Lou

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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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Survival

 

Uncontacted tribes

 

Un lien en un clic sur les images.

29 avril 2008 2 29 /04 /avril /2008 18:45

 
Parlons cuisine.

Pour qu’un restaurant marche, il faut des gens qui sachent faire la cuisine ET des gens qui aient de l’appétit.

Entre les deux, la couleur des casseroles est secondaire, mais il est sûr qu’on ne va pas au restaurant pour dîner "comme chez soi".

Même la taille des casseroles et le nombre des sauciers deviennent secondaires quand les clients ne savent pas pourquoi ils sont là.


Une cuisine allégée serait bienvenue pour les estomacs délicats : elle ne mettra pas en appétit les anorexiques de la connaissance.


[aucune casserole n'a été maltraitée au cours de la saisie]

[[toute ressemblance avec une coïncidence fortuite d'actualité ne serait, n'est-ce pas…]]

[[[non, plus rien, c'est seulement qu'au pair, nous préférons l'impair]]]
 

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20 avril 2008 7 20 /04 /avril /2008 11:59


_ alors, y m'fait, un rien vous agace ?
_ comment cela, que j'lui gratte du tac-o-tac, je suis d'un naturel doux, peu émotif.
Bon, pour Claude, j'me suis énervée avec le coup du bégonia, mais el'l'avait cherché et puis quand el's'est réveillée à l'heure du café, el'm'en voulait pas, elle avait tout oublié, bourrée amnistique et mal aux tifs.
Fin de compte, y a personne qu'est venu. Avec Claude, on a r'mis l'bahut du siècle à sa place, j'ai même récupéré l'bégonia, c'est costaud ces trucs, ça résisterait aux mormones comme Proust.
Et là que j'étais tout dispose, trop cool, è'm'sort le chef d'œuvre inconnu d'Balzac qu'è'devait êt'seule à connaître et Proust encore tu t'en sors avec 30 cm mais le Balzac y fait 2 m tout en cuir et sans ordonnance.

Je dis rien.

_ toi, ce serait plutôt la maison du chat qui pelote, qu'è'm'sort.
Là, j'te lui ai pris la pile du milieu et par la fenêtre ! Le cousin pionce a assommé l'concierge qui sortait les ordures. Mon avis, le cousin, l'avait dû trop effeuilleter la cousine blette. Et la Claude, è s'met par la fenêtre pour voir les dégâts, ses reliures.
Là, è' m'avait poussée, j'l'ai poussée et je suis d'un naturel doux.
Le tripier d'en face a appelé les poulets rapport au concierge, la volaille a colloqué l'SAMU vu la Claude et moi, j'suis là à écouter l'enfoiré de psychopatincoufin me dire que j'ai le type à l'armagnaco-dépressive et Dominique, ces deux là, je leur fais le 2 en 1 et j'ai le naturel doux.

(legenda sequenda)

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20 avril 2008 7 20 /04 /avril /2008 00:19

 

Qu'y a-t-il à voir ?
Pilote d'une série virtuelle autant qu'improbable.


Ad Reinhardt, Ultimate Painting n° 6, 1960, CNAC Centre Georges Pompidou.

Qu'y a-t-il à voir ?

Je n'ai rien vu, et pourtant il y a quelque chose
, dit Cyrus Smith - un personnage de l'Ile mystérieuse de Jules Verne - en remontant d'un puits après l'avoir exploré.

Qu'y a-t-il ?
Que voit-on ?

L'art ne reproduit pas le visible, il rend visible.
Paul Klee, Confession d'un créateur, 1920, repris dans Théorie de l'art moderne – publication et traductions à partir de1945.

Somme toute, l'artiste n'est pas seul à accomplir l'acte de création car le spectateur établit le contact de l'œuvre avec le monde extérieur en déchiffrant et en interprétant ses qualifications profondes et par là ajoute sa propre contribution au processus créatif.

Marcel Duchamp, Houston, 1957.
> note *


Markus Raetz, Profil, 1987, F.R.A.C. Pays de la Loire.

Qu'y a-t-il ? Que voit-on ?


René Magritte, La Condition humaine I, 1933, The National Gallery of Art, Washington.

_ Qu'y a-t-il derrière la toile posée sur un chevalet devant la fenêtre ?
Ce qu'on voit sur la toile ? Une imagination de l'artiste ? Rien ?

_ Que voit-on derrière la toile posée sur un chevalet devant la fenêtre ?
Evidemment, on ne voit rien.

On peut apprendre à regarder.
Le réel n'est ni de l'ordre d'un univers idéel dont ne nous serait donnée que l'ombre portée ni de l'ordre d'une pure représentation détachée.
La question demeure au seuil de toute expérience commune partagée.

L'art donne à voir / à être pour nous du visible.
Une oeuvre d'art relève d'une technique de production du visible par laquelle nous constituons du réel et par laquelle nous nous constituons comme sujets.
C'est là une histoire, notre histoire, toujours recommencée,
d'où les jeux, les questions, qui provoquent et accompagnent toute recherche artistique.

_ Présence / représentation, ombre et lumière de l'ombre

  


Jean-Pierre Bertrand, Sans titre (vitrail), Eglise Saint-Andéol, Bourg-Saint-Andéol, 1990.

 

_ Visuel / figuratif, les plaies du Christ se prolongent en fleurs.


Fra Angelico, Noli Me Tangere, 1440-41, Couvent San Marco, cellule 1, Florence.

_ Caché / dévoilé.
Nous avons déjà montré la porte d'Etant donnés, nous n'en franchirons pas le seuil…
… ou alors si vous y tenez vraiment…


Jeux entre une représentation qui se donnerait au principe du réel, la vision première étant rapportée à l'illusion ou au reflet [Brunelleschi, son expérience, Place San Giovanni à Florence, vers 1415, et l'invention de la costruzione legittima, la perspective], et une image qui s'affirmerait comme illusion, mise en scène d'une illusion.


Duchamp, La Mariée mise à nu par ses célibataires, même, 1915-1923, Philadelphia Museum of Art.

Une oeuvre d'art se définit par l'ambiguïté, la distance, qu'elle entretient avec l'ustensile [Marcel Duchamp, Porte-bouteilles] et le décor [Claude Rutault, Salle des plattes peintures, Chambre du Roi, Château d'Oiron, 1993].

Par les problématiques qu'elle institue (visible / réel, signifiant / signifié), la création artistique rend compte de notre expérience commune, comme une mise en scène de notre vécu.
C'est-à-dire qu'en présence d'une oeuvre d'art, on s'arrête en reconnaissant une expérience personnelle (le sentiment du déjà vu).

---

note * - … les choses qui m'entourent me dépassent à condition que j'interrompe mon commerce habituel avec elles et que je les retrouve, en deçà du monde humain où même vivant, sous leur aspect de choses naturelles. [...] Chaque chose n'affirme son être qu'en me dépossédant du mien, et je sais toujours sourdement qu'il y au monde autre chose que moi et mes spectacles. [...] Quand je découvre un paysage jusque-là caché par une colline, c'est alors seulement qu'il devient pleinement paysage et l'on ne peut pas concevoir ce que serait une chose sans l'imminence ou la possibilité de mon regard sur elle.
Maurice Merleau-Ponty, Sens et non-sens, publié en 1966.

Voir c'est toujours voir plus qu'on ne voit.
Maurice Merleau-Ponty, Le Visible et l'invisible, publié en 1964.

 

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17 avril 2008 4 17 /04 /avril /2008 10:27

A Thom

Oh my god ! I made a MONSTER...
Thom Le Golb, River of No Return.

[Thom Le Golb (Le Crossover) dont les facéties éditoriales avaient fait reconnaître le génie post-postmoderne, même pour ses amis, a exhumé de ses tiroirs en charade un synopsis / remake de L'Histoire sans fin - en français, Tag for ever. Le scénario du pilote a été confié à Cuné et jdm qui, pour des raisons techniques, ont créé, l'une et l'un, leur chaîne singulière en toute interdépendance. Thom Le Golb s'est alors trouvé piégé dans l'énigme posée par jdm et Idothée, alors que le code tenait seulement à de fragiles accords grammaticaux et autres menus artifices dissimulant l'identité d'IdoT/jdm, désormais révélée]

[[défense et illustration]]

Et puis merde !
Si Claude n'avait pas dit ces trois mots là, juste à ce moment-là, je ne me serais pas fâchée comme ça !
Maintenant, tout est calme, y a plus qu'moi qui galère dans la chambre, entre l'lit, la table, l'bahut, la commode et l'lit, la table...
J'ai mis l'bahut cont'la porte pour êt'tranquille, même si ça les empêche pas d'entrer. C'est surtout pour le bégonia que j'regrette. Tout'manière, avec Claude, c'est fini d'puis que j'ai rencontré Dominique, que j'suis raide dingue de Dominique. L'a jamais accepté. Moi, j'pouvais plus. Claude, tu vois, c'est le genre intello. Prends le bégonia, c'est toujours moi qui m'en occupe, pour l'arroser, l'tailler, l'rempoter, c'est comme ça qu'il est devenu aussi balèze. Claude, c'était même pas la peine de lui en parler, vu qu'Proust en parle pas dans 'les jeunes filles à l'ombre des fleurs', un machin à t'faire passer l'goût des fleurs et des jeunes filles.
Le bégonia, c'était la voisine qu'en avait rapporté d'chez elle, au Cameroun. J'y avais pris un'bouture et il avait démarré. Y s'plaisait là, sur la fenêtre. Devant, j'avais mis la table qui venait d'chez l'brocanteur normand qu'avait fait aussi l'bahut breton et la commode. Y s'plaisait et y m'plaisait.
Alors, hier soir, au moment où Claude a fait -
_ grotesque ton bégonia !
- ça m'a pas plu.
J'ai mis l'bahut breton du normand devant la porte. Il a pas tous les morceaux d'la même époque, mais y m'plaît comme ça. La commode aussi. C'est du Louis XV rustique Napoléon III, paraît.
Maintenant, c'est calme. Y a qu'moi qui respire. Je sais qu'y vont venir. C'est pas pour le bégonia. C'est pour Claude qui bouge plus, c'te conne, depuis hier soir, el'reste là coincée contre la commode, la tête à l'envers, sous l'bégonia.
Grotesque.

(legenda sequenda)

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10 avril 2008 4 10 /04 /avril /2008 22:47

Alphonse, Alfred, James, Michel et Raymond...


Commençons en musique –


Alphonse Allais, Marche funèbre
composée pour les funérailles d'un grand homme sourd, 1883

La partition, pour les techniciens -

 

 

 














Une œuvre picturale du compositeur, en contrepoint -

 

 

 

 










  

Première communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige, octobre 1883 [détail].

Alphonse Allais était au fait des Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien (recueil achevé par Alfred Jarry en 1898, publié en 1911, en hommage posthume).

Ecoutons le père (d')Ubu



Alfred Jarry, Charles Pourny, Claude Terrasse (musique), Chanson du décervelage, 1896, in 'Pataphysics, Sonic Arts Network, 2005, enregistré en 1951 par le chœur du Collège de 'Pataphysique

Alfred Jarry a tracé la voie vers Ulysses et Finnegans wake, James Joyce connaissait bien Jarry et le rappelle dans Finnegans par des références fugitives et avec le personnage de Shem.

Finnegans wake
en musique est au programme…

Pendant l'entracte, écoutons une composition de Luciano Berio, inspirée d'un fragment d'Ulysses (au commencement du chapitre XI, où chantent les Sirènes) -


Luciano Berio, Thema (Omaggio a Joyce), 1958, int. Cathy Berberian [extrait (in Many More Voices)]

György Ligeti aurait bien orchestré l'œuvre de Joyce – il y a trouvé des résonances à son choix de la micro-polyphonie, mais la langue de Joyce, n'est-ce pas…

Michel de
Ghelderode était plus proche (et nous ne nous éloignons pas dans notre bal[l]ade, Ligeti traitant les voix par la déconstruction du langage et de la rhétorique avec l'humour d'Alfred Jarry et dans l'esprit de la 'Pataphysique) –


György Ligeti, Le Grand Macabre, 1974-1977, ORF-Symphonie-Orchester, dir. Elgar Howarth, d'après La Balade du Grand Macabre, 1934 [extrait]

Ghelderode
, disait Cocteau, c'est le diamant qui ferme le collier de poètes que la Belgique porte autour du cou. Ce diamant noir porte des feux cruels et nobles. Ils ne blessent que les petites âmes. Ils éblouissent les autres.

Faustroll a créé la 'Pataphysique et inspiré Jarry. De l'inventeur au Transcendant Satrape Raymond Queneau, quelques lustres, un peu d'imagination et une trame qui file en gidouille –


Si tu t'imagines
, poème de Raymond Queneau mis en musique par Joseph Kosma (1949 – pour l'interprétation de Juliette Gréco), ici chanté par Mouloudji, 1951


*crossover 2008 – least but not last*

[...] Il s'agit d'évoquer, cette fois, une oeuvre mettant en lien, de quelque manière que ce soit, littérature et musique.
 

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29 mars 2008 6 29 /03 /mars /2008 00:48

 












Marcel Duchamp. Porte-bouteilles (Séchoir à bouteilles ou Hérisson), 1914 (1964), porte-bouteilles en fer galvanisé, 64,2 x 42 cm (diam.), MNAM, Centre Georges Pompidou, Paris.







Lorsqu'en 1914 Marcel Duchamp acquiert au Bazar de l'Hôtel de Ville un porte-bouteilles, promu au rang d'oeuvre muséale par sa signature, il est un peintre connu et reconnu.
Ses premières peintures s'inscrivent dans la mouvance de l'impressionnisme et il accompagne les tendances de son époque.
Le terme de ready-made (strictement, objet manufacturé prêt à l'emploi) lui apparaît vers 1915 (Duchamp du signe, Ecrits de Marcel Duchamp réunis et présentés par Michel Sanouillet, Collection Champs / Flammarion - p. 191) et Duchamp n'en présentera qu'un petit nombre.

Philippe Collin :
"Les premiers ready-made remontent à quelle année ?"
Marcel Duchamp :
"A 13, 1913. La première chose c'est une roue de bicyclette que j'ai simplement mise sur un tabouret et je l'ai regardée tourner ... Ensuite il y a eu le mouvement, ce n'était pas nécessaire, ensuite il y a eu le porte-bouteilles en 14, ensuite en 15-16 il y en eu d'autres : mais depuis très longtemps je n'en fais pas, vous savez, je n'en fais plus parce que justement, il y a le danger d'en faire trop, parce que n'importe quoi, vous savez , aussi laid que ce soit, aussi indifférent que ce soit, deviendra beau et joli après quarante ans, vous pouvez être tranquille...Alors, c'est très inquiétant pour l'idée même du ready-made."
("Marcel Duchamp parle des ready-made ", extrait d'un entretien avec Philippe Collin, en juin 1967, à la Galerie Givaudan qui présentait une exposition de ready-made, éd. L'Echoppe, 1998)

Depuis 1912, il travaille au Grand Verre, La Mariée mise à nu par ses célibataires, même, et, en 1913, il obtient, par Maurice Davanne, l'oncle de Picabia, un poste de bibliothécaire à la Bibliothèque Sainte-Geneviève, s'affranchissant ainsi du commerce de l'art.


 

 




Marcel Duchamp, Tu m', 1918, huile, crayon sur toile avec goupillon à bouteilles, 3 épingles de sûreté, 1 écrou, Yale University Art Gallery, New Haven.

Le dernier 'tableau', Tu m', composé (à contrecoeur, comme on l'entend dans le titre) à la demande de Katherine Dreier est livré en 1918.
Cependant, un point de rupture pourrait être repéré dès 1911 dans Jeune homme et jeune fille dans le printemps (coll. part.), où l'annonce d'un motif insistant dans l'oeuvre développée à partir de 1913, l'ambiguïté de l'être androgyne (pour Duchamp, le double féminin, la soeur, l'anima), est perceptible.

'Rrose Sélavy', inventé(e) en 1920 pour Fresh Widow [signé 'Rose Sélavy'], CNAC, Centre Georges Pompidou, s'affiche dès 1921 devant l'objectif de Man Ray (Marcel Duchamp travesti en vamp fatale).

Le porte-bouteille, archétype des 'moules mâlics' de La Mariée, est mâle et femelle, en forme de jupe hérissée de pics en érection.

Marcel Duchamp a clairement affirmé que les ready-made n'avaient aucune valeur esthétique *

Lorsque j'ai découvert les ready-made, j'ai essayé de disqualifier l'esthétique. Dans leur néo-dada, ils ont pris mes ready-made et y ont trouvé une beauté esthétique ; je leur ai jeté un porte-bouteilles et un urinoir à la figure, comme un défi, et voici qu'ils les admirent pour leur beauté esthétique !
(Marcel Duchamp à Hans Richter, 19 novembre 1962, cité dans Hans Richter, Dada : Art and Anti-art)

Sens et non-sens sont deux aspects de la même chose et le non-sens a le droit de vivre.
(extrait de l'avant-propos de Paul Matisse à Notes, présentées par Paul Matisse et Pontus Hulten, Collection Champs / Flammarion)

* [et quoi qu'il en soit de leur citation (leur miniature) dans la Boîte en valise, 1938, MNAM, Centre Georges Pompidou]

 

















Il y a comme un malentendu dans la sacralisation populaire et institutionnelle de ces produits de bazar qui, hors des étals du marché, n'ont jamais été des 'oeuvres d'art'.
C'est de démonstration qu'il s'agit.
Depuis la production industrielle de couleurs en tube, prêtes à l'emploi et communément utilisées par les peintres qui oeuvraient dans la nature, avec un léger bagage, un tableau est devenu un 'ready-made' - les impressionnistes utilisaient la couleur pure, par touches juxtaposées, se référant aux recherches sur l'optique antérieures de quelques lustres. On était donc autorisé à considérer une mallette de tubes inscrite au catalogue d'un bazar comme une peinture - l'abstraction émergente n'impliquant plus qu'une oeuvre peinte fût représentative (Balzac, Le Chef-d'oeuvre inconnu) ni même figurative (Fra Angelico, Noli me tangere, ou mieux encore, pour les pans abstraits, La Madone des ombres, vers 1438-1450, Couvent de San Marco, Florence).

Se rappeler qu'un tableau, avant d'être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées.
(Maurice Denis, Revue Art et Critique, 30 août 1890)

Comme les tubes de peintures utilisés par l'artiste sont des produits manufacturés et tout faits, nous devons conclure que toutes les toiles du monde sont des ready-mades aidés et des travaux d'assemblage.
(Marcel Duchamp, in Duchamp du signe, p. 191)

[représentation et figuration devraient être définies ailleurs, plus loin, ultérieurement]

Dans ce contexte de l'histoire des arts et des techniques, n'importe quel ustensile pouvait devenir objet d'art par le choix et la signature de l'artiste.

Un autre aspect du ready-made est qu'il n'a rien d'unique... La réplique d'un ready-made transmet le même message ; en fait presque tous les ready-mades existant aujourd'hui ne sont pas des originaux au sens reçu du terme.
(Marcel Duchamp, in Duchamp du signe, p. 191)

Le peintre ne broyait plus lui-même ses pigments.
La Broyeuse de chocolat (en plusieurs variations) énonce bien, comme Duchamp le déclare, que le célibataire broie tout seul son chocolat (note 118, in Notes).
Le célibataire, bridé de la mariée (bride), ce pourrait être l'ombre réifiée du 'peintre' disparu.
 

 










Marcel Duchamp, Fontaine, 1917, Museum of art, Philadelphie.









Fontaine
est une démonstration anecdotique.

Marcel Duchamp achète un urinoir au magasin de la J. L. Mott Iron Works Company, 115 Fifth Avenue, il date et signe l'urinoir : R. Mutt 1917.
Il y a comme une assonance entre Mott et Mutt et la signature peut suggérer que l'auteur est un pauvre d'esprit.
Duchamp veut faire admettre, anonymement, l'oeuvre auprès de la Society of Independent Artists, à New York, avec la complicité de Walter et Louise Arensberg.
Fountain est refusé.

Au-delà du fait divers - et des multiples décryptages déjà proposés.
La signature, 'Mutt' est reprise, en forme de palindrome, dans le titre de la dernière peinture de Duchamp, Tu m', une insolence, avec ses citations ('Roue de bicyclette', 'Porte-chapeau', 'Stoppages étalon'), ses trompe-l'œil léchés et ses faux trompe-l'œil (les 3 épingles, l'écouvillon, l'écrou), enfin, la main pointant à l'index une toile vierge, comme expansée par un graphisme en ligne claire des Trois Stoppages Etalon. Tu m' est (pseudo) signé par un peintre d'enseignes, Klang (ça sonne).

Fontaine
, tabernacle ouvert et en prolongement phallique, femelle et mâle, motif androgyne persistant jusque dans l'oeuvre ultime et achevée en l'éta(n)t.

 

 







Marcel Duchamp, Etant donnés : 1° La Chute d'eau, 2° Le Gaz d'éclairage, 1946-1966, Museum of art, Philadelphie.

 

Derrière la porte, le bec de gaz est mis à distance de la chute d'eau par l'écart d'un nu dont la blessure (la cicatrice ouverte ?) ne représente pas un sexe féminin.






Une bibliographie bien choisie, pour commencer.


Assez causé !
Musique !

Marcel Duchamp, Erratum musical, 1913

Musique et son accompagnent l'œuvre plastique de Duchamp.
On trouve le descriptif d'une bande son pour le Grand Verre (La Mariée) dans la Boîte Verte, recueil de notes publiées en 1934 et reprises dans Duchamp du signe.
Erratum musical, interprété ici par Stephane Ginsburgh, se compose des 88 notes d'un clavier de piano jouées dans un ordre aléatoire, sans répétition ni accent.
In 'Pataphysics, Sonic Arts Network, 2005 [un livre / cd]

Oui, qu'en est-il d'un clavier bien tempéré ?

[un crossover pourrait-il en cacher un autre ?]

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24 mars 2008 1 24 /03 /mars /2008 01:57

Michel Polacco - Michel Serres
France Info, Le Sens de l'info, 23 mars 2008, 18 h 23

Les primaires semblent captiver la population américaine plus que par le passé. Est-ce le signe d’une évolution de la population ? Michel Serres de retour de Stanford, où il était parti enseigner quelques semaines, observe que la population des Etats-Unis semble plus que d’ordinaire se passionner pour les élections. Phénomène médiatique ou croissance du sens politique de la population. Des résultats sortira la réponse, dit il à Michel Polacco lors de son
entretien dominical.


 

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22 mars 2008 6 22 /03 /mars /2008 22:47
 
 

 

 




En 1964, John Lennon compose A Hard Day's Night (en compagnie de Paul McCartney) et In His Own Write, publié chez Jonathan Cape, London, un recueil de poèmes où il joue avec le mot, the sound of the word, comme il le dit dans un entretien avec Peter Lewis, BBC 2, le 6 juin 1968.






About the Awful

I was bored on the 9th of Octover 1940 when, I believe, the Nasties were still booming us led by Madalf Heatlump (Who only had one). Anyway, they didn't get me. I attended to varicous schools in Liddypol. And still didn't pass-much to my Aunties supplies. As a memebr of the most publified Beatles me and (P, G, and R's) records might seem funnier to some of you than this book, but as far as I'm conceived this correction of short writty is the most wonderfoul larf I've ever ready.
God help and breed you all.
[4è de couverture]

A Hard Day's Night (1964), extraits du film de Richard Lester, 1964.

 

 

 


Paul présente, en Introduction, les textes de John :

[...]
None of it has to make sense and if it seems funny then that's enough.
P.S. I like the drawings too.














Deaf Ted, extrait de In His Own Write, en images d'époque

 

 
et dans le texte

Deaf Ted, Danoota, (and me)
Thorg hilly gove and burly ive,
Big daleys grass and tree
We clobber ever
gallup
Deaf Ted, Danoota, and me.

Never shall we partly stray,
Fast stirrup all we three
Fight the battle mighty sword
Deaf Ted, Danoota, and me.

With faithful frog beside us,
Big mighty club are we
The battle scab and frisky dyke
Deaf Ted, Danoota, and me.

We fight the baddy baddies,
For colour race and cree
For Negro Jew and Bernie
Deaf Ted, Danoota, and me.

Thorg Billy grows and Burnley ten,
And Aston Villa three
We clobber every
gallup
Deaf Ted, Danoota, and me.

So if you hear a wonderous sight,
Am blutter or at sea,
Remember whom the mighty say
Deaf Ted, Danoota, and me -
(sometimes we bring our friend, Malcolm.)

---

John Lennon connaissait Lewis Carroll et reconnaissait y avoir trouvé son inspiration.
(entretien avec Peter Lewis, déjà cité)

Jabberwocky
, in Lewis Carroll, Through the looking-glass (Ce qu'Alice trouva de l'autre côté du miroir)

'Twas brillig, and the slithy toves
Did gyre and gimble in the wabe
All mimsy were the borogoves,
And the mome raths outgrabe

"Beware the Jabberwock, my son!
The jaws that bite, the claws that catch !
Beware the Jubjub bird, and shun
The frumious Bandersnatch!"

He took his vorpal sword in hand
Long time the manxome foe he sought
So rested he by the Tumtum tree,
And stood awhile in thought.

And, as in uffish thought he stood,
The Jabberwock, with eyes of flame,
Came whiffling through the tulgey wood,
And burbled as it came!

One, two! One, two! And through and through
The vorpal blade went snicker-snack!
He left it dead, and with its head
He went galumphing back.

"And, has thou slain the Jabberwock ?
Come to my arms, my beamish boy !
O frabjous day! Callooh! Callay !'
He chortled in his joy.

'Twas brillig, and the slithy toves
Did gyre and gimble in the wabe
All mimsy were the borogoves,
And the mome raths outgrabe.

...

[Alice demande au Gros Coco]

_ Voudriez-vous être assez aimable pour m'expliquer ce que signifie le poème "Jabberwocky" ?
_ Récite-le moi. Je peux expliquer tous les poèmes qui ont été inventés jusqu'aujourd'hui..., et un tas d'autres qui n'ont pas encore été inventés.
Ceci paraissait très réconfortant ; aussi Alice récita la première strophe :

Il était grilheure ; les slictueux toves
Gyraient sur l'alloinde et vriblaient
Tout flivoreux allaient les borogoves
Les verchons fourgus bourniflaient.

_ Cela suffit pour commencer, déclara le Gros Coco. Il y a tout plein de mots difficiles là-dedans. "Grilheure", c'est six heures du soir, l'heure où on commence à faire griller de la viande pour le dîner.
_ Cela me semble parfait
[...]

(trad. Jacques Papy, Jean-Jacques Pauvert, 1961)

---

Dans l'entretien de 1968, Peter Lewis demande à John :

_ A lot of people wrote about your book and said "Oh! James Joyce, Edward Lear" and so on. What did you think when they said that ?
_ Well, when they said James Joyce I hadn't... I must have come across him at school but we hadn't done him like I remember doing Shakespeare and remember doing so-and-so. I remember doing Chaucer a bit, or somebody like him doing funny words. But I don't remember Joyce, you see. So, the first thing they say... "Oh! He's read James Joyce", you know... So I hadn't. And so the first thing I do is buy Finnegans Wake and read a chapter. And it's great, you know, and I dug it, and I felt as though he's an old friend. But I couldn't make it right through the book, and so I read a chapter of Finnegans Wake and that was the end of it. So now I know what they're talking about. But I mean, he just went... he just didn't stop, you know. Yeah.

De fait, la langue improbable forgée par Joyce n'a pas la même fonction que le texte, a little funny, de Lennon (à suivre...).

 

 









En 1965, John Lennon publie, dans la même veine et encore chez Jonathan Cape, A Spaniard in the Works.







L'illustration en couverture joue avec le titre, spaniard / spanner, une clef pour l'assemblage (ou le démontage) des constructions verbales de l'auteur.

A la recherche des ancêtres dans une généalogie du dire, sans remonter à l'idiome primitif imaginé par Anthony Burgess (in La Guerre du feu, 1981), ni même à la Tour de Babel, où le désordre se fit dans le langage jusqu'alors commun (Genèse, 11, 1-9), on rencontrera, près de nous et tout près de notre jardin, Maître Alcofribas Nasier, qui signait aussi François Rabelais, et nous propose, dans Le Quart Livre des faicts et dicts heroïques du bon Pantagruel (Michel Fezandat, 1552), au chapitre XV (Comment par Chiquanous sont renouvelées les antiques coustumes des fiansailles) :

[...]
Loyre se plaignoit de ce que le Record debradé luy avoit donné si grand coup de poing sus l'aultze coubté, qu'il en estoit devenu tout esperruquancluzelubelouzerirelu du talon.
Mais (disoit Trudon cachant l'oeil guausche avecque son mouchouoir, & monstrant son tabourin defoncé d'un cousté) quel mal leurs avoys ie faict? Il ne leurs a suffi m'avoir ainsi lourdement morrambouzevezengouzequoquemorguatasacbacguevezinemaffressé mon paouvre oeil: d'abondant ilz m'ont defoncé mon tabourin.
[...]
La nouvelle mariée pleurante rioyt, riante pleuroyt, de ce que Chiquanous ne s'estoit contenté la daubbant sans choys ne election des membres: mais l'avoir lourdement deschevelée d'abondant luy avoit trepignemanpenillorifrizonoufressuré les parties honteuses en trahison.

Nous vous recommandons également le prologue et le chapitre LVI (Comment entre les parolles gelées Pantagruel trouva des motz de gueule).

---

En 1967, paraissait Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band, Lucy in the Sky with Diamonds.
En 1968, Victor Spinetti adaptait In His Own Write au théâtre. Les représentations s'ouvrirent le 18 juin, à l'Old Vic.
Cette année-là, Yellow Submarine de George Dunning s'affichait sur les écrans.

 




*crossover 2008 - allegretto giocoso*


[...]
Il s'agit d'évoquer, cette fois, une oeuvre mettant en lien, de quelque manière que ce soit, littérature et musique.


to be cuntinude
next weakend or another
au l'onde de l'errerevie

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22 mars 2008 6 22 /03 /mars /2008 22:46




















Llorca Shewan est musicien

Carmen Lhô [extrait], in Couleur Ocre, chez Llorca Shewan

et écrivain.
 
En suivant Carmen Lhô chez les Ocres, viennent Des robots des âmes et des Ocres.
Llorca Shewan n'aurait pas fait semblant de parler de vous s'il n'avait fait exprès de vous parler de lui. A moins que ce ne fût l'inverse.

Musicien... écrivain... et le lien ?

_ la partition indique le tempo pour chaque mouvement

Ouverture --- adagio

et chaque séquence

Tanguisimo --- tanguisimo
[ne cherchez pas, c'est un encodage LlS, un droit de l'auteur]

_ la musique est présente dans le récit
timbre
[...]
tessiture
[...]
une guitare électrique se mit à gueuler tout ce qu'elle savait faire sur deux cordes
[...]
le site de la Baume avait été aménagé avec la secrète intention de créer des effets acoustiques qui visaient à amplifier l'expérience mystique grâce à l'action conjuguée des âmes et du vent
[[ce qui nous rappelle
L'Hélice terrestre]]
[[[digression en mode jdm]]]

Et puis il y a les notations olfactives et les citations discrètes ---
--- Les artistes savent-ils qu'ils peignent avec des restes humains ? demande Cléodraque à Doc Bémol.
Oui, Le Chef-d'oeuvre inconnu, La Belle noiseuse (en version longue exclusivement).

Quand les parfums, les couleurs et les sons se répondent, on peut confirmer avec les Ocres que
les robots ne servent à rien.
[c'était le résumé]

Cléo : Je me disais que, sur le réseau, on peut bien dire tout et n'importe quoi sans pour autant que personne ne puisse vérifier vraiment. (p. 145)

On peut vérifier virtuellement, concrètement si affinités, la présence de
Llorca Shewan, musicien et écrivain.

[crossover 2008 - ouverture]

Ah ! oui ! tag Thom...
genre = inclassable
note = quand on aime on ne compte pas

Vous pouvez maintenant éteindre votre silence en toute sécurité (p. 297)
 

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22 mars 2008 6 22 /03 /mars /2008 22:45

 


















Mon premier voyage, paru en 1936, relève le défi lancé par Phileas Fogg sous la plume de Jules Verne.

Dédicace à André Gide
Mon cher André,
Un jour vous m'avez reproché d'être trop tendu, de ne pas me laisser assez aller et vous citiez comme exemple de mon laisser aller une note du 'Coq et l'Arlequin' où je décrivais le premier jazz band. Vous nous avez aussi donné l'exemple du voyage. Après ces notes de voyage que je vous offre d'un coeur fidèle, le manque de laisser-aller est un reproche que vous ne pourrez plus me faire.
J. C.

extraits

p.19 [Rome]
Le chant des fontaines dénonce la ville véritable, nécropole qui échappe à la pioche de l'ancien manoeuvre Mussolini.

p. 217 sq
Le Lindy Hop, qui règne depuis cinq ans, est une gavotte nègre. Il se danse au Savoy, le dancing noir de Harlem.
Une longue salle basse entourée d'une balustrade. Au milieu, la piste et l'orchestre. Autour, un promenoir, des loges et des tables où les spectateurs et les danseurs consomment des boissons naïves. Lorsque nous arrivâmes, l'orchestre jouait une valse, ou plutôt l'ombre d'une valse, ou plutôt, l'ombre de l'ombre d'une valse, une valse zombie, un motif de valse fredonné par un ivrogne sentimental, et, sur cette valse morte, les couples comme suspendus au plafond, laissaient traîner des jambes et des jupes molles, s'arrêtaient, se penchaient jusqu'à terre, la danseuse couchée sur le danseur, se redressaient lentement et reprenaient la promenade, côte à côte, la main dans la main ou face à face, sans jamais sourire. Valses et tangos sont la seule halte que s'accordent ces âmes blanches, ces somnambules secoués d'un érotisme candide et d'une ivresse rituelle. Soudain l'orchestre ressuscite, les morts qui dansent s'éveillent de l'hypnose et le Lindy Hop les secoue.
Sur quelle herbe ont-ils marché ? Sur le marihuana, l'herbe qui se fume et qui grise. Ces grosses négresses en cheveux et ces petites filles dont la poitrine se cabre et dont pointe la croupe, le chapeau placé comme une gifle, deviennent un lasso que les noirs déroulent et enroulent à bout de bras, un boomerang qu'ils lancent et qui les frappe au coeur après avoir tournoyé dans le vide.
[…]
Le Swing a remplacé le Jazz. C'est le terme nouveau qui désigne un band noir dont la musique tourne et vous boxe l'âme. Au bout de cette petite cave étroite se démènent, sur une estrade, les cinq nègres de l'orchestre le plus pur.
[…]
Le drummer est un nègre d'origine indienne. Il roule son tonnerre et jette ses foudres, l'œil au ciel. Un couteau d'ivoire miroite entre ses lèvres. Près de lui les jeunes loustics d'une noce de campagne se disputent le microphone, s'arrachent de la bouche des lambeaux de musique saignante et s'excitent jusqu'à devenir fous et à rendre folle la clientèle qui encombre les tables. Lorsque le swing s'arrête, un roulement de caisse accompagne les acclamations et les saluts des choristes. Halte ! Les tables s'écrasent contre un mur brutal de silence, et après une stupeur de catastrophe, le Swing empoigne le Boléro de Ravel, le déchire, le malaxe, le scalpe, l'écorche vif, entortille autour de son bâton monotone les pampres écarlates d'un tyrse-vaudou.
 

Louis Armstrong and his Hot Five, Savoy Blues (Kid Ory), 1927 [extrait].

L'écriture de Jean Cocteau est une musique.

[crossover 2008 - en dédicace]

 

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