sure he was the quare old buntz too, Dear Dirty Dumpling, foostherfather of fingalls and dotthergills. Gammer and gaffer we're all their gangsters. Hadn't he seven dams to wive him ? And every dam had her seven crutches. And every crutch had its seven hues. And each hue had a differing cry. Sudds for me and supper for you and the doctor's bill for Joe John. Befor ! Bifur ! He married his markets, cheap by foul, I know, like any Etrurian Catholic Heathen, in their pinky limony creamy birnies and their turkiss indienne mauves. But at milkidmass who was the spouse ? Then all that was was fair. Tys Elvenland ! Teems of times and happy returns. The seim anew. Ordovico or viricordo. Anna was, Livia is, Plurabelle's to be. Northmen's thing made southfolk's place but howmulty plurators made eachone in person ? Latin me that, my trinity scholard, out of eure sanscreed into oure eryan! Hircus Civis Eblanensis ! He had buckgoat paps on him, soft ones for orphans. Ho, Lord ! Twins of his bosom. Lord save us! And ho! Hey ? What all men. Hot ? His tittering daughters of. Whawk ?
Can't hear with the waters of. The chittering waters of. Flittering bats, fieldmice bawk talk. Ho ! Are you not gone ahome ? What Thom Malone ? Can't hear with bawk of bats, all thim liffeying waters of. Ho, talk save us ! My foos won't moos. I feel as old as yonder elm. A tale told of Shaun or Shem ? All Livia's daughtersons. Dark hawks hear us. Night ! Night ! My ho head halls. I feel as heavy as yonder stone. Tell me of John or Shaun ? Who were Shem and Shaun the living sons or daughters of ? Night now ! Tell me, tell me, tell me, elm ! Night night ! Telmetale of stem or stone. Beside the rivering waters of, hitherandthithering waters of. Night ! 

Finnegans wake
, I, 8, p.213-216.

Feeling weak ? Fall in wake !

***

Des textes et liens supra.

Et puis,

Jean Paris, Joyce par lui-même, Seuil, 1957 (réédition disponible, actualisée et complétée).

Finnegans web (le texte en ligne)

Michel Chassaing


Ubuweb

Music in the Works of James Joyce

and lots of fun at Finnegan's wake ¤¤¤

*crossover 2008*

 

[...] Il s'agit d'évoquer, cette fois, une oeuvre mettant en lien, de quelque manière que ce soit, littérature et musique.


[end of Part Two]
[Part One
]

 

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3 mai 2008 6 03 /05 /mai /2008 03:44
 

Brobdingnagian Bards, The Ballad of Tim Finnegan, traditional.

Finnegan's Wake

Tim Finnegan lived in Walkin' Street,
A gentleman Irish mighty odd;
He had a brogue both rich and sweet,
And to rise in the world he carried a hod.
Now Tim had a sort of a tipplin' way,
With a love of the whiskey he was born,
And to help him on with his work each day,
He'd a drop of the craythur every morn.

Chorus

Whack fol the dah O, dance to your partner,
Welt the floor, your trotters shake;
Wasn't it the truth I told you,
Lots of fun at Finnegan's wake !

One mornin' Tim was feelin' full,
His head was heavy which made him shake;
He fell from the ladder and broke his skull,
And they carried him home his corpse to wake.
They rolled him up in a nice clean sheet,
And laid him out upon the bed,
A gallon of whiskey at his feet,
And a barrel of porter at his head.

Chorus

His friends assembled at the wake,
And Mrs. Finnegan called for lunch,
First they brought in tay and cake,
Then pipes, tobacco and whiskey punch.
Biddy O'Brien began to bawl,
"Such a nice clean corpse, did you ever see ?
"O Tim, mavourneen, why did you die?"
"Arragh, hold your gob," said Paddy McGhee !

Chorus

Then Maggie O'Connor took up the job,
"O Biddy," says she, "You're wrong, I'm sure",
Biddy she gave her a belt in the gob,
And left her sprawlin' on the floor.
And then the war did soon engage,
'Twas woman to woman and man to man,
Shillelagh law was all the rage,
And a row and a ruction soon began.

Chorus

Then Mickey Maloney ducked his head,
When a noggin of whiskey flew at him,
It missed, and falling on the bed,
The liquor scattered over Tim!
The corpse revives ! See how he raises !
Timothy rising from the bed,
Says,"Whirl your whiskey around like blazes,
Thanum an Dhoul! Do you think I'm dead ?"

Chorus

***

James Joyce, Finnegans wake,
Penguin Books, 1992 (édition Faber and Faber, 1939).























                                                                      
James Joyce, Finnegans wake,
traduit de l'anglais, présenté et adapté
par Philippe Lavergne, Gallimard, 1982.



En regard, le texte (Finnegans wake, I, 1 [...] IV,0) de James Joyce et celui de Philippe Lavergne

riverrun, past Eve and Adam's, from swerve of shore to bend of bay, brings us by a commodius vicus of recirculation back to Howth Castle and Environs.

Sir Tristram, violer d'amores, fr'over the short sea, had passencore rearrived from North Armorica on this side the scraggy isthmus of Europe Minor to wielderfight his penisolate war: nor had topsawyer's rocks by the stream Oconee exaggerated themselse to Laurens County's gorgios while they went doublin their mumper all the time: nor avoice from afire bellowsed mishe mishe to tauftauf thuartpeatrick not yet, though venissoon after, had a kidscad buttended a bland old isaac: not yet, though all's fair in vanessy, were sosie sesthers wroth with twone nathandjoe. Rot a peck of pa's malt had Jhem or Shen brewed by arclight and rory end to the regginbrow was to be seen ringsome on the aquaface.

The fall (bababadalgharaghtakamminarronnkonnbronntonnerronntuonnthunntrovarrhounawnskawntoohoohoordenenthurnuk !)

[...]

A way a lone a last a loved along the

---

erre revie, pass'Evant notre Adame, d'erre rive en rêvière, nous recourante via Vico par chaise percée de recirculation vers Howth Castle et Environs.
Sire Tristam, violeur d'amoeurs, manchissant la courte oisie, n'avait pâque buissé sa derrive d'Armorique du Nord sur ce flanc de notre isthme décharné d'Europe Mineure pour y soutenir le combat d'un presqu'Yseul penny : ni près du fleuve Oconee les roches premières ne s'étaient exaltruées en splendide Georgi Dublin de Laurens Comptez en doublant ses membres tout le temps ! nulle voix humaine n'avait dessouflé son micmac pour bêptiser Patrick : pas encore, mais nous y venaisons bientôt, n'avait un jeune blanc-bec flibutté le blanc bouc d'Isaac : pas encore, bien que tout soit affoire en Vanité, les doubles soeurs ne s'étaient colère avec Joe Nathan. Onc mais n'avaient Jhem ni Shem brassé de becquée le malte paternel sous l'arcastre solaire et l'on voyait la queue rugissante d'un arc-en-cil encerner le quai Ringsend.

La chute (bababadalgharaghtakamminarronnkonnbronntonnerronntuonnthunntrovarrhounawnskawntoohoohoordenenthurnuk !)

[...]

Au large vire et tiens-bon lof pour lof la barque au l'onde l'

***

James Joyce est né en Irlande. La chute a lieu le 2 février 1882 à Dublin. Il devient l'aîné de neuf frères et sœurs. Sa famille, après quelques années d'aisance financière, est pauvre entre les pauvres, ce qui n'empêche pas le jeune James de faire ses premières études chez les Jésuites, ensuite à University College. A l'âge de vingt ans, il vient à Paris suivre des cours de science médicale - qu'il abandonne pour se consacrer à l'écriture.
L'année suivante, il est de retour en Irlande, sa mère est mourante, il écrit, lentement, et, au cours de l'été 1904, il rencontre Nora Barnacle.
Ensemble, ils partent s'installer d'abord à Pola, en Croatie, puis à Trieste. Ils ont deux enfants.
En 1907, il publie son premier ouvrage, Chamber music, un recueil de poèmes. Suivent Dubliners, en 1914, A Portrait of the Artist as a Young Man, en 1916, et Exiles, une pièce de théâtre, en 1918.
Joyce, installé à Paris après quelques errances (Rome, Dublin, Zürich) fait paraître Ulysses en 1922 et commence la rédaction de Finnegans Wake (les premiers fragments paraissent dans 'Transition', une revue d'Eugène Jolas, sous le titre de Work in Progress, donné par Ford Madox Ford) publié en 1939.
Deux ans plus tard, il meurt à Zürich.

***

Finnegans Wake est 'illisible' pour un 'lecteur'. Il s'agit d'une somme de la tradition narrative occidentale, au moins, d'une méditation sur le lire et / ou l'écrire. Il est demandé au 'lecteur' de se faire regardeur pour entendre la petite musique de Finnegan.
Cependant, il y a bien une histoire emmêlée dans les rets de digressions et répétitions à perdre le lecteur.
Ce qui peut gêner la lecture ordinaire, c'est également que la langue de Joyce n'existe pas... avant Joyce. Il n'y a pas de référent ni de signifié au sens classique des termes. Le mot se rapporte à lui-même, en boomerang. Joyce a lu Lewis Carroll, mais, dans le Jabberwocky -

'Twas brillig, and the slithy toves
Did gyre and gimble in the wabe :
All mimsy were the borogoves,
And the mome raths outgrabe

"Beware the Jabberwock, my son !
The jaws that bite, the claws that catch !
Beware the Jubjub bird, and shun
The frumious Bandersnatch!"

He took his vorpal sword in hand:
Long time the manxome foe he sought
So rested he by the Tumtum tree,
And stood awhile in thought.

And, as in uffish thought he stood,
The Jabberwock, with eyes of flame,
Came whiffling through the tulgey wood,
And burbled as it came !

One, two! One, two! And through and through
The vorpal blade went snicker-snack !
He left it dead, and with its head
He went galumphing back.

"And, has thou slain the Jabberwock ?
Come to my arms, my beamish boy !
O frabjous day ! Callooh ! Callay!'
He chortled in his joy.

'Twas brillig, and the slithy toves
Did gyre and gimble in the wabe ;
All mimsy were the borogoves,
And the mome raths outgrabe.

Jabberwocky, in Lewis Carroll, Through the looking-glass (Ce qu'Alice trouva de l'autre côté du miroir)

- les mots-valises ont un sens, un seul (brillig, c'est l'heure des grillades, broiling, selon Jacques Papy - Jean-Jacques Pauvert, 1961, ou bien l'heure où l'on revient dîner - pour Henri Parisot, Aubier-Flammarion, 1971, et il y en a cent autres, à la même heure), alors que les créatures verbales de Joyce portent d'indéfinies références aux légendes et langues du monde : leur sens est lui-même indéfini - c'est selon le regard qu'on porte sur le contexte.

Des langues de Babel, Joyce en maîtrisait une large douzaine, en connaissait bien deux autres paniers et on peut repérer plus de trente-six idiomes (jusqu'à soixante-cinq) dans Finnegans Wake.
Le mot peut être un phonème, une phrase, un chapitre. On ne peut distinguer dans le texte microcosme et macrocosme, nous sommes dans le 'sémiocosme'. Seulement, il arrive que le discours tombe en chute libre, sans que le lecteur puisse s'accrocher aux branches.
Faire du saut à l'élastique sans élastique - en sachant que Liffey, la rivière de l'éternel retour, est là.
Un rêve ne peut être représenté que par du texte, le référent s'est évanoui.
Lire Finnegans Wake comme un rêve.
La chose n'est pas pour autant un essai de philosophie. De nombreuses pages ont plus à voir (il y a plus à voir) du côté des 'comics' ou du compagnon Samuel Beckett -

Vladimir (sans se retourner). _ Je n'ai rien à te dire.
Estragon (pas en avant). _ Tu es fâché ? (Silence. Pas en avant). Pardon ! (Silence. Pas en avant. Il lui touche l'épaule) Voyons, Didi. (Silence) Donne ta main ! (Vladimir se retourne) Embrasse-moi ! (Vladimir se raidit) Laisse-toi faire ! (Vladimir s'amollit. Ils s'embrassent. Estragon recule) Tu pues l'ail !
Vladimir. _ C'est pour les reins. (Silence. Estragon regarde l'arbre avec attention) Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
Estragon. _ On attend.
Vladimir. _ Oui, mais en attendant ?
Estragon. _ Si on se pendait ?
Vladimir. _ Ce serait un moyen de bander.
Estragon (aguiché). _ On bande ?
Vladimir. _ Avec tout ce qui s'ensuit. Là où ça tombe il pousse des mandragores. C'est pour ça qu'elles crient quand on les arrache. Tu ne savais pas ça ?
Estragon. _ Pendons-nous tout de suite.
Vladimir. _ A une branche ? (Ils s'approchent de l'arbre et le regardent) Je n'aurais pas confiance.
Estragon. _ On peut toujours essayer.

Samuel Beckett, En attendant Godot, acte I, Editions de Minuit, 1952.

- ou de la vie -

One great part of every human existence is passed in a state which cannot be rendered sensible by the use of wideawake language, cutanddry grammar and goahead plot.
James Joyce, Lettre à Harriet Shaw Weaver, 1926, in Letters, III, p. 146.

Un texte se retournant sur lui-même pour renaître comme une mandragore, un rêve éveillé par le regard du lecteur écoutant, mieux que lisant, la petite musique de Finnegan, une rêverie, est-ce errevie ? où se croisent l'histoire du monde et la mémoire des mots pour le dire, où l'on rencontre Homère -
[on peut noter qu'Ulysse dans son odyssée, d'île en île, ne se retrouve jamais dans la même situation, alors que Finnegan est toujours le même mourrenaissant]
- et puis, William Shakespeare, Jonathan Swift, Giambattista Vico, Laurence Sterne, dans les racines d'une architecture littéraire occidentale fragilisée par la querelle Britsh # Irish, universellement prolongée dans le clash de la Première Guerre Mondiale.

For myself, I always write about Dublin because if I can get to the heart of Dublin I can get to the heart of all the cities in the world. In the particular is contained the universal.
Entretien avec Arthur Power, 1921, in Arthur Power, From the Old Waterford House.

Une histoire simple, une ballade... qui pourrait bien prendre source dans un fait divers.
Finnegan, ivre mort, vient de s'écrouler dans une déflagration infernale (bababadalgharaghtakamminarronnkonnbronntonnerronntuonnthunntrovarrhounawnskawntoohoohoordenenthurnuk !)
Finnegans wake, I, 1, p.3.
Hellzapoppin !
Il s'agirait de le réveiller... au doux murmure du whiskey...

Hergé, On a marché sur la lune, Casterman, 1954.


... d'effondrements en résurgences, en 17 variations, écrites en 17 ans et qui pourraient bien évoquer la lame 17 du Tarot, L'Etoile.

 



Ancien Tarot de Marseille
, Grimaud, 1963.





Le Cosmic ultilame du Tarot rejoint l'eau dans une mise à nu de l'en bas et de l'en haut, les huit étoiles sont 1 et 7 soit 17, étoile, el'etoi [elle et toi].
















[end of Part One]
[Part Two]

 

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