Lou

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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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3 avril 2015 5 03 /04 /avril /2015 00:15
Michel-Richard Delalande, Leçons de Ténèbres – Recordare, Domine

Michel-Richard Delalande, Leçons de Ténèbres, Ensemble Correspondances, Sophie Karthäuser, soprano, Sébastien Daucé, direction, harmonia mundi, 2015

Michel-Richard Delalande, Leçons de Ténèbres – Recordare, Domine

Sébastien Daucé

Michel-Richard Delalande, Leçons de Ténèbres – Recordare, Domine

Sophie Karthäuser

(oui, elle est...)

 

Lorsque Lalande quitte cette vallée de larmes, sa notoriété est à son apogée ; entre 1725 et 1730, il a été le musicien le plus programmé à Paris. On se presse pour entendre ses motets, notamment les trois Leçons de Ténèbres et le Miserere à voix seule destinés aux offices de la Semaine sainte. De nombreux compositeurs avaient déjà proposé leur vision des Leçons dans la France du Roi soleil, faisant de l’Office de Ténèbres un véritable événement mondain. Fidèle à cette esthétique, Lalande saura exploiter cet art de l’ambiguïté, tout en se détournant de la tradition.

  

Michel-Richard Delalande, Leçons de Ténèbres

 

Livre des lamentations de Jérémie, 5, 1-2

 

Recordare, Domine, quid acciderit nobis : intuere, et respice opprobrium nostrum.

Hæreditas nostra versa est ad alienos, domus nostræ ad extraneos.

 

Rappelle-toi, Seigneur, ce qui nous arrive. Regarde, et vois notre honte.

Notre héritage a passé à des inconnus, nos maisons, à des étrangers.

 

Bien en Cour avec ses Simphonies pour les Soupers du Roy, Michel-Richard Delalande offre également, pour la semaine sainte avant Pâques, le service frugal des Leçons de Ténèbres aux Dames de l'Assomption, près des Tuileries.

En fin de journée, le mercredy, le jeudy et le vendredy de la semaine sainte, ces lectures nocturnes des Lamentations du prophète Jérémie, dans une mise en scène dramatisée, sont un événement mondain. Dans l'obscurité de la chapelle, quinze cierges (représentant les douze apôtres et les trois Marie) s'éteignent l'un après l'autre, au fil des versets chantés.

Delalande, marié à une chanteuse, Anne-Renée Rebel, et père de deux sopranos, Marie-Anne et Jeanne, également réputées, savait ainsi composer avec leur voix, notamment dans les chapelets de vocalises qui introduisent chaque leçon, sur les lettres de l'alphabet hébraïque.

 

Souper frugal et fourneaux inspirés.

 

76' 23" de bonheur.

 

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29 mars 2015 7 29 /03 /mars /2015 01:15
La Toilette. Naissance de l'intime

La Toilette. Naissance de l'intime, Hazan, 2015 – 223 p., nombreuses illustrations, 29 €

Cet ouvrage est publié à l'occasion de l'exposition « La Toilette. Naissance de l'intime » organisée par le musée Marmottan-Monet à Paris du 12 février au 5 juillet 2015.

Auteurs du catalogue : Nadeije Laneyrie-Dagen et Georges Vigarello.

La Toilette. Naissance de l'intime

Pays-Bas du Sud, Le Bain, tenture de La Vie seigneuriale, vers 1500

 

Une tapisserie du musée de Cluny, un des éléments de la tenture des épisodes de La Vie seigneuriale, vers 1500, illustre un bain somptueux : des domestiques s'empressent auprès de la baigneuse, une nature luxuriante entoure la cuve de pierre, les instruments de musique, les parfums, les couleurs évoquent l'alerte des sens. Le bain serait plénitude, plaisir, l'occasion de représenter le nu aussi, un corps fin et délié triomphant dans un décor sublimé.

 

Un bain idéalisé glorifiant un corps abstrait des pratiques de l'ablution, rares à cette époque du fait de la rareté de l'eau dans les appartements et de la prévention des médecins contre sa nocivité.

 

Au XVIIe siècle, on préfère la toilette sèche : on s'essuie, on change de linge et le nettoiement s'accompagne de parfums et d'onguents – fort utiles en ces temps où la puanteur règne dans les couloirs et les antichambres des palais.

(de nos jours, l'odeur n'est plus la même)

 

Au XVIIIe siècle, la toilette, offerte en spectacle au siècle précédent, devient une scène intime où l'individu, le sujet, s'affirme. L'eau s'ouvre au bain et au bidet. L'espace privé se referme.

 

Ce mouvement se poursuit et s'amplifie au XIXe siècle. Le nu n'est plus celui du corps parfait, mythologique, mais celui du quotidien : les gestes secrets l'emportent sur l'idéal du trait.

 

Au XXe siècle, on ne montre plus que celle qui, dans le moment de la toilette, veut être seule.

La Toilette. Naissance de l'intime

Art Shay, Simone de Beauvoir après son bain, Chicago, 1950, photographie, tirage sur gélatine-argent, 33,02 x 21,59 cm, Chicago, Museum of Contemporary Art

 

Une très belle exposition sur un thème peu fréquenté et sous la conduite des excellents maîtres d’œuvre également rédacteurs du catalogue.

 

Des images... charmantes, comme on le voit dès la couverture.

 

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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 01:15
Molécule, 60°43' Nord

Molécule, 60°43' Nord, un livre-CD, Millefeuilles/Classic 3F, 2015

Molécule, 60°43' Nord

Romain Delahaye-Serafini, alias Molécule, est un musicien passionné par la mer qu'il ne connaissait jusqu'en 2013 que depuis ses plages bretonnes.

Le projet de composer une symphonie en hommage à l'océan et à ses hommes était en lui depuis longtemps.

En mars 2013, il prend le large à Saint-Malo sur le chalutier industriel Joseph Roty II (quarante ans, 2 400 tonnes, cinquante-neuf marins) pour une campagne de pêche dans l'Atlantique Nord. Trente-quatre jours sans voir la terre passés à capter, avec ses micros, les bruits du navire et de l'océan, traités ensuite avec ses instruments pour composer, dans sa cabine transformée en studio, sa symphonie en dix mouvements.

 

L'album est inclus dans un livre, un journal de bord où il écrit ses émotions et commente ses compositions, avec de magnifiques images : photographies, cartes maritimes, plan du navire, fiches techniques, météo du jour, force du vent, instruments utilisés...

 

Un spectacle qui m'oblige au silence

Molécule, 60°43' Nord

Molécule, Studio

Sur le chalutier, il est installé dans une cabine transformée en studio où il a embarqué deux-cents kilos de matériel pour son travail.

 

On est dans la mouvance de la musique concrète et du Studio de Musique Électronique de Cologne – bien connu de György Ligeti.

 

Molécule, 8 ZL 40, 60°43' Nord, Millefeuilles/Classic 3F, 2015

 

Le navire se réveille, il se met en route et il part.

L'idée, il fallait la trouver, et le rendu est super-bon, je suis vraiment étonné, dit le capitaine.

 

C'est lancinant... C'est violent... C'est la vie en haute mer...

 

Molécule, Hébrides, 60°43' Nord, Millefeuilles/Classic 3F, 2015

 

Molécule, 60°43' Nord, teaser (vue d'ensemble)

 

Molécule, Tempête de sons, reportage, Thalassa, France 3

Impressionnant !

Terrifiant !

(à 1' 50", on remarque une toile signée Lou)

 

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21 mars 2015 6 21 /03 /mars /2015 01:15
François Chaplin, Schubert, Impromptus D 899 & D 935 – entre aplomb et vertige

François Chaplin, Schubert, Impromptus D 899 & D 935, Aparté, 2014

 

François Chaplin a suivi la formation de Ventislav Yankoff au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, ainsi que la classe d'accompagnement et musique de chambre de Jacqueline Robin. Il a poursuivi ensuite ses études auprès de Jean-Claude Pennetier.

Parallèlement à ses concerts et enregistrements – Debussy, Chopin, Schumann, Poulenc, Carl Philipp Emanuel Bach, Mozart , il donne des master classes à Saint-Pétersbourg, à Montréal et au Japon.

 

Franz Schubert, Impromptus D 899, n°3, François Chaplin, piano, 2014

 

Franz Schubert, Impromptus D 899, n°3, Vladimir Horowitz, piano, Musikverein, Vienne, 1987

« There are three kinds of pianists : Jewish pianists, homosexual pianists, and bad pianists. »

Vladimir Horowitz

 

Les deux interprétations font entendre l'esprit fantasque et rebelle du compositeur (alors dans l'année de sa mort) : un aventurier, un errant à l'écart des formules académiques convenues, un « devineur », disait Debussy.

 

Les accents, dans l'interprétation, ne sont pas les mêmes. Chaplin oscille entre aplomb et vertige. Magnifique !

 

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11 mars 2015 3 11 /03 /mars /2015 01:15
Mozart, The 6 string quartets dedicated to Haydn, Quatuor Cambini-Paris

Mozart, The 6 string quartets dedicated to Haydn, 1782-1785, Quatuor Cambini-Paris, Coffret de 3 CD, Ambroisie Naïve, 2015

Mozart, The 6 string quartets dedicated to Haydn, Quatuor Cambini-Paris

Fondé par quatre jeunes musiciens issus des meilleures formations baroques et classiques françaises, le Quatuor Cambini-Paris est l'un des rares quatuors à cordes à jouer sur instruments d'époque.

Passionnés par la redécouverte de compositeurs français injustement oubliés, les Cambini sont également très appréciés pour leur interprétation des grandes œuvres du répertoire.

Leurs enregistrements discographiques ont été salués par la critique (Diapason d'or, ffff Télérama, 4 étoiles Classica), et ils se produisent dans les plus grandes salles et festivals d'Europe.

 

Julien Chauvin : violon

Karine Crocquenoy : violon

Pierre-Éric Nimylowycz : alto

Atsushi Sakaï : violoncelle

 

Mozart, The 6 string quartets dedicated to Haydn, Quatuor Cambini-Paris, 2015

 

C'est tellement beau qu'on croirait du Haydn.

 

En ces quatuors, Mozart scelle son amitié fidèle et réciproque avec Haydn.

 

En septembre 1785 dans la dédicace qu'il adresse à son aîné pour l'édition des quatuors, il écrit :

« A mon cher ami Haydn.

Un père, ayant résolu d'envoyer ses fils dans le vaste monde, a estimé devoir les confier à la protection et à la direction d'un homme alors très célèbre, et qui, par une heureuse fortune, était de plus son meilleur ami. Ainsi donc, homme célèbre, et ami très cher, je te présente mes six fils …/... Toi-même, ami très cher, lors de ton dernier séjour dans cette capitale, tu m'as exprimé ta satisfaction. Ce suffrage de ta part est ce qui m'anima le plus. C'est pourquoi je te les recommande, en espérant qu'ils ne te sembleront pas indignes de ta faveur. Veuille donc les accueillir avec bienveillance, et être leur père, leur guide et leur ami. De ce moment je te cède mes droits sur eux, et te supplie de considérer avec indulgence les défauts que l'œil partial de leur père peut m'avoir cachés, et de conserver malgré eux, ta généreuse amitié à celui qui t'apprécie tant, car je suis de tout cœur, ami très cher, ton très sincère ami. »

 

« Je vous le dis devant Dieu, en honnête homme, votre fils est le plus grand compositeur que je connaisse, en personne ou de nom, il a du goût, et en outre la plus grande science de la composition. » Ce sont les paroles de Haydn – venu à Vienne pour assister à une exécution privée des quatuors – adressées au père, Leopold Mozart.

 

Haydn était alors le maître, en matière de quatuors.

 

L’œuvre est conçue pour le bonheur du partage, en amitié.

 

Une composition difficile, entre les réseaux polyphoniques et les lacis contrapuntiques.

 

Les Cambini, sur leurs cordes en boyau, donnent toute l'élégance et la clarté de l’œuvre.

 

Haydn, Quatuor Op. 74 n° 3, 4e mouvement, Allegro con brio, Quatuor à cordes Alérion – Hortense Maldant-Savary, violon ; Anne-Laure Martin, Benjamin Boura, alto ; Pierre Foucade, violoncelle

 

C'est tellement beau qu'on croirait du Mozart.

 

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23 février 2015 1 23 /02 /février /2015 01:15
Taraf de Haïdouks, Of Lovers, Gamblers & Parachute Skirts

Taraf de Haïdouks, Of Lovers, Gamblers & Parachute Skirts, Crammed Discs, 2015

Taraf de Haïdouks, Of Lovers, Gamblers & Parachute Skirts

Le Taraf de Haïdouks, groupe rom emblématique de la musique roumaine depuis 25 ans, se compose actuellement de Gheorghe Falcaru (flûte), Anghel « caliu » Gheorghe (violon), Robert Gheorghe (violon), Constantin « costica » Lautaru (violon et voix), Marin « marius » Manole (accordéon), Marin P. Manole (accordéon et voix), Filip Simeonov (clarinette), Paul Pasalan Giuclea (violon et voix), Ion « ionica » Tanase (cymbalum).

 

Taraf de Haïdouks, Moldavian Shepherds' Dance, Of Lovers, Gamblers & Parachute Skirts, 2015

 

Après la disparition de ses membres fondateurs, la communauté continue de cultiver la diversité de son répertoire autour des musiques traditionnelles de l’Europe de l’Est : ballades roumaines, vieilles chansons d’amour tsiganes, musiques de danses d’antan.

 

Dansons avec les Roms !

 

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15 février 2015 7 15 /02 /février /2015 01:15
Branford Marsalis, In my solitude

Branford Marsalis, In my solitude, Live at Grace Cathedral, 2012, Okeh/Sony Music, 2014

Branford Marsalis, In my solitude

Branford, l'aîné de la famille est le plus sage, mais il ne craint pas de se livrer ainsi dans la Grace Cathedral de San Francisco, où Duke Ellington créa l'un de ses Sacred Concerts.

Après les années de conservatoire au Berklee College of Music et les improvisations en tous les sens, Branford Marsalis improvise au soprano sur une ligne de Steve Lacy, puis se lance dans Stardust, la ballade de Hoagy Carmichael, tout en velours, et s'approprie la Sonate C.P.E. Bach. On l'applaudit !

 

Branford Marsalis, In my solitude, Sonata in A minor for oboe solo, Wq 132 : I, Poco Adagio

 

Un prince.

 

Carl Philipp Emanuel Bach, Sonate en la mineur, pour flûte seule, Wq 132 : I, Poco Adagio – Xue Su, flûte, Robert J. Werner Recital Hall, 2014

 

Une princesse.

 

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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 01:07
Gilberto Gil, Gilbertos Samba – Se você disser que eu desafino

Gilberto Gil, Gilbertos Samba, Sony Music, 2014

Gilberto Gil, Gilbertos Samba – Se você disser que eu desafino

Gilberto Gil, 2014

 

Antônio Carlos Jobim & Newton Mendonça, Desafinado, 1959 – Gilberto Gil, in album Gilbertos Samba, 2014

 

Se você disser que eu desafino amor

Saiba que isso em mim provoca imensa dor

Só privilegiados têm ouvido igual ao seu

Eu possuo apenas o que Deus me deu

 

Si tu dis que je chante faux, mon amour,

Sache que cela provoque en moi une immense douleur

Seuls les privilégiés ont une oreille comme la tienne

Je ne possède que ce que Dieu m'a donné

 

* * *

 

Il faut remonter aux enregistrements des années 1960, avant qu'il ne pose les bases du tropicalisme avec Caetano Veloso, pour entendre Gilberto Gil se lover avec tant de fraîcheur dans l'intimité de la bossa-nova. A 72 ans, l'ancien ministre de la Culture (de 2003 à 2008) renoue avec la grande geste brésilienne en revisitant le répertoire de João Gilberto, figure totémique du genre : le choix n'est pas très audacieux, mais la formule voix-guitare, classique et classieuse, lui sied bien. Sans la fondante évanescence de son aîné, le swing plus funky, la voix plus tonique, il met ainsi sa musicalité au service de classiques signés Tom Jobim, Vinicius de Moraes ou encore Caetano Veloso. Ici et là une flûte (Dorival Caymmi sur le délicieux Eu sambo mesmo) et même des papiers de verre (Rodrigo Amarante), frottés sur le cultissime Desafinado, singularisent discrètement le propos.

Anne Berthod, Télérama n° 3374

 

Comment mieux le dire ?

 

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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 01:15
Cathy Krier, Rameau - Ligeti – une quête semblable

Cathy Krier, Rameau - Ligeti, Avi Music, 2014

 

Jean-Philippe Rameau, Nouvelles Suites de Pièces de Clavecin, Suite en sol mineur : Les Tricordets, rondo - L'indifférente - Deuxième menuet - La Poule - Les Triolets - Les Sauvages - L'Enharmonique - L’Égyptienne.

György Ligeti, Musica Ricercata.

Jean-Philippe Rameau, Pièces de Clavecin en Concerts : La Livri - L'Agaçante - La Timide - L'indiscrète] - La Dauphine.

 

Jean-Philippe Rameau et György Ligeti, album Cathy Krier, Rameau - Ligeti, Avi Music, 2014

 

Peut-on confronter Jean-Philippe Rameau (1683-1764) à György Ligeti (1923-2006) ? Existe-t-il des similitudes entre les deux compositeurs et comment se traduisent-elles dans le contexte de deux siècles différents ?

 

La Musica Ricercata se réfère au ricercare de Girolamo Frescobaldi. Ligeti est en recherche de son propre langage : Ricercata est à la source de ses compositions ultérieures.

 

Rigueur des contraintes d'écriture et liberté de la composition sont les traits du chant grégorien et du baroque. Les partitions de Rameau sont accompagnées d'instructions très précises et de notes très détaillées – dans la manière de travailler de Ligeti.

 

Je ressens, très personnellement, chez ces deux compositeurs un infatigable désir de formes, de méthodes et de connaissances nouvelles qui les lie dans une quête semblable.

 

Le rapprochement procède d'une brillante intuition que l'écoute confirme : Ligeti, jeune encore, rend hommage à Bartók, pour mieux s'en libérer, et à Frescobaldi, en lui empruntant ses formules de contrepoint.

Ligeti découvre sa voix, grinçante et sarcastique. Rameau joue avec le feu des ostinatos rythmiques (La Poule) : à deux siècles d'intervalle, deux compositeurs inventent un langage aventureux et subversif, magnifiquement porté par Cathy Krier.

Cathy Krier, Rameau - Ligeti – une quête semblable

Et – on sait que vous l'attendez – elle est charmante.

 

Jean-Philippe Rameau, La Poule, 1728 – György Ligeti, Musica ricercata / VII, 1951-1953 – Cathy Krier, piano, musée de l'Acropole d'Athènes, 2014

 

- - -

 

Précédemment sur Libellus : György Ligeti – le métronome bien tempéré

 

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9 janvier 2015 5 09 /01 /janvier /2015 01:15

et recommencer depuis le début. »

Yanaihara Isaku, Avec Giacometti – « Il faut tout effacer

Yanaihara Isaku, Avec Giacometti (Giacometti to tomoni, Editions Chikuma Shobo, 1969), traduit du japonais par Véronique Perrin, Allia, 2014

Yanaihara Isaku, Avec Giacometti – « Il faut tout effacer

Yanaihara Isaku & Alberto Giacometti à Stampa

 

Me dévisageant fixement, il marmonna sur le ton de la colère : « Vous me terrorisez. »

Yanaihara Isaku

4e de couverture

 

Paris est une ville qui possède un charme mystérieux pour nous autres étrangers. Je ne veux pas parler du raffinement, de l’élégance brillante à quoi nous l’associons quand nous disons Hana no Miyako – la Ville Fleur. Cette beauté-là est bien réelle, mais elle est souvent l’expression d’un snobisme petit-bourgeois, une formule publicitaire à l’usage des touristes. Je dirais plutôt : Paris, froide ville de pierre grise. Chacun retranché dans sa vie, comme l’huître dans sa coquille, coquille d’huître agrippée au rocher, défendant obstinément ses habitudes routinières. Même le brillant de façade et l’amabilité nous accueillent le plus souvent pour mieux nous repousser. C’est pourquoi, quand nous séjournons un moment à Paris, nous vient l’envie de fuir cette ville maussade, aller ailleurs, dans un endroit plus gai, plus naturel. Pourtant dès que nous allons voir ailleurs, Paris se met à nous manquer terriblement, on voudrait vite y retourner : arrivé à Paris, on respire. J’en ai fait l’expérience chaque fois que je partais en voyage depuis Paris, mais la plupart des Japonais que j’ai connus en Europe me disaient la même chose, c’est donc que Paris est doué d’un charme particulier qu’on ne rencontre nulle part ailleurs. Un charme difficile à élucider, mais dont l’extrême degré de liberté dont on jouit ici semble être la principale composante. Il n’existe sans doute pas d’autre endroit au monde où l’on soit aussi pleinement à son aise qu’à Paris.

 

En 1954, Yanaihara Isaku, jeune professeur de l’université d’Osaka, vient à Paris pour y faire des études de philosophie. En novembre 1955, il mène un entretien avec Alberto Giacometti pour le compte d’un journal japonais.

Yanaihara Isaku, Avec Giacometti – « Il faut tout effacer

Entrée de l'atelier d'Alberto Giacometti au 46, rue Hippolyte-Maindron dans le 14e arrondissement de Paris

 

A la suite de cette rencontre et jusqu'à l'été 1961, Giacometti fait plus d’une douzaine de portraits peints, et un buste sculpté, de Yanaihara.

Yanaihara Isaku, Avec Giacometti – « Il faut tout effacer

Alberto Giacometti dans son atelier

Yanaihara Isaku, Avec Giacometti – « Il faut tout effacer

Alberto Giacometti, Yanaihara, work in progress, 1957

Yanaihara Isaku, Avec Giacometti – « Il faut tout effacer

Alberto Giacometti, Tête noire (Yanaihara), huile sur toile, 1957

Yanaihara Isaku, Avec Giacometti – « Il faut tout effacer

Alberto Giacometti, Tête noire (Yanaihara), huile sur toile, 1958-1962

Yanaihara Isaku, Avec Giacometti – « Il faut tout effacer

Alberto Giacometti, Yanaihara, bronze, 1960

 

* Illustrations : © Succession Alberto Giacometti (Fondation Alberto et Annette Giacometti, Paris + ADAGP, Paris), 2013 *

 

* * *

 

Yanaihara devient rapidement l’ami d’Alberto et d’Annette Giacometti. Seulement, les séances de pose sont difficiles : Giacometti est exigeant et angoissé. L'expérience est douloureuse pour l'artiste.

 

Yanaihara a différé son retour au Japon – son séjour de recherche étant venu à terme. Il commence à poser selon les règles du maître : sans bouger, sans parler, sans respirer.

 

« Comment va votre travail, a-t-il bien avancé ? »

[…]

« Je ne sais absolument pas où j'en suis. »

 

Le travail reprend. « C'est faux, tout est faux », dit Giacometti.

Annette met un disque sur le phonographe : Lohengrin.

 

Richard Wagner, Lohengrin, Prélude, Teatro alla Scala, dir. Daniel Barenboim, 2012

 

« Non, ça ne va pas », répétait souvent Giacometti.

 

Yahainara invite Alberto et Annette au Botan-Ya, le restaurant japonais de Paris, et, pour l'accompagner, Ishii Yoshiko, une chanteuse japonaise de chansons françaises traditionnelles. On peut être moderne tout en conservant des traditions vivantes...

Compromis impossible, hein ! (Giacometti intervenait dans la discussion) Dans la vie des Français aussi les traditions se perdent.

[…]

L'heure est à la mécanisation. Et la civilisation mécanique ira en nivelant et uniformisant le monde.

[…]

Les machines ne servent qu'à tuer l'esprit.

 

Il continuait de peindre tout en marmonnant, « impossible... effrayant... »

Yanaihara Isaku, Avec Giacometti – « Il faut tout effacer

Dans l'atelier, on croise Jean Genet, avec son jeune amant, Abdallah Bentaga, un acrobate.

 

« Peindre est une sorte de guerre. C'est rigoureusement du même ordre, je m'effraie moi-même. »

 

Un jour, nous étions presque à la fin du mois de novembre, j'ai rendu visite à Sartre. [NDL : où l'on apprend ce que Stéphane Auclair nous a caché]

Giacometti qui était allé le voir après les événements de Hongrie lui avait demandé de bien vouloir me recevoir, et Sartre m'avait fait savoir le jour et l'heure qui lui convenaient. A midi et demi, donc, j'entrais dans l'appartement de Sartre en face de Saint-Germain-des-Prés. J'étais introduit dans un cabinet exigu qui donnait sur la place, le bureau, en désordre, disparaissait sous de grandes feuilles de manuscrit couvertes d'une écriture serrée, les murs étaient tapissés de livres jusqu'au plafond [NDL : ce qui est devenu banal à l'ère Yueyin]. Posée sur une étagère, face au bureau, une sculpture de Giacometti, buste de plâtre au cou extrêmement fin, qui était l'unique œuvre d'art décorant cette pièce.

[…]

Le travail d'Alberto avance ?

C'est comme d'habitude, le même travail acharné chaque jour, mais cela devient de plus en plus difficile, il est au bord du désespoir, ce qui fait que je ne me vois pas rentrer au Japon...

Oui, c'est ça qui est merveilleux, commente Sartre d'un ton un peu déclamatoire en regardant au loin par la fenêtre, la pipe levée en abat-jour, Alberto me l'avait bien dit : les grands chefs-d’œuvre côtoient toujours le grand ratage. Plus le risque d'échec est grand et plus les chances de réussite augmentent elles aussi... [NDL : ce que les Shadoks, une seule fois cités sur Libellus, ont redécouvert en 1968 : « Plus ça rate, plus il y a de chances que ça marche. » Les Shadoks, 1, 18]

 

Une dernière séance de pose. Giacometti parle tout seul : « Il faut tout effacer et recommencer depuis le début. »

 

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