Lou

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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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23 septembre 2016 5 23 /09 /septembre /2016 00:15
Christos Chryssopoulos, La tentation du vide – Shunyata

Christos Chryssopoulos, La tentation du vide (Σουνυάτα, Odysséas, Aehènes, 1999), traduit du grec par Anne-Laure Brisac, Actes Sud, 2016

 

21 mars 1951. Sur la côte Ouest des États-Unis, la petite ville de Williamstown se réveille. Elle ne sait pas encore que le plus terrible des drames l’a frappée durant la nuit : quatorze adolescents s’y sont donné la mort.

Williamstown est une bourgade sans histoire, terne et tranquille, un peu coupée du monde. On ne tenait pas ces jeunes pour particulièrement malheureux. Que s’est-il passé ? Le FBI enquête, mais les indices exhumés relèvent davantage de préoccupations métaphysiques que criminelles…

Pour effleurer le mystère de l’existence, Christos Chryssopoulos embarque sur le Styx en quête de sens et ramène de son voyage un roman fragmenté, profond et troublant, qui préfère aux réponses la vertigineuse beauté des questions et du doute.

4e de couverture

Christos Chryssopoulos, La tentation du vide – Shunyata

Romancier, essayiste et traducteur né en 1968, Christos Chryssopoulos est l’auteur d'une quinzaine d'ouvrages. Lauréat du prix de l’Académie d’Athènes en 2008, membre du Parlement culturel européen, il est en Grèce l’un des écrivains les plus prolifiques et les plus originaux de sa génération. Ses romans sont publiés en France chez Actes Sud.

4e de couverture

 

Incipit

 

20 mars 1951. Rien de particulièrement notable ne se produisit dans la tranquille bourgade de Williamstown, sur la côte Ouest. Et si un événement inédit marqua cette soirée-là, ce fut sans aucun doute celui qui se répéta à quatorze reprises dans le secret de onze demeures de la ville, entre les parois de chambres d'adolescents à l'étage. Mais personne ne se rendit compte de quoi que ce soit – avant le lendemain matin.

 

Williamstown était forte de son passé et ses habitants en étaient fiers. C'était une petite ville tranquille jusqu'au soir du 20 mars 1951.

 

21 mars 1951, au matin.

 

4, rue Jefferson, Sarah, dix-sept ans, s'est entaillé les veines.

Au coin des rues Whitman et Tweed, Milt s'est pendu au lustre de sa chambre.

12, rue Whitman, Patrick, vingt ans, s'est empoisonné sur la une du Portland Chronicle.

1, rue du Parc, Jennifer, seize ans, s'est jetée par la fenêtre sur un tas de ferraille entassée dans la cour.

Place Darsey Manning, Herman s'est injecté de l'air dans le sang.

8, rue Capri, Darlene et Marlene, les deux jumelles, se sont tranché les veines dans une même bassine en argent.

Maison des Brown, Allan gît dans un coin, les entrailles dévorées par le vitriol.

19, rue Fulton, Tony reste écroulé, un revolver dans la main, le visage déchiqueté par une balle.

A la mairie, Mary, Joan et Ann, trois sœurs, se sont empoisonnées.

2, rue Milton, Michael était étendu sur le sol, comme endormi, il était mort.

7, rue Milton...

 

A l'église, le révérend Brown est effondré dans une flaque de sang.

 

Qui était Betty Carter ? Une enfant dans un monde fantasque. Comment sa sœur aînée, Hillary, est-elle tombée d'un arbre, plongeant son père dans un silence ténébreux et sa mère dans une dépression délirante ?

Betty se lia d'une amitié pieuse avec le révérend Brown.

Quand les Carter quittèrent leur hameau dans la forêt pour s'installer à Williamstown, 7, rue Milton, les choses reprirent leur cours.

Un matin, Gertrud vint réveiller sa fille, elle gisait dans une flaque de sang : Betty allait fêter ses dix-neuf ans.

 

Qui est l'énigmatique Antonios Pearl ?

On ne connaît de lui qu'une brève chronologie aussi incertaine que partielle. Antonios Pearl est un errant dans un monde de bruit et de fureur. Il aurait été mêlé aux événements de Williamstown. L'affaire est classé en 1970, l'année de la mort de Janis Joplin et de Jimi Hendrix, l'année du retrait des troupes américaines du Vietnam.

 

Jimi Hendrix, The Star Spangled Banner, Woodstock, 1969

 

Neuf ans après les événements de Williamstown fut découverte une longue lettre (53 pages dans notre édition) de Pearl à Betty. Un texte fascinant, tout en zig-zags et en louvoiements.

Une invitation à la mort. Dieu a créé le temps, Dieu a créé la mort, Il nous invite à la mort, au vide – Shunyata.

On ne saurait en dire plus de ces pages sans dévoiler le mystère.

 

Un récit en fragments, des questions sans réponse, une œuvre majeure.

Christos Chryssopoulos, La tentation du vide – Shunyata

2016, année grecque, avec Cryssilda et Yueyin !

 

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15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 00:15
Peter Ackroyd, Trois frères – dans notre monde obscur

Peter Ackroyd, Trois frères (Three Brothers, Chatto & Windus, Londres, Peter Ackroyd, 2013), traduit de l'anglais par Bernard Turle, Editions Philippe Rey, 10/18, 2015 – couverture : Cheeri / photo : © Haywood Magee/Getty Images

Peter Ackroyd, Trois frères – dans notre monde obscur

Né à Londres en 1949, Peter Ackroyd est l’une des plumes les plus brillantes de la littérature anglo-saxonne. Il est l’auteur de plusieurs best-sellers Outre-Manche et il a reçu de nombreux prix pour des biographies, dont celles de Shakespeare ou de William Blake, autant que pour son abondante œuvre romanesque.

Selon l'éditeur

 

Londres, les années 1960. Père déchu, mère enfuie, les fils Hanway se sont élevés seuls : Harry, l’ambitieux aîné, fait carrière dans la presse ; Daniel, cadet introverti, est un critique littéraire redouté ; quant à Sam, le rêveur, il vagabonde… Chacun sa voie. Jusqu’au jour où une sombre histoire de meurtre les réunit, les révélant à eux-mêmes de manière tragique… Entre satire sociale et roman noir, cet attachant portrait nous plonge dans « l’âme » de Londres, véritable héroïne de ce roman magnifique et captivant.

 

« Entre Dickens pour le contexte et Shakespeare pour les sentiments. Du grand, très grand ! »

Madame Figaro

4e de couverture

 

Incipit

 

I

Sandwiches fromage-cornichons

 

Dans la commune de Camden, au nord de Londres, en plein milieu du siècle dernier, vivaient trois frères : trois jeunes garçons, nés à un an d’intervalle. Ils partageaient un point commun remarquable : tous trois étaient nés à la même heure, le même jour du même mois – pour être précis, à midi, le 8 mai. La probabilité était faible, quasi inconcevable. Et pourtant, il en allait ainsi. Après la naissance du troisième enfant, le journal local rapporta la coïncidence et les fils Hanway furent l’objet de nombreuses conjectures. Etaient-ils d’une manière ou d’une autre distingués par le destin ? Existait-il entre eux, en plus de leur affinité naturelle, une sorte de communion insaisissable ? Bien sûr, l’intérêt retomba vite dans un quartier où les difficultés du quotidien étaient encore patentes quatre ou cinq ans à peine après la guerre. D’ailleurs, il existait entre les frères des différences (de tempérament, de sensibilité) qui bientôt se firent jour.

 

Daniel est un étudiant brillant, Sam, un rêveur, et Harry, un homme d'action.

 

Harry Hanway quitte l'école à seize ans, devient coursier pour Le Clairon de Camden, puis journaliste. A la recherche d'une information sur sa mère disparue, il consulte les archives du tribunal : elle a été condamnée à trois mois de prison, en 1957, pour racolage et outrage aux bonnes mœurs – voilà pourquoi elle avait disparu.

Harry s'aperçut d'un coup que, ayant désormais le fin mot de l'histoire, il ne pouvait plus continuer de vivre avec ses frères.

Il fait sa valise et loue un meublé sur Carver Street. Au café ouvrier Zodiac, il rencontre Hilda, jolie et drôle. Ils deviennent amis bien avant d'être amants.

Harry remporte un concours lancé par le Morning Chronicle : il s'agissait de rédiger le profil d'une personnalité de son choix. Il choisit Simon Sim, l'incendiaire qu'il a arrêté dans une église et qui lui a valu ses débuts de journaliste. Harry le rencontre à Wormwood Scrubs, une prison rongée par les vers, où il purge sa peine de trois ans : il parle du Blitz, toujours le feu, dans son enfance.

C'est ainsi que Harry Hanway, à l'âge de dix-huit ans, devient reporter au Morning Chronicle.

 

Daniel Hanway, l'érudit, poursuit ses études dans la petite chambre de la cité ouvrière où vit son père, en se tenant à l'écart du monde. Dans son journal, il se plaint de la vulgarité des gens du quartier. Il est admis à Cambridge : enfin ma vie commence.

 

Sam Hanway est un solitaire, plongé dans ses rêves, loin de l'école. Il se prend de piété naïve, il est engagé comme jardinier dans un couvent. Mère Placentia apprend de lui qu'il y a au dehors des pauvres et des affamés. Elle institue un repas de charité servi par Sam aux grilles du couvent – jusqu'au jour où le couvent, les clochards, les religieuses s'évaporent : un rêve ?

 

Hilda a trouvé une place de serveuse dans un petit café de Bayswater, le On verra bien !. Elle aide les pauvres qui n'ont pas de quoi payer leur écot et elle refile des tuyaux à Harry : elle réussit à intégrer le bureau d'Asher Ruppta, un affairiste, un escroc.

 

Harry est promu directeur adjoint du Chronicle. Daniel est élu professeur assistant à Cambridge. Sam est devenu l'homme à tout faire d'Asher Ruppta.

 

Jusqu'au jour où... Sam, venu apporter des documents à Asher Ruppta, chez lui, à Highgate, découvre son cadavre, la gorge tranchée.

Les frères vont-ils se retrouver ?

 

Une vue perçante, tranchante, juste, de notre monde moderne et cruel.

 

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7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 00:15
Kim Thúy, Vi – Précieuse minuscule microscopique

Kim Thúy, Vi, Les Editions Libre Expression, Montréal, 2016 – Editions Liana Levi, 2016 ; couverture : D. Hoch ; photo : Philippe Chaplain

 

Thủy, Đàn Tranh, musique traditionnelle vietnamienne – La Guêpe (?)

Kim Thúy, Vi – Précieuse minuscule microscopique

Au temps de l'Indochine, le domaine de la famille Lê Van An englobe d'immenses terres et une vaste demeure où s'affairent près de trente domestiques. C'est là que naît le père de Vi, avec le destin d'un prince comblé que l'histoire va déchoir de son royaume. Dans l'ombre dévolue aux femmes, son épouse dirige d'une main de fer l'exploitation fragilisée par les réformes, puis la guerre. Lorsque Vi voit le jour, le dix-septième parallèle sépare déjà le Nord du Sud. La réunification et la chasse aux possédants l'obligent à fuir son pays sur un bateau de fortune. En quittant Saigon pour Montréal, celle dont le prénom signifie "minuscule" et "précieuse" devra apprendre à apprivoiser la grande vie et ses tumultes. Et à saisir les hasards qui lui ouvriront à nouveau, un jour, les portes du pays natal.

 

Kim Thuy est née en 1968 à Saigon en pleine guerre du Vietnam. A l'âge de dix ans, elle fait partie des centaines de milliers de boat people fuyant le régime communiste. Installée à Montréal, elle exerce différents métiers – couturière, interprète, avocate ou encore restauratrice – avant de se consacrer à l'écriture. En 2010, Ru devient un best-seller en France et au Québec. Traduit dans plus de vingt pays, il obtient le Prix du Gouverneur général et le Grand Prix RTL-Lire. Avec Mãn (2013) et Vi (2016), Kim Thuy poursuit l'exploration de son identité double, liant avec force et légèreté le passé et le présent, la mémoire et l'intime.

4e de couverture

 

Kim Thúy a effectué un double cursus universitaire à l'Université de Montréal : diplômée en linguistique et traduction en 1990 et en droit en 1993. Elle a alors été couturière, traductrice, interprète, avocate, restauratrice, chroniqueuse culinaire et, depuis 2009, romancière « par accident », comme elle le dit en riant.

 

Incipit

 

J'avais huit ans quand la maison a été plongée dans le silence.

Sous le ventilateur d'appoint apposé au mur blanc ivoire de la salle à manger, un grand carton rigide rouge vif portait un bloc de trois cent soixante-cinq feuilles. Chaque feuille indiquait l'année, le mois, le jour de la semaine et deux dates : une selon le calendrier solaire et une autre selon le calendrier lunaire. Dès que j'ai été capable de grimper sur une chaise, on m'a réservé le plaisir d'enlever une page à mon réveil. J'étais la gardienne du temps. Ce privilège m'a été retiré quand mes frères aînés Long et Lộc ont eu dix-sept ans. À partir de ce jour d'anniversaire, que nous n'avons pas célébré, ma mère pleurait chaque matin devant ce calendrier. J'avais l'impression qu'elle se déchirait en même temps qu'elle arrachait la feuille du jour. Le tic-tac de l'horloge qui d'habitude nous endormait au moment de la sieste de l'après-midi sonnait soudainement comme celui d'une bombe à retardement.

J'étais la petite dernière, la seule sœur de mes trois grands frères, celle que tout le monde protégeait comme les précieuses bouteilles de parfum derrière des portes vitrées. Même si j'étais tenue à l'écart des préoccupations de la famille en raison de mon âge, je savais que les deux plus vieux devraient partir sur un champ de bataille le jour de leurs dix-huit ans. Qu'ils soient envoyés au Cambodge à combattre Pol Pot ou à la frontière avec la Chine, les deux destinations leur réservaient le même sort, la même mort.

[…]

Mon prénom, Bào Vi, illustrait l'intention de mes parents de « protéger la plus petite ». Si l'on traduit littéralement, je suis « Précieuse minuscule microscopique ».

 

Un récit autobiographique, un de plus, où Kim Thúy conte son odyssée de Saïgon vers Montréal, en passant par Copenhague, Manhattan, Shanghaï, Berlin, Hanoï, à la recherche de son intégration dans un nouveau monde – l'histoire d'un déracinement et d'une construction de soi.

Les lieux et les saisons se bousculent en errance comme dans un rêve.

L'écriture est élégante.

 

Magique ! nous dit Yueyin.

 

Et pourtant, l'ensemble paraît léger, peu consistant, légèrement ennuyeux dans sa flânerie – l'ennui est éminemment subjectif !

 

Kim Thúy présente Vi

 

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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 00:15

LIMINAIRE

Vivement les congés payés ! – Sara Seale, La cage d'argent

Jean-Pierre Coasne, Vivement les congés payés ! – linogravure, 2016

Vivement les congés payés ! – Sara Seale, La cage d'argent

Remerciements à Jean-Pierre Coasne, qui nous a autorisé à reprendre ici son travail d'artiste – que l'on ne saurait confondre avec les petits romans que nous chroniquons pour la plage.

Vivement les congés payés ! – Sara Seale, La cage d'argent

Sara Seale, La cage d'argent (The Silver Sty, 1942), traduction française, Harlequin, 1982

 

Lors d’une soirée organisée au manoir de Fallow, Sarah rencontre un séduisant inconnu, bien différent des autres… Quelle n’est pas sa stupeur, lorsqu’elle découvre enfin son identité : il n’est autre que son tuteur, James Fane, dont elle redoutait tant le retour !

Le nouveau venu va-t-il imposer sa loi et inculquer les bonnes manières à sa fougueuse pupille, qui aime vivre à sa guise, sans souci des convenances ?

Certes non, l’adolescente ne l’entend pas de cette oreille… Mais aura-t-elle le dessus ?...

4e de couverture

Vivement les congés payés ! – Sara Seale, La cage d'argent

Sara Seale was the pseudonym by Mary Jane MacPherson (d. March 11, 1974) and/or A.D.L. MacPherson (d. October 30, 1978), a British writing team of over 45 romance novels as from 1932 to 1971. Seale was one of the first Mills & Boon's authors published in Germany and the Netherlands.

 

Incipit

 

A l'intérieur, quelqu'un jouait au piano J'aurais pu danser toute la nuit. C'était étrange, songea James, debout devant la porte dont il venait de presser la sonnette. Treize ans auparavant, par une soirée d'été semblable à celle-ci – celle où Clare avait rompu avec lui... – il avait entendu la même mélodie, se mêlant dans l'air chaud et embaumé au clapotis de la rivière toute proche...

 

George Cukor, My Fair Lady, 1964, un film inspiré de la pièce de George Bernard Shaw, Pygmalion, 1914 – I could have danced all night

 

Finis coronat opus

 

Oui, acqiesça-t-elle, souriant à travers ses larmes. En souvenir...

Nous en cueillerons beaucoup d'autres, Sarah.

Glissant tendrement son bras autour de ses épaules, il l'entraîna vers l'escalier.

 

Remerciements à Patrick Szymanek qui nous a offert ce beau livre.

 

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17 août 2016 3 17 /08 /août /2016 00:15

LIMINAIRE

Vivement les congés payés ! – Karen Van Der Zee, Les ombres d'Amsterdam

Jean-Pierre Coasne, Vivement les congés payés ! – linogravure, 2016

Vivement les congés payés ! – Karen Van Der Zee, Les ombres d'Amsterdam

Remerciements à Jean-Pierre Coasne, qui nous a autorisé à reprendre ici son travail d'artiste – que l'on ne saurait confondre avec les petits romans que nous chroniquons pour la plage.

Vivement les congés payés ! – Karen Van Der Zee, Les ombres d'Amsterdam

Karen Van Der Zee, Les ombres d'Amsterdam (Waiting, 1982), traduction française, Harlequin, 1983

 

« Je vous en prie, Lex, ne vous enfermez pas dans le silence. Cela ne vous aidera pas à oublier le passé, croyez-moi... »

« Douce Andréa, pourquoi vous souciez-vous tellement de moi ? »

Pourquoi ? Parce qu'elle comprend parfaitement le désespoir de cet homme qui a surgi un soir dans sa vie. Ils ont tous les deux perdu l'être qu'ils aimaient. Mais Andréa a su retrouver la force d'espérer. Et elle doit la communiquer à Lex...

Il le faut, pour que la jeune femme continue à avoir confance en l'avenir...

4e de couverture

Vivement les congés payés ! – Karen Van Der Zee, Les ombres d'Amsterdam

Windela Kilmer (born 26 May 1947 in the Netherlands) is a popular globetrotting writer of over 33 romance novels since 1979 as Karen Van der Zee. She also signed two novels as Mona Van Wieren and she received a RITA for Rhapsody in Bloom.

Vivement les congés payés ! – Karen Van Der Zee, Les ombres d'Amsterdam

Incipit

 

Quelque chose était en train de brûler !

Les clefs à la main, Andréa se figea devant l'entrée de son appartement situé sous les combles. Pendant quelques secondes, une éternité, elle demeura immobile, les yeux fixés sur la porte. Puis, lentement, elle regarda sa main tremblante : elle n'avait pas besoin des clefs, la porte était ouverte.

 

Dès la première ligne, c'est chaud !

L'éternité... ce ne sont que quelques secondes.

Quand la porte est ouverte, on n'a pas besoin des clefs – on connaît son Musset.

 

Andréa est seule, à Amsterdam, sous les combles, elle a appris à vivre avec sa solitude depuis la mort de Bart. Lex vient de surgir dans sa vie. Il est seul, depuis la mort de sa femme.

Andréa quitte le bureau de bonne heure et rentre chez elle à pied.

 

Nourritures terrestres

 

Un peu de laitue, un œuf dur, une tomate, une tranche de jambon et un plat de macaroni.

 

Finis coronat opus

 

Andréa ! Comment vous expliquer... J'ignorais qu'il me serait un jour possible de connaître un tel bonheur, une joie aussi parfaite.

Elle se blottit contre lui sans répondre.

Vous savez, murmura-t-il après un court silence, nous vieillirons ensemble, vous et moi. Je le sens. Rien ne nous arrivera. Nous deviendrons très vieux...

Il parlait avec une conviction absolue, comme s'il venait de signer un pacte avec le destin, un pacte qui ne serait jamais rompu.

Oui, répliqua-t-elle en levant son visage vers lui. J'en suis sûre, moi aussi.

 

Remerciements à Patrick Szymanek qui nous a offert ce beau livre.

 

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9 août 2016 2 09 /08 /août /2016 00:15

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Vivement les congés payés ! – Lori Herter, Jaloux de tout

Jean-Pierre Coasne, Vivement les congés payés ! – linogravure, 2016

Vivement les congés payés ! – Lori Herter, Jaloux de tout

Remerciements à Jean-Pierre Coasne, qui nous a autorisé à reprendre ici son travail d'artiste – que l'on ne saurait confondre avec les petits romans que nous chroniquons pour la plage.

Vivement les congés payés ! – Lori Herter, Jaloux de tout

Lori Herter, Jaloux de tout (The Temptress Touch, Dell Publishing Co., 1985), traduction française : Edimail S. A., 1986

 

Linda, jeune femme active et indépendante, tient beaucoup à sa liberté. Aussi, quand Jack lui propose le mariage, sa première réaction est de refuser. Se lier à un homme pour la vie la terrorise !

Mais Jack, possessif et jaloux, ne peut comprendre et décide de rompre... Linda n'a alors qu'un recours : reconquérir sa confiance et son amour en se pliant à ses conditions. Acceptera-t-il de revenir sur sa décision ? Rien n'est moins sûr...

4e de couverture

Vivement les congés payés ! – Lori Herter, Jaloux de tout

Lori Herter grew up in the suburbs of Chicago, graduated from the University of Illinois, Chicago Campus, and worked for several years at the Chicago Association of Commerce & Industry. She married her husband, Jerry, a CPA, and they moved to Southern California a few decades ago. They still live there with their cat, Jasmine.

 

Incipit

 

Linda se laissa tomber dans un gros fauteuil de cuir marron et contempla pensivement le feu qui pétillait dans l'âtre. Des bruits de vaisselle lui parvenaient de la pièce voisine. Linda avait proposé à ses hôtes de les aider à débarrasser la table, mais Ginger et Devin MacPherson n'avaient même pas voulu en entendre parler, lui suggérant plutôt de s'installer dans le salon en les attendant. Dans ce salon où, exactement six semaines auparavant, ils avaient été quatre à se disputer : Devin, Ginger, elle-même et... Jack.

 

Marron, le cuir, c'est important ! On ne trompe pas le lecteur.

Le feu pétille dans l'âtre. Autrement, c'est un incendie.

Ginger et Devin... lui suggérant plutôt de s'installer dans le salon en les attendant. De s'installer plutôt dans le salon – on n'est pas loin du cuir.

 

Finis coronat opus

 

Ivre de bonheur, Jack la pressa de toutes ses forces contre sa poitrine. Il pencha la tête vers elle et leurs lèvres s'unirent. Ils échangèrent un long baiser tumultueux, puis Jack la renversa sur le canapé, dérangeant Max qui n'eut que le temps de sauter à terre. Linda ferma les yeux et s'offrit sans retenue aux caresses de son mari, brûlant déjà d'une fièvre qu'il était seul capable d'apaiser. Une fois de plus la magie de l'amour estompa autour d'eux les contours de la réalité.

 

Ivre de bonheur, et de pétillant, Jack la pressa de toutes ses forces contre sa poitrine, et il l'étouffa... Mais non ! Ils échangèrent un long baiser tumultueux, puis Jack la renversa sur le canapé, c'est violent ! Max est un chat. Linda ferme les yeux, on la comprend, et elle s'offre sans retenue, brûlant déjà d'une fièvre … C'est chaud ! Une fois de plus la magie de l'amour...

 

Jerry Lewis, The Nutty Professor, 1963 – That old black magic of love

 

Remerciements à Patrick Szymanek qui nous a offert ce beau livre.

 

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1 août 2016 1 01 /08 /août /2016 00:15

LIMINAIRE

Vivement les congés payés ! – Marion Smith Collins, Île de corail

Jean-Pierre Coasne, Vivement les congés payés ! – linogravure, 2016

Vivement les congés payés ! – Marion Smith Collins, Île de corail

Remerciements à Jean-Pierre Coasne, qui nous a autorisé à reprendre ici son travail d'artiste – que l'on ne saurait confondre avec les petits romans que nous chroniquons pour la plage.

Vivement les congés payés ! – Marion Smith Collins, Île de corail

Marion Smith Collins, Île de corail, (Foxy Lady, 1988), traduction française de Chantal Vaillant, Harlequin, 1989

 

Marion Smith Collins est née en 1935 et en Géorgie, elle est morte un 24 février 2002, dans un incendie.

 

Une ravissante chanteuse de blues aux cheveux de flamme, un très sérieux professeur d'université au regard troublant derrière ses lunettes, une île de rêve cernée de massifs coraliens au milieu du Pacifique…

L'amour est là, à portée de la main, mais Amanda se rebelle. Non ! Elle ne tombera pas amoureuse ! Non ! Elle ne succombera pas au charme de Gary ! Son indépendance, elle l'a durement gagnée. Elle ne veut pas prendre le risque de souffrir encore…

4e de couverture

 

Incipit

 

D'un air décidé, Gary Lowell déboutonna sa veste, étendit les bras sur les sièges voisins du sien et croisa les genoux. Confortablement installé, il contempla d'un œil amusé le spectacle bruyant et coloré qu'offrait la foule des passagers qui attendaient d'embarquer sur le même vol que lui.

 

Il y en a qui déboutonnent leur veste d'un air hésitant, lui, non. Il y en a qui croisent les jambes, lui, les genoux seulement – ce qui est plus délicat. Il entend d'un œil le bruit de la foule, et, avec les oreilles... il contemple le spectacle coloré.

 

Une hôtesse fixe avec un intérêt non dissimulé [sous son corsage] son torse musclé, ses larges épaules, ses longues jambes élancées [un homme, en somme].

 

Une silhouette féminine à la chevelure cuivrée retient son attention – il l'a déjà vue quelque part (peut-être dans La cantatrice chauve... *).

 

Gary voyage avec sa fille, Sandy, seize ans, une jeunesse au visage mutin, il a quarante ans et il est veuf.

Amanda voyage avec son fils, David, dix-huit ans, un jeune homme calme – il n'a pas connu son père.

En rejoignant leurs places, en première classe [un minimum], Amanda et Gary se frôlent en un trouble chez lui, une chaleur en elle. Son parfum sensuel, léger, insistant, un peu sucré, flottait au-dessus des sièges recouverts de tissu gris pâle [nous cherchons le parfum léger et insistant ; le tissu gris pâle est essentiel : un parfum sensuel est moins sucré au-dessus d'un cuir bleu].

 

Sandy et David semblent faits l'un pour l'autre.

Une double idylle s'engagerait-elle ?

 

A l'arrivée, Tahiti accueille les voyageurs en musique et en leur offrant des guirlandes de fleurs. Amanda et David attendent le bus local pendant que Gary et Sandy montent dans une luxueuse limousine noire, rutilante sous le soleil [le rouge et le noir] ; un chauffeur en uniforme gris leur ouvre la portière et s'occupe de leurs bagages.

L'hôtel est parfait, les chambres, lumineuses, le service souriant.

Elle [Amanda] admira longuement le coucher du soleil qui couvrait d'or le sable de la plage et se reflétait à l'horizon en d'innombrables flaques orangées ondulant au gré des vagues.

Et voyez comme les choses sont bien faites ! Gary et Sandy sont descendus dans le même hôtel ! Au restaurant du bord, un immense et somptueux buffet attend les convives. Gary s'invite à la table d'Amanda : ils papotent, ils rougissent. Pendant ce temps, David et Sandy s'empiffrent au buffet – ça mange à cet âge-là !

 

Pourrait-on s'poiler ? Il y aurait de d'qué. Spoiler, de l’anglais spoiler / spoil, de l'ancien français espoillier (les British nous ont tout pris : mail vient du français malle, pour malle-poste), du latin spoliare.

 

Seulement les derniers mots : Ce sera le paradis.

 

Remerciements à Patrick Szymanek qui nous a offert ce beau livre.

 

- - -

 

NOTE

* Eugène Ionesco, La cantatrice chauve, scène IV

[M. Martin] – Mes excuses, Madame, mais il me semble, si je ne me trompe, que je vous ai déjà rencontrée quelque part.

 

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25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 00:15

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Vivement les congés payés ! – Kay Hooper, La rose des tropiques

Jean-Pierre Coasne, Vivement les congés payés ! – linogravure, 2016

Vivement les congés payés ! – Kay Hooper, La rose des tropiques

Remerciements à Jean-Pierre Coasne, qui nous a autorisé à reprendre ici son travail d'artiste – que l'on ne saurait confondre avec les petits romans que nous chroniquons pour la plage.

Vivement les congés payés ! – Kay Hooper, La rose des tropiques

Kay Hooper, La rose des tropiques (Shades of gray, 1988), traduction française de Pascale de Lataillade, Presses de la Cité, Collection Passion, 1989

Vivement les congés payés ! – Kay Hooper, La rose des tropiques

Kay Hooper – photo : Claudio Marinesco – est née en 1958 et en Californie, elle aime les chats.

 

Séduction et charme, telles sont au prime abord les qualités d'Andres Sereno. Mais l'homme devient impitoyable lorsque entre enjeu son île de Kaldeira... ou la sécurité de Sara Marsh. L'enlever reste le seul moyen de la protéger et sa dernière chance de lui faire admettre son amour... La destinée est venue frapper le cœur de la jeune femme. La force sera-t-elle donnée d'aimer celui dont l'âme semble entachée de zones obscures ?

4e de couverture

 

Qui dira cet obscur objet du désir ?

 

Incipit

 

Hagen leva les yeux, véritablement surpris. C'était rare chez cet homme qui avait connu une carrière mouvementée. Mésange Long venait de faire irruption dans son bureau, suivie de l'imposant Zach Steele.

Salut ! lança-t-elle avec décontraction.

Comment êtes-vous entré dans cette maison ? lui fut-il froidement répondu.

La jeune femme secoua la tête d'un air de condescendance tout en s'asseyant sur un coin du bureau de Hagen.

 

L'homme est véritablement surpris. Il y a parfois des surprises comme chez Marivaux...

Mésange Long fait irruption – c'est violent –, dans son bureau – évidemment, il ne travaille pas en usine.

Comment êtes-vous entré dans cette maison ?

Elle ne répond pas : par la porte ou par une fenêtre ouverte ; ni : par ton c..., ce qui ne sied pas au genre ; elle ne répond pas !

Elle secoue la tête d'un air de condescendance – on cherche le secouement de tête condescendant, chez une femme.

Pas gênée, elle s'assied sur un coin du bureau de Hagen.

 

Elle était trop en colère pour avoir peur. L'injection qu'ils lui avaient faite avait agi rapidement, et elle fut à peine surprise de se réveiller dans la cabine d'un bateau. Tenant sa tête douloureuse d'une main, elle s'assit sur la couchette, et découvrit, à travers le hublot, l'Océan à perte de vue. Cela ne l'étonna pas non plus. On devait être vers le milieu de l'après-midi, le lendemain de celui où ils l'avaient enlevée. Elle avait dormi longtemps.

 

Elle était trop en colère pour avoir peur.

La colère chasse la peur, c'est bien connu.

Elle fut à peine surprise de se réveiller dans la cabine d'un bateau.

C'est vrai, ça, en croisière on se réveille en bateau.

Tenant sa tête douloureuse d'une main, elle s'assit sur la couchette,

prévue pour se coucher...

et découvrit, à travers le hublot, l'Océan à perte de vue. Cela ne l'étonna pas non plus.

Depuis un bateau, on voit l'Océan, ce n'est pas étonnant.

On devait être vers le milieu de l'après-midi, le lendemain de celui où ils l'avaient enlevée. Elle avait dormi longtemps.

Une femme...

 

Kadeira n'a pas changé depuis deux ans, Sara se souvient : longue limousine, maison bourgeoise, luxe, calme et chaste volupté.

Sur l'île, Lucio, le chef des rebelles, en veut à Andres. Celui-ci a fait enlever Sara pour la protéger et pour un mois seulement – et plus, si affinités.

 

Je ne vous hais pas.

Sara le dit à Andres. La situation est cornélienne.

[…]

Je vous aime.

Mi corazón...

Sa bouche rejoignit celle de la jeune femme en un baiser d'une inexprimable tendresse. Une de ses mains remonta le long de son dos, soupesant sa chevelure soyeuse, tandis que l'autre descendait vers ses hanches.

 

La photo est en couverture.

 

S'ensuit une routine romantique, souflles rauques et vêtements qui s'envolent...

 

Leurs vêtements volèrent en tout sens, mais seul le choc de leurs corps brûlants et avides parvint à la conscience de Sara. Elle ne savait pas s'il la transportait sur le lit ou si elle flottait, et c'était sans importance.

 

Nous ne saurions publier la suite, des enfants nous lisent...

 

Finis coronat opus

 

Je te croyais forte, mi corazón, et je ne me trompais pas.

Sara se haussa sur la pointe des pieds pour l'embrasser.

On verra, mon chéri. Mais avec toi, je me sens des forces décuplées.

 

Je te croyais forte, mi corazón, et je ne me trompais pas : un homme ne se trompe jamais.

Sara se haussa sur la pointe des pieds pour l'embrasser : l'homme est toujours jeune, riche, beau, intelligent, et très grand ; la femme est blonde, mince, petite – avec un brin de fitness.

On verra, mon chéri. Mais avec toi, je me sens des forces décuplées : là, c'est chaud, on sent que ça décuple de partout.

 

Remerciements à Patrick Szymanek qui nous a offert ce beau livre.

 

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19 juillet 2016 2 19 /07 /juillet /2016 00:15

Un pays de bruine, brume et pluie.

Gaëlle Nohant, L'ancre des rêves – la peur et la lumière

Gaëlle Nohant, L'ancre des rêves, illustration © Letizia Goffi, Robert Laffont, 2007

Gaëlle Nohant, L'ancre des rêves – la peur et la lumière

Née à Paris en 1973, Gaëlle Nohant vit aujourd’hui à Lyon. L’Ancre des rêves est son premier roman.

Gaëlle Nohant, L'ancre des rêves – la peur et la lumière

« – Dis donc, gamin, on t'a pas appris qu'c'était pas poli de zieuter comme ça ? J'aime pas les malins.

Fais bien attention à toi.

Les morts marchent, ce soir.

Fais bien attention à toi.

Un long frisson le frigorifia comme une bourrasque giflant un corps trempé.

Les morts marchent, ce soir.

Une comptine dont il avait perdu le souvenir lui traversa la tête.

"Faut boire à la santé des gars

Qui sont coulés, au fond, en tas." »

 

Dans un petit village de la côte bretonne, chaque nuit, les enfants Guérindel, Benoît, Lunaire, Guinoux et le petit Samson, sont en proie à des cauchemars terrifiants qu'ils taisent à leurs parents... Enogat, leur mère, a toujours interdit à ses quatre fils d'approcher le bord de l'eau. Est-ce seulement pour les protéger des dangers de la nature ? Ou d'une autre menace qui ne dit pas son nom ?

Entre conte fantastique et roman d'initiation, L'Ancre des rêves sonde le mystère des peurs d'enfant.

4e de couverture

 

« …Dans notre partie de la Bretagne – la Cornouaille, l’Armorique – persiste la vieille croyance celte selon laquelle la mort est simplement un pas – un passage – entre deux stades de l’existence humaine. Qu’il y a de nombreux stades, que cette vie en est un, et que de nombreux mondes existent simultanément, concentriquement, et s’interpénètrent peut-être ici ou là. De sorte qu’il y a des espaces incertains – la nuit noire, le rideau d’écume au point de rencontre de la terre ferme et de l’océan mouvant, lequel est toujours le seuil de la mort pour les hommes qui le traversent en tous sens – des messagers pourraient bien rôder entre ces zones. »

A.S. BYATT, Possession

 

Incipit

 

1

Cette nuit-là

 

Comme tous les soirs, Benoît Guérindel avait reculé par mille stratagèmes l'heure de monter se coucher. Qui, à sa place, eût été pressé de retrouver les images violentes qui ébranlaient sa caboche ? Mais l'heure redoutée du sommeil venait toujours, comme la mort, que rarement on invite.

Ce soir-là, comme toujours, il épia malgré lui le pas de sa mère dans le couloir, sentit son hésitation devant la porte close de la chambre qu'il partageait avec son frère cadet qui dormait déjà. Elle n'entrait plus leur souhaiter bonne nuit depuis longtemps. Ils avaient obtenu ça d'un commun accord, son frère cadet et lui. Ils étaient arrivés à la même conclusion par des itinéraires différents et silencieux : il fallait la tenir à l'écart. Elle ne pouvait rien pour eux. C'était triste, surtout pour elle. C'était une bonne mère, ils n'en doutaient pas, au fond.

 

Samson connaît le cauchemar, il voit un homme hurlant sortir des vagues. Enogat vient consoler son bébé jusqu'à l'aube libérant les enfants de l'emprise de la nuit. Le père, Ewan, est parti travailler tôt au chantier de la nouvelle église de Saint-Pierre-de-Plesguen.

 

Enogat déteste la mer. La longère qu'Ewan et elle avaient choisie seize ans plur tôt étaient protégée par des arbres, des champs, un rempart de campagne contre l'infinie voracité de la Manche. Et pourtant elle n'était pas loin, la mer. A vingt minutes à pied s'étalait la baie de Saint-Jacut-de-la-Mer.

Gaëlle Nohant, L'ancre des rêves – la peur et la lumière

C'est l'anniversaire de Lunaire, il reçoit une somptueuse boussole en cuivre dans son étui de cuir noir.

 

La joie de quitter le rivage de ses treize ans est empreint d'une angoisse : chaque nuit jusqu'à son dernier souffle, il s'endormirait pour se retrouver sur les eaux noires où tanguait le long corps fantomatique du Bateau.

Depuis l'enfance, sa vie était partagée entre la peur et la lumière.

 

Le matin du 22 mars, Lunaire démarra son enquête. Il la mènerait seul. Rien n'était plus personnel et défendu que son rêve.

 

Ewan Guérindel écoute Dire Straits.

 

Dire Straits, Sultans Of Swing, 1977, in album Alchemy, 1983 – Mark Knopfler, guitare, chant ; Alan Clark, claviers ; John Illsley, basse ; Hal Lindes, guitare ; Terry Williams, batterie.

Dire Straits est un groupe de rock britannique créé à Deptford durant l'été 1977 par Mark Knopfler (guitare et chant), David Knopfler (guitare), John Illsley (guitare basse) et Pick Withers (batterie).

Sultans of Swing est leur premier single.

 

Dans la maison d'Ardélia [la vieille dame qui en connaît long sur l'histoire], le feu donnait l'impression de s'alimenter seul, par pure générosité envers les hommes, force déployée contre la bruine humide et glacée du dehors, le tressaillement grelottant des arbres.

 

Chez Ardélia, un matin brumeux, pluvieux et pâle. Il [Lunaire] n'avait pas pris de petit déjeuner. Elle lui servit de larges tranches d'un quatre-quarts maison doré, encore tiède, parfumé à la fleur d'oranger. Transi par les gifles pluvieuses qui l'avaient accueilli en descendant de voiture, il accepta avec reconnaissance une grande tasse de thé noir et fumé qui lui ébouillanta la gorge et lui éclaircit la voix.

 

Nous créons nos rêves, ils nous parlent de nos désirs et de nos peurs, ils viennent parfois des dieux.

 

Guinoux au collège. Maud Trémel, professeur de dessin, parle de Léonard de Vinci. Ses tableaux, pour la plupart, sont restés inachevés : quelque chose peut être inachevé et très beau. Il avait rêvé d'une perfection qu'il n'aurait pas pu atteindre en terminant ses toiles.

Gaëlle Nohant, L'ancre des rêves – la peur et la lumière

Peter Paul Rubens, dessin, 1603, d'après le carton de Léonard de Vinci, La bataille d'Anghiari, ca 1505

 

« Les morts nous apparaissent en rêve, disait Julian, parce que c'est leur seule manière de se faire voir ; ce que nous voyons n'est qu'une projection, dirigée de très loin, la lumière nous prvenant d'une étoile éteinte... »

Donna Tartt, Le Maître des illusions

 

Enogat a pris rendez-vous chez un psychologue pour Guinoux – son cauchemar peuplé de chevaux terribles.

Gaëlle Nohant, L'ancre des rêves – la peur et la lumière

Sergueï Paradjanov, Les Chevaux de feu, 1964

 

Finalement, la brume se lève...

 

Une écriture ciselée.

 

A lire, tout également, son deuxième roman, La Part des flammes, fuligineux !

 

Remerciements à Yueyin qui nous a offert ce beau roman. Magique !

 

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13 juillet 2016 3 13 /07 /juillet /2016 00:15
Paul Auster, Trilogie new-yorkaise – vertigineux

Paul Auster, Trilogie new-yorkaise (The New-York Trilogy : City of Glass, Ghosts, The Locked Room, Sun & Moon Press, 1985 et 1986), Cité de verre, Revenants, La chambre dérobée, romans traduits de l'américain par Pierre Furlan, Préface de Jean Frémon, Lecture de Marc Chénetier, Illustration de couverture : Earle Horter, The Chrysler Building under construction, 1931, Whitney Museum of American Art, Actes Sud, 1991

 

De toutes les qualités qui ont justifié le succès de la Trilogie new-yorkaise, l'art de la narration est sans doute la plus déterminante. C'est qu'il suffit de s'embarquer dans la première phrase d'un de ces trois romans pour être emporté par les péripéties de l'action et étourdi jusqu'au vertige par les tribulations des personnages. Très vite pourtant le thriller prend une allure de quête métaphysique, et la ville illimitée, insaisissable – New York – devient un gigantesque échiquier où Auster dispose ses pions. De ces trois romans, il avoue d'ailleurs vers la fin de La Chambre dérobée qu'ils sont une seule et même histoire considérée à des stades différents de la conscience qu'il a pu en avoir. Et d'ajouter : « Il y a longtemps que je me démène pour dire adieu à quelque chose... » Or il est vrai que, dans l'art de dire la dépossession, il est passé maître.

4e de couverture

Paul Auster, Trilogie new-yorkaise – vertigineux

Paul Auster, né en 1947, vit actuellement à Brooklyn. Poète, traducteur (de Mallarmé, Blanchot, Sartre…) et romancier, il est l'un des plus brillants écrivains de sa génération. En France, son œuvre est publiée par les éditions Actes Sud.

4e de couverture

 

Je me souviens d'un dessin humoristique paru dans un journal italien, il montrait un personnage anonyme qui se regarde dans la glace d'une armoire en se tenant le menton dans une attitude de perplexité. Et la légende disait à peu près cela : « Mon Dieu ! Mais ce n'est pas moi, j'ai dû me perdre dans la foule ! »

Ce sont des choses qui arrivent, nous ne nous reconnaissons plus, nous nous pinçons pour nous éveiller d'un rêve, mais c'est en rêve que nous nous pinçons. A chaque instant, nous faisons des gestes qui ne sont pas les nôtres, nous prononçons des mots qui appartiennent à d'autres, nous imitons les intonations ou les expressions de ceux qu'inconsciemment nous désirons être. Essayer d'être un autre est une façon d'être soi-même. Avec un peu de constance, il est possible d'y parvenir. Et se reconnaître dans un autre est certainement aussi troublant que de ne pas se reconnaître soi-même. « Une minute nous sommes une chose et la suivante une autre chose », dit Paul Auster, ou encore : « Là où je ne suis pas est l'endroit où je suis moi-même ».

Jean Frémon

 

Incipit

 

It was a wrong number that started it, the telephone ringing three times in the dead of night, and the voice on the other end asking for someone he was not. Much later, when he was able to think about the things that happened to him, he would conclude that nothing was real except chance. But that was much later. In the beginning, there was simply the event and its consequences. Whether it might have turned out differently, or whether it was all predetermined with the first word that came from the stranger’s mouth, is not the question. The question is the story itself, and whether or not it means something is not for the story to tell.

 

C’est un faux numéro qui a tout déclenché, le téléphone sonnant trois fois au cœur de la nuit et la voix à l’autre bout demandant quelqu’un qu’il n’était pas. Bien plus tard, lorsqu’il pourrait réfléchir à ce qui lui était arrivé, il en concluerait que rien n’est réel sauf le hasard. Mais ce serait bien plus tard. Au début, il y a simplement eu l’événement et ses conséquences. Quant à savoir si l’affaire aurait pu tourner autrement ou si elle avait été entièrement prédéterminée par le premier mot qui sortit de la bouche de l’étranger, ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est l’histoire même, et ce n’est pas à elle de dire si elle a un sens ou pas.

 

Bleu, Blanc, Noir – trois personnages. Un lieu : New-York, près du Pont de Brooklyn. Une année : 1947. Seulement, nous ne sommes pas à New-York et nous ne sommes pas en 1947, le narrateur demeure inconnu.

Il ne s'agit pas, malgré les apparences, d'une histoire policière, mais d'une méditation sur l'identité, la solitude, dans un monde anonyme.

 

L'écriture est une occupation solitaire qui accapare votre vie. Dans un certain sens un écrivain n'a pas de vie propre. Même lorsqu'il est là, il n'est pas vraiment là.

 

Vertigineux, nous dit Denis.

 

 

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