Lou

  • : Libellus
  • Libellus
  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

Recherche

l'heure à Lushan

France + 7 heures

 

Archives

pour mémoire

Survival

 

Uncontacted tribes

 

Un lien en un clic sur les images.

5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 01:15
Olivier Messiaen, Peter Hill, La Fauvette Passerinette

Olivier Messiaen, La Fauvette Passerinette, 1961, A Messiaen premiere, with birds, landscapes & homages, Peter Hill, Delphian, 2014

Olivier Messiaen, Peter Hill, La Fauvette Passerinette

Olivier Messiaen était un compositeur, organiste, professeur et ornithologue français dont la musique est imprégnée par sa foi chrétienne (Vingt regards sur l'Enfant-Jésus, suite pour piano, 1944), son goût de l'exotisme (Harawi, chant d'amour et de mort, pour soprano et piano, 1945) et son amour de la nature (Catalogue d'oiseaux, pour piano, octobre 1956- septembre 1958).

En 1939, Messiaen est mobilisé, et en 1940, il est prisonnier en Allemagne (Stalag VIII-A à Görlitz). Il compose durant sa réclusion son Quatuor pour la fin du Temps. La première est donnée dans le camp le 15 janvier 1941 par un groupe de musiciens prisonniers, la partie du piano étant jouée par le compositeur. Libéré en mars 1941, il retourne enseigner à Paris où il devient professeur d'harmonie au Conservatoire en 1942. Il y rencontre une jeune élève, Yvonne Loriod, qui devient la première et la principale interprète de ses œuvres pour piano. Sa première femme meurt en 1959, dans un hôpital psychiatrique ; il épouse Yvonne Loriod en 1961.

Olivier Messiaen, Peter Hill, La Fauvette Passerinette

Peter Hill est un pianiste et musicologue anglais né en 1948. Il est actuellement Professeur à l'université de Sheffield (Messiaen, Mozart, le contrepoint baroque, l'interprétation).

Dès 1974, son talent fut reconnu par un premier prix à Darmstadt, pour son interprétation des œuvres de Cage et Stockhausen, et son enregistrement intégral (ou presque) des pièces pour piano seul de Messiaen, réalisé avec le concours du compositeur. Il a également enregistré Beethoven (Variations Diabelli), Stravinsky, Schoenberg, Berg et Webern.

 

Olivier Messiaen, La Fauvette Passerinette

 

In 2012, leading pianist and Massiaen scholar Peter Hill made a remarkable discovery among the composer's papers : several pages of tightly written manuscript from 1961, constituting a near-complete and hitherto unknown work for piano. Hill was able to fill in some missing dynamics and articulations by consulting Messiaen's birdsong notebooks, and gave the work's first public performance in the autumn of 2013.

Delphian

Olivier Messiaen, Peter Hill, La Fauvette Passerinette

Fauvette passerinette (Sylvia cantillans)

 

La fauvette à lunettes, à tête noire ou orphée est déjà présente dans le Catalogue d'oiseaux. La fauvette des jardins inspire une longue pièce pour piano en 1970.

1961 : l'année où le compositeur épouse sa pianiste, Yvonne Loriod. C'est elle qui, à la mort d'Olivier Messiaen, en 1992, confie ses papiers à Peter Hill, leur ami, en vue d'une biographie autorisée (Peter Hill, Nigel Simeone, Olivier Messiaen, Fayard, 2008).

Olivier Messiaen avait noté le chant de la fauvette passerinette en même temps que celui du traquet stapazin pour son Catalogue d'oiseaux., les deux passereaux partageant le même habitat, sur les vignobles en terrasses de la Côte Vermeille.

A cette page inédite, Peter Hill associe des pièces qui l'annoncent, comme les Oiseaux tristes de Maurice Ravel, ou lui répondent : Karlheinz Stockhausen, Klavierstücke VII et VIII ; Tristan Murail, Cloches d'adieu, et un sourire (in memoriam Olivier Messiaen).

« La nature, les chants d’oiseaux ! Ce sont mes passions. Ce sont aussi mes refuges. Dans les heures sombres, […] que faire, sinon retrouver son visage oublié quelque part dans la forêt, dans les champs, dans la montagne, au fond de la mer, au milieu des oiseaux ?

C’est là que réside pour moi la musique ».

(texte rédigé en avril 1959, pour la création du Catalogue d'oiseaux)

 

Magnifique, merveilleux, féerique, miraculeux, magique, prodigieux, éblouissant : la mention vaut pour l'ensemble du concert dont la composition équilibrée peut être appréciée même de tous les mélomanes. Peter Hill aime Bach (Le clavier bien tempéré, Delphian, 2013 – remarquable) et Stockausen.

 

Fauvette passerinette (Sylvia cantillans)

 

Partager cet article

Repost0
3 novembre 2014 1 03 /11 /novembre /2014 01:11
Sigmar Polke, De la couleur avant toute chose

Sigmar Polke est né le 13 février 1941, à Oels, dans une région de la Pologne alors annexée par l'Allemagne nazie (la Basse-Silésie). En 1953, il fuit avec sa famille l'Allemagne de l'Est pour s'installer à Düsseldorf. Là, il intègre l'Académie des beaux-arts, où il rencontre Gerhard Richter avec lequel il fonde le mouvement pop allemand : le réalisme capitaliste. Il est mort d'un cancer le 11 juin 2010, à soixante-neuf ans et à Cologne, victime des résines délétères et des pigments vénéneux dont il faisait son quotidien en peinture.

 

Deux tableaux.

Sigmar Polke, De la couleur avant toute chose

Hände (Mains), 1988

Œuvre figurative – une photographie reproduite sur la toile.

Sigmar Polke, De la couleur avant toute chose

Triptichon (Triptyque), 1994

Œuvre abstraite – la peinture, et elle seule.

 

L'ironie et le discours politique se montrent mais ne disent rien de la peinture.

 

La couleur atteint un raffinement que Sigmar Polke dit comme « l'incandescence ».

Le fond brun de Hände révèle les teintes irisées du spectre de la lumière, et sur Triptichon, les montants du châssis, en transparence, participent à la composition.

On voit l'importance de la matière : transparence de la résine, moirures, fluidités.

 

L'autorité des couleurs tempère l'ironie, estompe le message politique et sublime le motif en le dotant d'une somptuosité inouïe. Sans quoi, Hände ne serait qu'une illustration et Triptychon, un papier peint.

 

De la couleur avant toute chose !

 

The Dead Weather, No Horse – Live from Third Man Records

 

Partager cet article

Repost0
26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 23:01
Roger-Henri Guerrand, Les Lieux - d'aisances

Roger-Henri Guerrand, Les Lieux, Éditions La Découverte, 1997

Crédit photographique : Bibliothèque historique de la Ville de Paris (fonds Charles Marville) et Henri Bresler.

Couverture : © Cabinet champêtre dans les Dolomites, photo Louise Bost, 1996.

 

Les vécés n'ont pas toujours été fermés de l'intérieur, preuve en est cette histoire des lieux d'aisances, du Moyen Age à nos jours, que raconte Roger-Henri Guerrand avec autant d'humour que de sérieux. Avant de devenir objet d'interdits imposés par l'hypocrite morale bourgeoise du XIXe siècle, les besoins naturels pouvaient se satisfaire sans honte ni fausse pudeur. L'étron fut une matière poétique pour ne rien dire de la jubilation provoquée par le libre échappement des zéphyrs. Rabelais, continuateur des trouvères du Moyen Age, ne fut pas le seul écrivain à se rouler dans la chose : le siècle des Lumières a connu un âge d'or de la littérature scatologique.

Avec l'avènement des bourgeois conquérants, il faut se retenir en permanence : le corps doit être contrôlé et enserré dans des règles rationnelles. Hygiénistes, urbanistes et architectes s'occupent sérieusement des commodités, la répression corporelle et par conséquent sexuelle s'en trouve renforcée.

4e de couverture

Roger-Henri Guerrand, Les Lieux - d'aisances

Historien de la vie quotidienne, Roger-Henri Guerrand (1923, Sarrebruck - 10 octobre 2006, Rennes) a publié de nombreux ouvrages sur le mouvement social aux XIXe et XXe siècles. Professeur émérite à l'École d'architecture de Paris-Belleville, il y a enseigné l'histoire du logement social en France, puis en Europe, l'histoire sociale et culturelle du XIXe siècle. Il a reçu en 1985 le Grand Prix national de la critique architecturale pour l'ensemble de son œuvre.

 

Il faut é-li-mi-ner.

Moïse avait choisi de prôner l'imitation de certains animaux. Dans le Deutéronome, le prophète a en effet écrit : « Tu auras un lieu hors du camp et c'est là que tu iras. Tu auras une bêche dans ton équipement. Quand tu iras t'accroupir à l'écart, tu creuseras et quand tu repartiras, tu recouvriras tes excréments avec de la terre. »

Deutéronome, XXIII, 13-14

 

Vespasien n'a rien eu à voir avec l'établissement des latrines publiques à Rome – à la fin du IIIe siècle ap. J.-C., sous Dioclétien, on en comptait 144 –, il se contenta de prélever un impôt sur les urines que les foulons et les tanneurs recueillaient dans des récipients disposés dans les rues à cet effet.

 

Au Moyen Age, on connaît l'urinal, le pot en terre, la chaise percée, les latrines en la maison – branchées sur un puisard ou donnant sur un canal tel le Merderet à Valognes –, et le « tout-à-la-rue ».

« Gare l'eau ! »

Nuit et jour, les gens jettent par les fenêtres les eaux usées.

 

La poésie de l'étron s'épanouit.

« Comment Grandgousier connut l'esprit merveilleux de Gargantua à l'invention d'un torche-cul »

Gargantua, Liv. Ier, Chap. XIII

 

Dans les premières années du XVIe siècle, on lit la Farce nouvelle et joyeuse du pet :

une querelle entre deux époux, le mari accusant, devant un juge, sa femme d'avoir lâché un gros pet. Sa plainte n'est pas recevable. Il n'aurait pas épousé la dame si elle n'avait pas eu de cul. L'accusée le confirme :

« Monsieur, je vous prouverai

Que sitôt que fus épousée,

Toute la première journée

Qu'avec lui je fus couchée

Mon cul fut la première pièce

Par où il me prit, somme toute. »

 

Luther, lui-même, ne vante-t-il pas les vertus thérapeutiques des excréments ?

 

Au XVIIe siècle, on cultive chaises percées, thomas et bourdaloues.

L'abbé Cotin, académicien très répandu dans le monde, invite à la vénération du zéphir.

 

On reçoit sur sa chaise.

 

Très utile, le pot de chambre n'est guère confortable, même installé sur une chaise. Le XVIIe siècle va voir se répandre, dans toutes les classes possédantes, une belle pièce d'ébénisterie déjà appréciée dans les maisons royales, la chaise percée. Un inventaire de Versailles, sous Louis XIV, a donné le chiffre de 274 chaises d'affaires, 208 simples avec le bassin en dessous ; 66 à layette, le bassin étant contenu dans un tiroir fermé. Livrés par des tapissiers, ces meubles de qualité sont recouverts de velours bordé de crépines ; ils renferment un bassin de faïence ou d'argent et comportent parfois un guéridon permettant de lire et d'écrire. Certains se présentent avec le siège en forme de gros livres portant l'inscription suivante : « Voyage aux Pays-Bas ». Chaque chambre dispose de sa chaise, elle est rangée dans une pièce attenante, la garde-robe.

 

Malgré les ordonnances et les arrêts, Paris est une gigantesque latrine, les terrasses des Tuileries sont inabordables, elles exhalent une odeur épouvantable, car chacun s'y exonère tranquillement, à l'abri des ifs.

Roger-Henri Guerrand, Les Lieux - d'aisances

Chaise percée de Madame de Pompadour, conservée dans le Cabinet des Dépêches, château de Versailles

 

Après le XVIe siècle, le XVIIIe siècle connaît un nouvel âge d'or de la scatologie.

Citons seulement L'art de péter de Pierre Hurtault, professeur à l’École militaire, en 1776.

 

« Vous me faites chier ! »

Peut-on faire plus beau compliment à un ami ?

 

La Juliette de Sade se délecte de la chose.

 

Au XIXe siècle, la police sanitaire vient mettre fin à l'art de chier.

Il reste encore bien des fosses. Les chevaliers de la brune sont à l’œuvre chaque nuit. A Paris, en 1851, ils ont vidangé 266.356 m3 (pour une population de 1.053.262 personnes).

Roger-Henri Guerrand, Les Lieux - d'aisances

Édicule Rambuteau, 1852

Roger-Henri Guerrand, Les Lieux - d'aisances

Urinoir à six stalles devant le pavillon des Halles centrales, vers 1870

 

Enfin, Thomas Crapper vint. Le roi des plombiers britanniques. Le W.C. à chasse d'eau a définitivement gagné la partie.

 

En 1892, au Moulin-Rouge, apparaît Joseph Pujol, le Pétomane – dernier prodige dont l’œuvre fut emportée par le vent de la purification.

 

Lefires, imitateur de Joseph Pujol, le Pétomane du Moulin Rouge, 1903

 

Les vespasiennes deviennent lieux de rencontres. Celle de l'église de Saint-Germain-des-Prés accueillit les plus grands poètes. Elles sont aussi magasins d'approvisionnement pour les soupeurs : une tartine bien placée, et on a le boire et le manger.

 

Elles ont disparues, nos chères.

Roger-Henri Guerrand, Les Lieux - d'aisances

Cimetière de vespasiennes

Roger-Henri Guerrand, Les Lieux - d'aisances

Sanisette JCDecaux

 

Le temps des sanisettes est venu, moralisant le cloaque.

 

Puis Geberit, en toute convivialité. On peut chier proprement en restant connecté avec les invités au salon. Classe, non !?

Roger-Henri Guerrand, Les Lieux - d'aisances

Geberit Aquaclean

 

Il reste les chiens errants qui chient sur les trottoirs. L'histoire continue. Cave canem.

 

Retour à L'Age d'or, avec Luis Buñuel.

 

Luis Buñuel, Jean-Claude Carrière, Le Fantôme de la liberté, 1974

 

Partager cet article

Repost0
14 juillet 2014 1 14 /07 /juillet /2014 23:01
L'art dans les chapelles 2014 – prier

L'art dans les chapelles 2014, du 4 juillet au 21 septembre 2014.

Juillet et août : tous les jours, sauf le mardi, de 14 h à 19 h.

Septembre : les trois premiers week-ends, samedi et dimanche, de 14 h à 19 h.

Accueil : Maison du Chapelain, lieu-dit Saint-Nicodème, 56930 Pluméliau.

 

Depuis 23 ans, L'art dans les chapelles invite des artistes à créer une œuvre pour l'une des chapelles ouvertes à l'occasion du festival. Découvrons trois d'entre elles.

L'art dans les chapelles 2014 – prier

Édouard Sautai, Miroir, Chapelle Notre-Dame des Fleurs, Moric, Moustoir-Remungol

 

Un miroir d'eau où l'on peut voir le vaisseau de la charpente à l'endroit, comme une arche de Noé – les Écritures sont à lire en miroir.

L'art dans les chapelles 2014 – prier

Élodie Boutry, Sans titre, chapelle Saint-Tugdual, Quistinic

L'art dans les chapelles 2014 – prier

On pense à Sol Lewitt, château d'Oiron, 1994. Dans la chapelle Saint-Tugdual, le trompe-l’œil prend corps. La matière se détache en volume. L'obstacle nous invite à le contourner pour accéder à l'autel d'où nous pouvons voir l'envers de décor.

L'art dans les chapelles 2014 – prier
L'art dans les chapelles 2014 – prier

Leïla Brett, Grande Nuance (096), pointe à graver, pastel à l’huile sur papier Vinci, marouflé sur toile, 310 x 130 cm, chapelle Saint-Jean, Le Sourn

 

Une porte, depuis l'entrée vers l'autel, une icône à prier.

 

A revoir : L'art dans les chapelles 2013 – figures.

 

* * *

 

Près des chapelles, les fontaines miraculeuses.

L'art dans les chapelles 2014 – prier

Chapelle de la Trinité, Cléguérec

L'art dans les chapelles 2014 – prier

Devenez mécène de L'art dans les chapelles.

Pour tout don égal ou supérieur à 100 €, vous recevrez gratuitement le catalogue de la manifestation (valeur : 18 €). Pour un don de 100 €, vous bénéficierez d’une réduction d’impôt de 66 €. Si votre aide à L’art dans les chapelles est bien de 100 €, le coût réel supporté par vous sera de 16 €.

Nous avons besoin de votre soutien pour développer, c'est-à-dire tout simplement poursuivre, cette belle aventure.

 

Partager cet article

Repost0
10 juin 2014 2 10 /06 /juin /2014 23:01
Hugo Pratt, Milo Manara, Un été indien - « Quels Indiens ? »

Hugo Pratt, Milo Manara, Un été indien, Casterman, 1987

Hugo Pratt, Milo Manara, Un été indien - « Quels Indiens ? »
Hugo Pratt, Milo Manara, Un été indien - « Quels Indiens ? »

Nouvelle-Angleterre, début du XVIIe siècle, quelque part sur la frontière. Au cours de l’été finissant, le viol d’une jeune fille blanche par deux jeunes guerriers indiens, puis leur exécution sommaire par Abner Lewis, un colon blanc des environs témoin de la scène, rompt la cohabitation pacifique mais fragile qui s’était instaurée entre les Indiens et les Blancs.

 

Les neuf premières pages sont muettes, le dessin de Manara est narratif.

Hugo Pratt, Milo Manara, Un été indien - « Quels Indiens ? »

L'histoire se passe à New Canaan, où vivent Shevah, la nièce du révérend Black, Abner, Jéremie, Eliah, Phillis et sa mère Abigail, marquée au fer rouge du signe de Lilith.

Hugo Pratt, Milo Manara, Un été indien - « Quels Indiens ? »

A quoi rime cette histoire. Ce révérend Black, qui est-il, en réalité ? Que représente-t-il pour nous ? Qu'est-il pour toi et Phillis ?

C'est une histoire sordide, Eliah, tout ce qu'il y a de pire dans le genre.

La famille, originaire du Kent, a été vendue à de riches colons de Nouvelle-Angleterre.

Le vieux Black tourmente et séduit la jeune fille. Le fils l'oblige à faire des choses défendues, quand le père n'est pas là.

Un seul ami, le secrétaire du révérend Black, Cosentino.

A cette même époque arriva un chasseur français. Il était bel homme. Après son départ, je découvris que j'étais enceinte.

Et tu vins au monde, mon chéri !

Le fils Black poursuit l’œuvre du père. Il en naît Phillis.

Hugo Pratt, Milo Manara, Un été indien - « Quels Indiens ? »

L'inceste... Mais ça veut dire quoi ? Quelle importance ? Les Saintes Écritures sont remplies de personnages incestueux : Anah, descendant d'Esaü, était le fils de la mère de son père...

Sennachérib, Noé, Yéhoyakin, Haran, Abraham avec sa demi-sœur Sarah, Loth avec ses deux filles... Caïn et Abel, avec qui ont-ils fait l'amour si ce n'est avec leurs deux sœurs jumelles, Lebhudha et Qelimath...

Hugo Pratt, Milo Manara, Un été indien - « Quels Indiens ? »

Phillis se sacrifie.

Hugo Pratt, Milo Manara, Un été indien - « Quels Indiens ? »

Partager cet article

Repost0
22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 23:01

 

Geneviève Bergé, Le tableau de Giacomo

Geneviève Bergé, Le tableau de Giacomo, Éditions Luce Wilquin, 2010

Couverture : Dimitri Delcourt (photos : vocecontrovento et Cobra – Fotolia.com)

 

Geneviève Bergé

Ancienne rédactrice en chef de la revue Indications et critique littéraire, Geneviève Bergé (née à Bruxelles en 1957) est aujourd’hui assistante d’édition. Le tableau de Giacomo est son septième ouvrage, après Un peu de soleil sur les planchers (2008).

 

 

Arcangelo Corelli, Sonate en ré mineur La Follia op. 5 n° 12, 1700, Hespèrion XXI, dir. Jordi Savall, 2005

 

Messine, 1654. D’un moment à l’autre, un navire en provenance de Hollande va accoster. Et c’est peu dire qu’il est attendu ! Il transporte, en effet, la toile d’un peintre hollandais célèbre en son pays, mais méconnu en Italie et en Sicile, que Giacomo di Battista, le courtier du prince Antonio Ruffo, a commandée il y a trois bonnes années. Giacomo, vieux et malade, attend cette toile avec une ferveur que personne, ou presque, ne peut imaginer. Il n’en est pourtant pas à sa première commande, mais celle-ci revêt pour lui, et bientôt pour son entourage, une dimension exceptionnelle.

Une étonnante plongée dans le XVIIe siècle italien, mais aussi dans la vie et l’âme d’un collectionneur par procuration.

4e de couverture

 

Cette histoire se passe en 1654. Mais peut-on vraiment parler d’histoire quand les personnages sont installés depuis si longtemps dans leur vieillesse, ou dans leur folie, que les accrocher l’un derrière l’autre, dans l’ordre adéquat et selon certaines règles éprouvées, ne suffit peut-être plus pour fabriquer un récit en bonne et due forme ?

[…]

Et pourtant l'histoire trouve son chemin.

[…]

L'histoire se passe en 1654. Très exactement entre le vendredi 3 et le lundi 20 juillet 1654.

 

Les tréteaux sont dressés, le décor est monté, place aux comédiens !

 

Antonio Ruffo, prince de Messine, collectionneur : trois cent soixante-quatre toiles de maîtres connus et moins connus.

Sa mère, Antonia – elle collectionne les chats, la porte du palais leur est ouverte.

Alfonsina, sa femme, la Vipère selon Costanza, la jeune servante de la maison Ruffo.

Rossana, la fidèle gouvernante.

Abramo Casembrot, consul et peintre.

Giacomo di Battista, courtier auprès du prince, et son épouse aimée et aimante, Giulia.

Mica, un jeune braque.

 

Ce matin. Vous le savez, n'est-ce pas ? ce matin la nuit est tombée sur les yeux de Giacomo.

 

De toute façon, Giulia répétait souvent qu'il valait mieux avoir l'ouïe fine que la vue perçante pour percevoir un changement à Messine et Giacomo lui donnait raison.

 

Premier fil : le regard.

 

« sa vue se brouillait alors », « un tout petit regard fuyant », « les étoiles sont au rendez-vous, mais c'est comme si je ne les voyais pas », « se fier aveuglément », « voir, de tous ses yeux voir », « il avait perdu la vue », « il était plongé dans une sorte de brouillard », « le flou me déplaît », « la fièvre dans les yeux », et ainsi de suite.

 

Giacomo ne voit plus, au moment où l'on annonce l'arrivée de « son » tableau, celui qu'il a commandé trois ans auparavant pour son prince et mécène, « son » tableau qu'il attend, une si longue attente, depuis qu'il l'a commandé, pour don Ruffo, le collectionneur qui ne regarde jamais sa collection sinon pour demander à Costanza de faire la poussière au plumeau.

 

Au palais tout le monde attendait le tableau. On l'attendait depuis plusieurs années d'ailleurs !

 

Second fil : l'attente.

 

Giacomo m'a toujours aimée. En tout cas jusqu'à ce que la mélancolie le fige sur la terrasse et qu'il ne puisse plus rien aimer. On aurait dit que tout l'indifférait désormais : la collection, Mica, les oliviers et la mer, le tableau qu'il attendait, et moi aussi bien sûr.

 

Écart : la mélancolie, du grec μελαγχολία, de μέλας = noir et de χολή = bile.

 

Le tableau.

 

Rembrandt van Rijn, Aristoteles peinzend bij een_h700

Rembrandt van Rijn, Aristoteles peinzend bij een borstbeeld van Homerus (Aristote méditant devant un buste d'Homère), 1653, Metropolitan Museum of Art, New York [image cliquable]

 

Et le fond, Costanza ? le fond ? Oui, le décor. Où se trouve Aristote ? On ne voit rien, Signor di Battista. C'est tout noir. Avec un tapis rouge. C'est juste de la peinture. Ils sont nulle part.

 

Un roman de l'absence dont le récit ne suit pas l'ordre chronologique : nulle part, hors du temps. Une histoire de désir. Une écriture limpide dont la lecture requiert le silence.

 

Palazzo Ruffo appoggiato al Trinacria, ca 1909

Palazzo Ruffo appoggiato al Trinacria, ca 1909

 

Lorsque le 28 décembre 1908, vingt-trois secondes suffisent à dévaster totalement la seconde ville de Sicile et, sur la péninsule, toute la ville de Reggio di Calabria, provoquant la mort de cent cinquante mille personnes dans les effondrements, les incendies et le raz-de-marée qui succède au tremblement de terre, les œuvres d'art partagent inévitablement le destin des hommes : elles sont ensevelies, ou brûlent et redeviennent poussière. Des centaines de toiles sont perdues. Le tombeau d'Antonio Ruffo est détruit.

 

* * *

 

Une lecture du tableau.

 

EDMOND BLATTCHEN. – Votre symbole, Paul Ricœur, est un tableau de Rembrandt, dont le titre est « Aristote contemplant un buste d’Homère ». Que représente ce tableau pour vous ?

PAUL RICŒUR. – Pour moi, il symbolise l’entreprise philosophique telle que je la comprends. Aristote, c’est le philosophe, comme on l’appelait au Moyen Age, mais le philosophe ne commence pas de rien. Et même, il ne commence pas à partir de la philosophie, il commence à partir de la poésie. Il est tout à fait remarquable, d’ailleurs, que la poésie soit représentée par le poète, comme la philosophie est représentée par le philosophe, mais c’est le poète qui est statufié, alors que le philosophe est vivant, c’est-à-dire qu’il continue toujours d’interpréter. Le poète est en quelque sorte recueilli dans son oeuvre écrite qui est représentée par un buste.

Je voudrais souligner deux ou trois détails qui n’apparaissent pas à première vue. D’abord, contrairement au titre, Aristote ne contemple pas le buste d’Homère ; il le touche. C’est-à-dire qu’il est en contact avec la poésie. La prose conceptuelle du philosophe est en contact avec la langue rythmée du poème. Aristote regarde autre chose. Quoi ? Nous ne le savons pas. Mais il regarde autre chose que la philosophie. Il touche la poésie mais pour réorienter son regard vers autre chose ; vers l’être ? la vérité ? Tout ce qu’on peut imaginer.

Je voudrais signaler un autre détail qui n’est pas remarqué si on n’est pas conduit par un bon guide. C’est qu’il y a trois personnages sur ce tableau. Aristote est vêtu de vêtements contemporains (de Rembrandt, naturellement) – la philosophie est toujours contemporaine alors que le buste d’Homère est statufié. Et le troisième personnage dans ce tableau se trouve dans la médaille suspendue à la taille d’Aristote.

Au premier abord, on pourrait penser que cette médaille faut partie de l’élément décoratif. Mais j’ai déjà dit que les vêtements d’Aristote ont une signification. Ils sont, modernes, de l’époque du peintre, alors que le buste reste dans sa configuration archaïque. Or, sur cette médaille, c’est la tête d’Alexandre, le politique, qui est représentée. Il ne faut pas oublier qu’Aristote a été le précepteur d’Alexandre. Et son rapport au politique n’est pas seulement un rapport d’éducateur c’est aussi celui qui a pensé le politique, au point même de faire de l’éthique la préface à la politique.

L’éthique n’est complète que comme politique parce que c’est l’ensemble des hommes, c’est la communauté qui est orientée vers le « vivre bien ».

Alors, si nous replaçons cette médaille vraiment dans son lieu intermédiaire, nous comprenons que le politique est toujours silencieusement présent, discrètement présent, à l’arrière-plan du rapport entre poétique et philosophie. Parce que c’est un rapport de paroles – le poète parle, le philosophe parle – mais le politique, dans sa, meilleure destination et dans sa meilleure efficacité, c’est la paix publique, c’est-à-dire la possibilité que le discours continue dans un ordre tranquille. Cette médaille est là pour nous rappeler que la philosophie ne peut continuer son œuvre de réflexion sur une parole qui n’est pas la sienne, la parole poétique, que si elle continue d’entretenir lui rapport actif avec la politique, dont elle a la charge. Si j’ose dire : que le personnage du tableau est chargé de cette médaille.

 

Appliquons la symbolique de ce tableau à votre propre expérience. Quel est votre Homère, quels sont vos Homère, Paul Ricœur ?

Nous avons commencé par le problème de l’herméneutique, en la définissant comme une interprétation continuelle des textes. Les textes poétiques ont certainement une place prépondérante, une place royale parmi les textes, parce que ce sont les textes qui produisent du sens. J’étends le mot « poétique » au-delà de la poésie au sens rimé et rythmé, au sens de production de sens. C’est-à-dire qu’il faut d’abord une énergie créatrice d’innovation pour qu’il y ait ensuite un discours de second degré.

Je ne mets pas la philosophie à la place du poétique, elle est réflexive. C’est toujours un travail de second degré, d’ailleurs, pas uniquement sur la poésie, mais sur le langage ordinaire, sur le langage des sciences, sur le langage de la psychanalyse, et sur le discours poétique.

Par conséquent, ce caractère second, réflexif, de la philosophie et ce caractère primitif, originel, originaire, et créateur de la poésie, constituent le cadre fondamental, avec la médiation secrète du politique, qui est à la fois présupposé – puisqu’il est avant, mais aussi but, d’une certaine façon – de la réflexion morale...

 

Vos rapports avec le prince sont-ils aussi apaisés que ceux d’Aristote avec Alexandre ?

Nous sommes dans une situation radicalement différente, c’est-à-dire sans prince. Le problème de la démocratie moderne est que nous engendrons tous la souveraineté par notre vouloir vivre ensemble ; mais ce vouloir vivre ensemble ne vit que si nous le transformons constamment en un contrat social effectif, donc volontariste.

 

Paul Ricœur, L’unique et le singulier – entretien avec Edmond Blattchen : Noms de dieux – Le Symbole, « Le philosophe, le poète et le politique », Bruxelles, Alice Éditions, 1999, pp. 53-60.

 

* * *

 

Lou n'a évoqué Corelli qu'une fois : E pericoloso sporgersi.

 

Partager cet article

Repost0
13 mars 2014 4 13 /03 /mars /2014 00:01

 

Henri Dutilleux, Mystère et mémoire des sons

Henri Dutilleux, Mystère et mémoire des sons, Entretiens avec Claude Glayman, Actes Sud, 1997

 

Henri Dutilleux, in Constellations

Henri Dutilleux (photographie : Louis Monier)

 

Henri Dutilleux, Orchestral, Piano & Chamber Master works

Henri Dutilleux, Orchestral, Piano & Chamber masterworks, Plasson, Casadessus, Bonneau, Chung, Mørk, Capuçon, Queffélec, Pahud, Godart, EMI Records / Virgin Classics, 2012

 

 

 

Henri Dutilleux, The Shadows of Time, I à III, 1997 – Orchestre du Capitole de Toulouse, dir. Michel Plasson, Timothée Collardot, Aude Guiral, Sarah Lecolle, children voices from Choir "La Lauzeta"

 

The Shadows of Time est composé de six épisodes : I. Les Heures ; II. Ariel Maléfique ; III. Mémoire des ombres ; IV. Interlude ; V. Vagues de Lumière ; VI. Dominante Bleue ?

 

On y entend des réminiscences du chant grégorien, le mystère, le sacré.

Dominante bleue ? Un musicien de la couleur.

On reconnaît le « son Dutilleux » dès les premières mesures, comme une sorte de sensualité dans l'ordre harmonique.

 

Vassily Kandinsky, Impression V (Parc), 1911

Vassily Kandinsky, Impression V, 1911 – le cavalier bleu

 

_ Je suis né le 22 janvier 1916, à Angers. J'avais trois ans quand ma famille a quitté cette ville en 1919 pour rejoindre le Nord de la France, alors si éprouvé. Un enfant de trois ans peut être marqué par certaines images qui se fixeront comme des souvenirs.

[...]

_ Vous songez à votre maison actuelle ?

_ Elle est à une soixantaine de kilomètres d'Angers, à Candes-Saint-Martin, en Touraine, à la pointe extrême du confluent de la Loire et de la Vienne. C'est très beau, ce spectacle des deux fleuves qui se rejoignent, face à chez nous.

 

Confluent de la Vienne et de la Loire, Candes-Saint-Martin

Confluent de la Vienne et de la Loire, Candes-Saint-Martin

 

Constant Dutilleux, l'arrière-grand-père du compositeur, était peintre. Henri Dutilleux se souvient de ses toiles, dessins, fusains, sanguines.

 

Constant Dutilleux, Paysage à Lambres, pastel, 1865, Musé

Constant Dutilleux, Paysage à Lambres, pastel, 1865, Musée des Beaux-Arts, Arras

 

_ Vous aviez reçu une éducation religieuse ? Vous y revenez dans une interview où vous parlez de cette dimension sacrée, à propos de votre vision de la musique.

_ C'était sans doute avec dom Angelico Surchamp, pour la revue Zodiaque. J'évoquais une aspiration vers quelque chose d'indicible *, inclination qui s'est peut-être affirmée au cours des années.

[…]

Voyez-vous, j'ai une foi un peu particulière, pas du tout comme Messiaen qui se proclamait avec force et une grande sincérité musicien catholique.

* NDL : on ne peut dire la musique.

 

Le Conservatoire, la villa Médicis, et les années noires – de l'Occupation à la Libération.

 

_ C'est à cette période que vous avez connu votre femme, Geneviève Joy ?

 

Henri Dutilleux et Geneviève Joy

Henri Dutilleux et sa femme, la pianiste Geneviève Joy (photographie : Louis Monier)

 

_ Nous nous sommes mariés en 1946, nous nous connaissions depuis quatre ans.

 

_ Aviez-vous des amis musiciens à l'époque ?

_ C'est vers la fin de l'Occupation que j'ai rencontré Manuel Rosenthal, à l'occasion d'une réunion très clandestine qui se tenait au fond d'une impasse, près du métro Falguière. Moi, j'étais l'un des petits maillons d'une longue chaîne de musiciens groupés sous le nom de Front national – le vrai, celui-là, comme c'est étrange ! – où se retrouvaient Désormière, Henry Barraud, Georges Auric, Claude Delvincourt, Elsa Barraine, Roland-Manuel, Irène Joachim, Marcel Mihalovici, Rosenthal et d'autres encore.

[…]

Désormière […] avait été l'un des maîtres d’œuvre de la reprise de Pelléas et Mélisande à l'Opéra-Comique en septembre 1940 – devant un parterre vert-de-gris.

 

Des musiques de films ? Oui, pour Grémillon, Pialat...

 

_ On vous dit un peu lent ?

_ On a tout à fait raison de le dire. […] Si je suis lent ce n'est pas, à vrai dire, que je ne travaille pas, c'est parce que je parviens mal à préserver mon temps de travail, bien que je sois maintenant un homme libre. […] Mais il est extrêmement difficile d'organiser son travail tout en restant ouvert aux autres et disponible.

 

Comment Henri Dutilleux a-t-il vécu mai 68 ?

_ […] dans le sens d'une plus grande liberté, […] une prise de conscience de la situation du musicien et du compositeur dans la société.

 

Un musicien hédoniste ?

 

_ J'ai souvent parlé de la joie du son, mais il y a autre chose... En toute humilité, je dirai, moi, que l'un des buts principaux, c'est la recherche d'une certaine cohérence, d'un équilibre sans préjudice de la fantaisie, d'une sorte de plaisir qui serait aussi celui du jeu, du goût du risque, ce qui est très important aussi.

 

_ Comment vivent les compositeurs, en France ou ailleurs ? Quels sont leurs moyens d'existence ?

_ […] l'enseignement... la radio... des arrangements pour des boîtes de nuit... au moins jusqu'à cinquante ans.

 

* * *

 

Henri Dutilleux, Constellations

_Henri Dutilleux, Martine Cadieu(x ?), Constellations– Entretiens, Michel de Maule, 2007

 

Avant-propos

Chasseresse des songes, Martine Cadieu a plusieurs cordes à son arc : la poésie, le roman, la musique.

Jean Roy

 

Dans l'île Saint-Louis. Correspondances

Samedi 28 février 2004, l'après-midi.

L'air est léger, le froid coupant, la lumière douce et dorée sur les quais et le marché aux fleurs.

[…]

Henri Dutilleux aime bien raconter, faire sourire. Moi j'aime bien écouter.

 

 

Henri Dutilleux, Correspondances, Esa-Pekka Salonen (Trailer) – Alexandre Soljenitsyne, Prithwindra Mukherjee, Vincent van Gogh, Rainer Maria Rilke –, 22 janvier 2013

 

Correspondances est une œuvre de Henri Dutilleux créée par Simon Rattle à Berlin, les 5 et 7 septembre 2003.

 

_ Titre au pluriel et l'on comprend pourquoi. Je pensais déjà à la lettre de Soljenitsyne à Rostropovitch et Galina Vichneskaïa.

[…]

C'est la première à laquelle j'ai pensé. Je voulais me limiter à des lettres, mais au même moment, j'ai retrouvé un recueil de poèmes d'un auteur indien vivant à Paris : Prithwindra Murkherjee. Il m'avait donné ce livre, il y a longtemps. J'ai commencé l’œuvre par son texte.

 

« Des flammes, des flammes qui envahissent le ciel,

Qui es-tu, ô danseur, dans l'oubli du monde ?

Tes pas et tes gestes font dénouer tes tresses,

Tremblent les planètes et la terre sous tes pieds.

Des flammes, des flammes qui envahissent la terre... »

 

J'ai ensuite pensé à la correspondance de Vincent van Gogh avec son frère Théo.

 

Vincent van Gogh, La Nuit étoilée, 1889

Vincent van Gogh, La Nuit étoilée, 1889 – en noir et blanc dans le texte

 

_ La Nuit étoilée m'a inspiré une partition : Timbres, Espace, Mouvement.

 

Des rencontres.

 

Kandinsky : Impression V, 1911 – le cavalier bleu (cf. supra).

Paul Jenkins : Phenomena Sun Over The Hourglass, 1966 – sur un fond noir, un bleu très vibrant, un rouge de flamme, un jaune acide, une grande montée de blanc lumineux.

 

Paul Jenkins, Phenomena Sun Over The Hourglass, 1966

Paul Jenkins, Phenomena Sun Over The Hourglass, 1966

 

Et Robert Doisneau.

 

Robert Doisneau, Les Lilas de Ménilmontant, 1956 ht700

Robert Doisneau, Les Lilas de Ménilmontant, 1956 – Lou avait neuf ans, en plein élan sur ses patins.

 

Henri Dutilleux s'est passionné pour l'astrologie.

 

Henri Dutilleux, thème astrologique de naissance

Henri Dutilleux, thème astrologique de naissance – 22 janvier 1916 à 6 h 30 du matin, à Angers

 

Le lecteur trouvera par le lien une lecture du thème.

 

Planètes, astrologie

 

On observera Neptune, les eaux profondes, Saturne, une certaine lenteur mélancolique et une disponibilité exigeante aux autres, Pluton, non pas la mort mais l'autre rive, et la Lune, en 22° Lion, entre Neptune et Mars. Uranus, si près de Mercure – tout pour s'entendre. Jupiter en Poissons, et en bonne relation avec Neptune et le Soleil (sextile et trigone).

 

Et puis Henri Dutilleux est un chat de bois, dans l'Empire Céleste. Un chat...

 

Restons encore un peu.

 

 

Henri Dutilleux, Ainsi la Nuit, Quatuor Rosamonde, 2011

 

L’œuvre intégrale est interprétée ici par le Belcea Quartet.

 

Partager cet article

Repost0
1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 00:01

 

Lob, Rochette, Legrand, Le Transperceneige, Intégrale, Cas

Lob / Rochette / Legrand, Le Transperceneige, Intégrale, Casterman, 2013

Cette intégrale rassemble les trois tomes originaux du Transperceneige, à savoir : Le Transperceneige (1984, réédition sous le titre L'Echappéeen 1999), L'Arpenteur(1999), La Traversée (2000).

 

(A SUIVRE) 57, octobre 1982 357

Lob / Rochette, Le Transperceneige, (A SUIVRE), octobre 1982-juin 1983, Casterman – album, Casterman, 1984

 

Snowpiercer

Bong Joon-Ho, Snowpiercer, 2013

 

 

Nick Murray, Druzhba, Snowpiercer, English Session Orchestra, Britten Sinfonia Voices, 2013

 

Un jour, la bombe a fini par éclater. Et toute la Terre s’est brutalement retrouvée plongée dans un éternel hiver gelé, hostile à toute forme de vie. Toute ? Pas tout à fait. Miraculeusement, une toute petite portion d’humanité a trouvé refuge in extremis dans un train révolutionnaire, le Transperceneige, mu par une fantastique machine à mouvement perpétuel que les miraculés de la catastrophe ont vite surnommé Sainte Loco. Mais à bord du convoi, désormais dépositaire de l’ultime échantillon de l’espèce humaine sur cette planète morte, il a vite fallu apprendre à survivre. Et les hommes, comme de bien entendu, n’ont rien eu de plus pressé que d’y reproduire les bons vieux mécanismes de la stratification sociale, de l’oppression politique et du mensonge religieux…

Bande dessinée majeure des années 80 créée par Jean-Marc Rochette et Jacques Lob, reprise à la fin des années 90 pour deux volumes supplémentaires par Benjamin Legrand après le décès de son scénariste, la trilogie du Transperceneigereparaît en un volume unique à l’occasion de son adaptation au cinéma (Snowpiercer, sur les écrans dès la fin de l’été) par le plus célèbre des cinéastes coréens, Bong Joon-ho. La redécouverte de l’une des meilleures sagas de science-fiction qu’ait produite la bande dessinée française : trente ans après sa création, Le Transperceneigen’a rien perdu de sa puissance et de sa singulière modernité.

Casterman

 

Transperceneige, incipit

 

Tout commence par une complainte de chanteur de rue.

 

Parcourant la blanche immensité

d'un hiver éternel et glacé

d'un bout à l'autre de la planète

roule un train qui jamais ne s'arrête.

 

C'est le Transperceneige aux mille et un wagons.

 

– Fumier d'queutard ! J'm'en vais t'péter la gueule, moi !!!

 

C'est le dernier bastion d'la civilisation !

 

Proloff, un queutard, s'est échappé des wagons de queue en passant par l'extérieur, au risque de la mort blanche. Il a rejoint les voitures de Seconde.

– Il s'est introduit par la fenêtre des chiottes en brisant la vitre...

Le premier garde s'est montré brutal, mais le lieutenant Zayim est accueillant.

 

Transperceneig, Zayim et Proloff

– Brochard ! Apportez-lui deux biscuits et une tasse de kawa.

 

Dans cette partie du train, il y a du vrai café. On ne connaît pas bien les conditions de vie dans le tiers-convoi. Proloff évoque la promiscuité constante et étouffante. Un jour, on a voulu faire un cadeau à un brave petit vieux doux et tranquille, pour son anniversaire.

– Ben... J'aim'rais bien qu'vous m'laissiez tout seul. Rien qu'une heure, juste une petite heure.

Il s'est pendu.

 

Transperceneige, Adeline Belleau

Adeline Belleau :

J'appartiens à un groupement d'aide au tiers-convoi.

 

Proloff est en isolement, peut-être contagieux. Adeline se glisse dans le compartiment où il est détenu.

On dit qu'vous êtes des milliers à être entassés dans des fourgons à bestiaux, à crever d'faim et d'froid.

 

Transperceneige, nantis et damnés

 

On les rase tous les deux, question d'hygiène.

Ils sont conduits au Quartier Général, dans les wagons dorés.

 

Là d'où je viens, on dit qu'il existe en tête des wagons presque vides... des voitures entières qui ne sont occupées que par une poignée d'aristocrates et de parvenus qui vivent dans la fourrure et la soie !

 

Transperceneige, wagons dorés

 

Le voyage est interminable, littéralement.

 

Transperceneige, Terre promise

 

Le vap'shit ? En réalité, c'est du Vap'o Clean, une sorte de désinfectant pour chiottes, […] un super flash.

 

Les prêtres mécano, les frères de la machine, sont à leur office.

ô Sainte Loco, que ton mouvement dispensateur d'énergie ne se ralentisse point, qu'il apporte aujourd'hui et demain les bienfaits qui nous sont nécessaires.

Sainte Loco, source de vie, roulez pour nous.

 

Dans l'assistance, on maudit les wagons d'queue avec la racaille qui les occupe.

 

Transperceneige, voitures dorées

 

La machine ralentit. Le colonel Cohen et le président ont un projet : décrocher les wagons de queue et recaser les habitants.

 

Le Transperceneige, c'était un train conçu pour les croisières de luxe pendant plusieurs semaines... C'était avant la bombe qui a bousillé le temps – on avait parlé de l'arme climatique.

 

En tête, il y a les folles nuits, le sexe et la baise contre l'angoisse et l'ennui.

Les autres sont tous largués, tous baisés. Le président et le colonel... ils n'ont jamais eu l'intention de recaser les gens qui sont en queue.

 

Mais des fourgons les plus reculés

La mort qui, soudain, s'est échappée

Lentement remonte le convoi

semant partout l'horreur et l'effroi.

 

Une épidémie. D'où vient-elle ? Les symptômes ressemblent à ceux du SIDA.

 

Proloff rappelle la ruée sauvage, peu de temps après le départ du convoi, et le massacre. Son message, transmis depuis une cabine radio, passe dans tout l'convoi.

 

Proloff :

On continue ! Jusqu'au bout ! T'as jamais eu envie d'voir Sainte Loco ?

 

Il y a une salle de cinoche... Ce soir, ils jouent Casablanca.

 

Proloff et Adeline s'emparent du président. Il les conduit, sous la menace, vers la loco. Proloff mitraille les vitres du dernier wagon : la mort froide pour le président – et pour Adeline.

 

Alec Forester, le père de la machine, recueille Proloff.

 

Opération décrochage terminée.

 

Le vieux n'en a plus pour longtemps, Proloff prend la relève aux commandes.

 

Parcourant la blanche immensité

d'un hiver éternel et glacé

d'un bout à l'autre de la planète

roule un train qui jamais ne s'arrête.

 

C'est par ma faute qu'elle est morte... c'est... c'est comme si je l'avais tuée.

 

* * *

 

Transperceneige, 2-L'Arpenteur, cover

Legrand / Rochette, L'Arpenteur, 1999

 

Transperceneige, 2-L'Arpenteur, incipit

 

Dehors, il fait moins 85. Le maître du train est le conseiller Kennel. Le révérend Dicksen tient ses ouailles et conspire contre le conseiller.

Nous allons donc tous prier maintenant... pour que jamais notre train n'entre en collision avec le Transperceneige – le premier train, qui, après le largage, a continué d'errer sur la même voie, sans plus personne pour le conduire. Des exercices de freinage permettent de réduire le risque.

Val, la fille de Kennel crée des voyages virtuels. On peut les gagner dans des jeux.

Puig Vallès, un arpenteur, a eu un problème de caméra au cours de sa dernière sortie pendant un exercice. Il est arrêté, pour être condamné, au moment où il vient de gagner un voyage.

L'arpenteur s'est évadé !!! Il est armé ! Il a tué deux gardes !!!

Puig est repris, il est enfermé dans un tiroir – une cellule. Val vient le voir.

 

Des terroristes préparent une bombe.

 

L'arpenteur est condamné à des travaux d'intérêt public  une mission suicide. Il est envoyé en éclaireur dans une navette aérienne pour observer la voie. Il repère un pont détruit (ainsi, le choc frontal entre les deux tronçons du premier train a eu lieu des années auparavant) et sauve le train.

Il devient citoyen d'honneur.

 

Tourne Transperceneige

Tourne sans t'arrêter

Tourne comme un manège

Sur notre Terre glacée.

 

* * *

 

Transperceneige, 3-La Traversée, cover

Legrand / Rochette, La Traversée, 2000

 

Transperceneige, 3-La Traversée, incipit

 

Une explosion (voir L'Arpenteur) ! Plusieurs wagons du milieu sont détruits.

On largue l'arrière du train pour éviter le déraillement.

 

Transperceneige, 3-La Traversée, Val

 

Les terroristes tentent d'assassiner Puig. Un moment, on le croit mort. On arrête les ordures et on les colle dans des tiroirs.

Il ne reste qu'un wagon agricole, avec seulement des produits de luxe, caviar et champagne.

On a capté une émission très faible, à peine audible, venant de l'autre côté de la mer. Il faut traverser la mer gelée pour rejoindre ceux qui émettent. La loco est équipée de chenilles amovibles – un secret jusque là – afin de pouvoir quitter les rails.

L'odyssée commence, par monts et par vaux – les vagues ont gelé. La loco n'y peut tenir. On coupe les derniers wagons du peu qu'il reste du convoi.

 

Transperceneige, 3-La Traversée, Kennel

Kennel est tué par les terroristes.

 

On retrouve Proloff (voir Le Transperceneige), isolé dans la cabine de la loco, un peu fou depuis la mort de sa femme.

 

Tu sais qu'on approche vraiment, Puig ? On commence à entendre beaucoup mieux le signal.

C'est le Requiem de Fauré, je crois.

 

 

Gabriel Fauré, Requiem, Pie Jesu, Michel Corboz & Berner Symphonieorchester, Maitrise St-Pierre Aux Liens de Bulle, Alain Clément, soprano, 1972

 

On atteignait l'autre bord du monde. On entendait bien la musique.

 

 

When the Saints Go Marching In, Mahalia Jackson, 1961

 

Puig s'avance vers la caverne d'où vient la musique. On entend Le Temps des cerises.

 

 

Jean-Baptiste Clément, Antoine Renard, Le Temps des cerises, 1868  int. : Marcel Mouloudji, 1958

 

On a fait tout ça pour rien. Il n'y a personne de vivant... C'est un système automatique...

Mais c'est trop horrible ! Qu'est-ce qu'on va dire aux gens, Puig ? Qu'est-ce qu'on peut leur dire ?

La vérité, Brady... La vérité... Dis-leur qu'on a fait tout ça pour une chansonnette.

 

Au dernier recensement, l'humanité comptait 754 hommes, 693 femmes et 23 enfants.

 

Val consulte le Yi King.

 

Transperceneige, 3-La Traversée, Yi King, La paix

 

Neuf à la troisième place signifie :

Pas de plaine qui ne soit suivie d'une côte,

pas d'aller qui ne soit suivi d'un retour.

Sans blâme est celui qui demeure constant dans le danger.

Ne te désole pas d'une telle vérité ;

jouis du bonheur que tu possèdes encore.

 

Ils sont partis dans mille et un wagons. L'arrière a été largué. Puis il y a eu l'explosion du milieu, la moitié du train a été détachée. Au cours de la traversée, comme la marche se ralentissait, d'autres wagons ont été abandonnés, et d'autres encore pour se débarrasser des terroristes, les rétrogrades. La machine avançant à vitesse réduite, il a fait de plus en plus froid.

Ils n'ont presque plus de vivres, plus de chauffage, Sainte Loco s'est arrêtée. Ils ne sont plus que quelques centaines à attendre la mort blanche, dans les bulles et en musique.

 

* * *

 

Le Transperceneige est une synecdoque du monde : huis clos, lutte des classes, religion, amour, musique.

 

Le premier volume (commencé par Alexis, le premier mort du train, et finalement dessiné par Jacques Lob – en 1990, peu avant sa mort, il avait dit qu'il ne voulait pas de suite) est le plus fort.

L'Arpenteur se traîne un peu. Le graphisme a changé (on aime, on n'aime pas), le scénario ralentit en même temps que la loco.

La Traversée entre dans une phase extrêmement active. Explosions, coups de théâtre, rebondissements. Et chute.

 

Quand le roman graphique (graphic novel, selon le terme de l'inventeur, Will Eisner) est d'une telle vérité, jouis du bonheur que tu possèdes encore.

 

Partager cet article

Repost0
9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 00:01

 

Michel-Guerin_357.jpg

Michel Guérin, 2013

 

Keith Jarret, The Köln Concert, 1975

 

Aujourd'hui remontons en amont de l’œuvre d'art au moment où un geste inouï va se saisir de la matière, notes, mots, corps, couleurs, pour tout simplement créer, et c'est en compagnie du philosophe Michel Guérin...

 

Henri Matisse, La danse, 1909 - Musée de l'Ermitage

Henri Matisse, La danse, 1909 – Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg

 

Michel Guérin, quel est ce geste créateur que vous comparez à une danse et qui se situerait à l'origine de tout processus de création...

Dans tout art, il y a un geste de danser, pas seulement dans la danse, dans la chorégraphie, pas seulement dans la musique, éventuellement la mélodie ou la musique qui fait danser, mais je pense que dans les arts visuels mêmes – et pas seulement dans la sculpture, dans le drapé, dans des figures qui pourraient directement évoquer, de manière figurative, en quelque sorte, la danse –, je pense qu'il y a plus radicalement encore un danser de tout art, et ce danser de tout art, c'est tout simplement le commencement, c'est le geste lui-même, mais je dirais que le geste de l'art, ce n'est pas le geste technique habituel. Alors, évidemment, n'allons pas trop loin dans le paradoxe, il n'y a pas d'art sans technè, sans technique, sans ars, au sens latin du terme. L'art est une transformation, pas seulement une transformation d'objets, une transformation de choses en objets, il ne consiste pas simplement à construire des artefacts, il peut y avoir une construction, une transformation, mentale ou symbolique, mais quoi qu'il en soit, l'art, en effet, suppose une technique, et cependant, il rompt, à un moment donné, avec la logique habituelle de la technique, c'est-à-dire que l'art est un faire libre, c'est-à-dire un faire qui a envie d'explorer son propre commencement, qui n'est plus assujetti à un but. Lorsqu'on construit un objet, un outil, c'est pour s'en servir. L'art, comme la philosophie peut-être, ne sert à rien, c'est-à-dire qu'il explore quelque chose à partir de la conscience profonde de cette liberté. Comment se manifeste-t-elle ? Je dirais : comme mouvement, comme mouvement du corps – et le mouvement du corps le plus libre, le plus spontané, le plus gratuit, le plus gracieux, ça s'appelle encore la danse.

Lorsque je parle du geste, il faut entendre « les gestes », mais je pense qu'ils ont un air de famille entre eux, et cet air de famille, je vais essayer de l'expliquer comme peut-être je ne l'ai pas fait encore, et c'est le très beau morceau de piano -

Keith Jarrett, The Köln Concert -

que vous avez fait entendre, qui me le suggère peut-être avec une vigueur particulière. C'est que, dans ce danser, il y a ce paradoxe, à savoir que l'intention ne se sait pas encore.

Je rappelle que le morceau qu'on a entendu est une improvisation.

Voilà ! C'est bien parce que je savais que c'est une improvisation que, en plus, j'insiste sur ce point, c'est-à-dire qu'on a affaire à une intention qui n'est pas sûre d'elle-même, qui ne se précède pas. D'habitude, l'idée qu'on a de l'intention créatrice, ou de l'intention tout court, c'est qu'elle est dans la conscience avant la réalisation. Or, on a affaire ici, au contraire, à une forme qui se cherche elle-même dans la matière. Autrement dit, qu'est-ce que l'improvisation ? C'est la précellence de la matière sur la forme.

 

 

Michel Guérin, Adèle Van Reeth, ré. : Olivier Guérin, lectures : Marianne Denicourt, 2013

 

Pech Merle, main en négatif

Pech Merle, il y a 25.000 ans

 

Francis Bacon, Lying Figure in a Mirror, 1971

Francis Bacon, Lying Figure in a Mirror, 1971

« C'est alors que surgit quelque chose qu'on n'attendait pas et qui arrive inopinément […]. Le plus étonnant, c'est ce quelque chose qui est apparu comme malgré soi […]. Lorsque je commence une nouvelle toile, j'ai une certaine idée de ce que je veux faire, mais pendant que je peins, tout d'un coup, en provenance, en quelque sorte, de la matière picturale elle-même, surgissent des formes et des directions que je ne prévoyais pas. C'est cela que j'appelle des accidents. »

Francis Bacon, Entretiens avec Michel Archambaud, Lattès, 1992

 

Paul Cézanne, La baie de L'Estaque, 1886

Paul Cézanne, La baie de L'Estaque, 1886

 

Antoni Tàpies, Le chapeau renversé, 1967

Antoni Tàpies, Le chapeau renversé, 1967

 

Pablo-Picasso, Homme assis à la canne, 1971

Pablo Picasso, Homme assis à la canne, 1971

 

Honoré de Balzac, La Belle noiseuse

Honoré de Balzac, Le chef-d’œuvre inconnu, 1831-1837

 

Joyce Pensato, Maxi Mickey

Joyce Pensato, Maxi Mickey, 1993

 

Relisons-nous, relisons Lou.

« Dans cette peinture en acte, l’artiste s’investit en se représentant, la représentation n’étant que l’empreinte d’un déplacement.

[...]

Joyce Pensato est une femme de taille moyenne.

Le cercle du ventre de Mickey est tracé d’un seul geste, c’est l’empreinte corporelle de l’artiste. Prenez les mesures du tableau, mettez-vous à l’aune de Joyce et tracez un cercle, d’un unique trait de pinceau, selon Shitao.

Le Mickey est une empreinte, une représentation, un déplacement. »

 

Wolfgang Amadeus Mozart, Exsultate Jubilate, Cecilia Bartoli, dir. Riccardo Muti, 2006

Le corps, l'intention, le corps. Le chant vient des entrailles. Il faut que ça vibre en bas (regardez les plis de la robe) pour que ça chante en haut.

A la fin, elle est vraiment heureuse, elle l'a fait ! La note très haute. Oui, ce sont de grands professionnels, mais non. C'est de l'art et ce n'est jamais gagné d'avance.

 

 

Boby Lapointe, La peinture à l'huile, 1969

 

_ _ _

 

Plus loin.

 

Comment le philosophe éprouve-t-il la situation qui lui est faite aujourd’hui ? Cette question, trop générale, enveloppe une multitude d’interrogations. Les unes touchent le regard que les autres, les non-philosophes, c’est-à-dire la société, portent sur celui dont la profession ou la vocation est de philosopher; les autres, intérieures à cette pratique même, concernent les inflexions, plus ou moins irrépressibles, que connaissent nos philosophèmes dès lors qu’on considère, comme c’est mon cas, qu’il n’existe pas dephilosophia perennis, mais une histoire de la philosophie solidaire de l’histoire tout court ; en d’autres termes, le philosophe contemporain réinvestit moinsles problèmesde la philosophie (sous-entendu : éternels) qu’il ne s’efforce d’élever àla dignité philosophiquedes questions qui germent dans le terreau de l’époque. Maiscomment les formuler, ces questions ? Par quel effort de langage les rendre pertinentes ? Si la voie directe s’avère impraticable, celle de l’analogie – de la métaphore – est-elle en mesure de prendre le relais ? Ou faut-il aller encoreau-delà, au risque, en perdant totalement de vue toute référence objectivable, de prêter le flanc au reproche de faire passer pour philosophie une sorte de « littérature » aussi vague qu’indigeste ?

 

Michel Guérin, De la philosophie comme figurologie, in Analogia e Mediaçao : Transversalidade na Investigaçäo em Arte, filosophfia, et Ciência, dir. José Quaresma, CIEBA-FBAUL / CFUL, 2012

 

Partager cet article

Repost0
19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 00:01

 

 

Antonio Vivaldi, Sonata N° 12 In D Minor, Op. 1, La Follia, Adagio – Tema con 19 variazioni, Il Giardino Armonico, Teldec, 2013

 

Paul Morand, Venises, 1971

Paul Morand, Venises, Gallimard, 1971

 

Paul Morand, 1970 357

Paul Morand, 1970

 

Toute existence est une lettre postée anonymement ; la mienne porte trois cachets : Paris, Londres, Venise ; le sort m'y fixa, souvent à mon insu, mais certes pas à la légère.

Venise résume dans son espace contraint ma durée sur terre, située elle aussi au milieu du vide, entre les eaux fœtales et celles du Styx.

 

Emanuele Brugnoli (1859-1944), Piazza San Marco

Emanuele Brugnoli (1859-1944), Piazza San Marco

 

Je me sens décharmé de toute la planète, sauf de Venise, sauf de Saint-Marc, mosquée dont le pavement déclive et boursouflé ressemble à des tapis de prière juxtaposés ; Saint-Marc, je l'ai toujours connu, grâce à une aquarelle pendue au mur de ma chambre d'enfant : un grand lavis peint par mon père, vers 1880 – bistre, sépia, encre de Chine –, d'un romantisme tardif, où le rouge des lampes d'autel troue les voûtes d'ombre dorée, où le couchant vient éclairer une chaire enturbannée. De mon père, je possède aussi une petite huile, une vue de la Salute par temps gris, d'une rare finesse d’œil, qui ne m'a jamais quitté.

 

Joseph Mallord William Turner, Venise, Dogana et Santa Mari

Joseph Mallord William Turner, Venise, Dogana et Santa Maria della Salute, 1843

 

« C’est après la pluie qu'il faut voir Venise », répétait Whistler : c’est après la vie que je reviens m'y contempler.

 

James Abbott McNeill Whistler, Nocturne Blue and Gold - St

James Abbott McNeill Whistler, Nocturne : Blue and Gold - St Mark's, Venice, 1879-1880

 

Venise, c'est le décor du finale de ce grand opéra qu'est la vie d'un artiste : Titien s'y éteint après sa Déposition, le Tintoret avec San Marziale, Verrochio avec le Colleone.

 

Titien, Le Transport du Christ au tombeau, ca 1520

Tiziano Vecellio, dit Titien, Le Transport du Christ au tombeau, ca 1520

 

Tintoretto. le Miracle de Saint-Marc délivrant l'-copie-1

Jacopo Robusti, dit il Tintoretto, Saint Marc libérant l’esclave du supplice de la torture, dit aussi Le Miracle de l’esclave, 1547-1548

 [maintenant, certaines images sont cliquables pour une meilleure définition]

 

Carlo Ponti, Verrochio, late 1860'

Andrea Del Verrochio, statue équestre en bronze du condottiere Bartolomeo Colleoni, 1483-1488 – Carlo Ponti, fin des années 1860

 

Italie, 1907.

Lors de ma première évasion, je me jetai sur l'Italie comme sur un corps de femme, n'ayant pas vingt ans.

[...]

J'entrais dans la vie pour toucher mon dû : Titien, Véronèse n'avaient peint que pour se faire admirer de moi, ils m'attendaient ; l'Italie se préparait depuis des siècles à ma visite.

 

Paolo Veronese, Le repas chez Levi, 1573 700

Paolo Veronese, Le repas chez Levi, 1573

Veronese fut traduit devant la Sainte Inquisition. Ces bouffons, ces ivrognes, ces nains, tant de grossièretés !

Mordez l'homme qui se cure les dents à la fourchette, entre deux colonnes.
Veronese avait fait le tableau de La Cène, il a changé le titre. Un festin chez un Juif... la vérité canonique l'emportait sur l'histoire, et Veronese était libre. Et pourtant... dans la Parole, combien de pécheurs sont invités à la table du Seigneur !

 

Paul Morand parle de ses vingt ans.

 

C'était une époque heureuse, où personne n'avait mauvaise conscience, où ceux qui avaient mal ne criaient pas. Le mot de culpabilité, on ne le trouve pas dans les vieux dictionnaires ; les démocrates-chrétiens commençaient à peine à enter le remords social sur les repentirs de la religion.

 

Pendant ce temps, à Venise...

 

Bagués et roucoulants comme les pigeons de Saint-Marc passaient les pédérastes ; Venise, « cité contre nature » (Chateaubriand), les avait toujours accueillis...

 

A l'automne de 1909, je quittai Venise... […] … dans une chambre de pioupiou... […] J'avais accroché au-dessus de mon lit la première carte du monde, 1457, une reproduction du planisphère de Fra Mauro, et le plan de Venise établi en 1500 par Jacopo Berbari.

 

Fra Mauro, planisphère, 1457 700

 

Pour lire la carte selon notre axe moderne, cliquez ici.

 

Jacopo de Barbari, Plan de Venise, 1500 700

Jacopo Berbari, plan de Venise

 

Mon cœur était resté à Venise.

 

Bernhard von Breydenbach, plan de Venise, XVe siècle 700

Bernhard von Breydenbach, plan de Venise, XVe siècle

 

Caen, 1910. Aux Archives de la Préfecture, Paul Morand compile des dossiers. Il y trouve des lettres...

Des Archives de la Généralité.

Caen.

Ce jeudi 27e d'octobre 176...

Savez-vous qu'on retrouve dans Shakespeare cinquante et une références à Venise, alors qu'il ne quitta jamais l'Angleterre ?

 

Little Venice, Londres

Little Venice, Londres

 

1913-1970.

Little Venice.

Venise, je ne la retrouvais à Londres que dans ce quartier au nord de la gare de Paddington qui n'était pas encore recherché, comme il l'est actuellement [note de l'auteur : 1970], des artistes, qui l'ont surnommé La Petite Venise.

 

Oui, il y a plusieurs Venises. Celle de Marcel Proust, celle de Jean Cocteau, celle de Paul Morand. Et ces Leica, ces Zeiss...

 

1935.

« Tuez les mouches ! » (Recommandation mussolinienne.)

[note de l'auteur : 1967. Sur les murs de Pékin : « Tuez les oiseaux ! »]

 

1937.

Des avions militaires portent sur les ailes le lion de saint Marc. Après la mer, le ciel. L'avenir des dictateurs est dans le ciel, le Duce l'a dit.

 

Ce conservateur de la tradition n'aime pas qu'on tue les mouches, ni les oiseaux – qu'on leur laisse le ciel !

 

Heureusement, il n'est si bonne guerre qu'elle ne se quitte. En 1954, Giorgione est toujours là, ce génie mort très jeune, chez qui l'on découvre le paysage d'avant Poussin, la musique colorée, le romantisme (La Tempête), la sensibilité du chiaroscuro, l'atmosphère debussyenne...

 

Giorgione, La Tempête 700

Giorgione, La Tempête(La Tempesta), daté d'entre 1500 et 1510, Gallerie dell'Accademia, Venise

 

Titien, Le Concert champêtre 700

Tiziano Vecellio, dit Titien, Le Concert champêtre, vers 1509 (autrefois attribué à Giorgione)

 

Édouard Manet, Le Déjeuner sur l'herbe 700

Édouard Manet, Le Déjeuner sur l'herbe, 1863

 

Août 1969.

Je sortais d'un de ces petits traiteurs abrités derrière le Danieli...

[…]

Je vins donner du nez contre un parfum de bouc : j'étais sous le vent de trois garçons au torse nu, rougi par les hauts fourneaux de la vie errante, la croix d'or au cou, bien sûr. Leur beauté était plus offensive que la laideur. Une Walkyrie contestataire, à la chevelure répandue sur des épaules mangées de sel, semblait les tenir en laisse, faisant penser à quelque matriarcat de l'âge des dolmens ; leurs aisselles lançaient une odeur de poireau, et leurs fesses, de venaison ; leur sac de couchage roulé sur la nuque, ils s'étendirent comme des fusillés le long d'une boutique de changeur, sur fond de pièces d'or internationales.

[…]

Je tendis à la Walkyrie ma gourde de grappa ; elle s'en saisit, triste cloche, sans dire merci.

On peut redevenir singe ou loup en six mois, commençais-je, mais pour être un Platon, il aura fallu des millions d'années... Quant à imaginer Venise...

I shit on Venice, répondit la Walkyrie.

– Laissez donc ça aux pigeons, Mademoiselle..., fis-je, reprenant ma gourde vide.

Masque vénitien, Burano

Une écriture aux fuseaux, comme la dentelle de Venise – rappelez-vous les repentirs, de la religion et du peintre.

 

« torse nu, rougi par les hauts fourneaux de la vie errante, la croix d'or au cou, bien sûr »

pendant que d'autres suent sang et eau pour de l'acier.

« comme des fusillés le long d'une boutique de changeur, sur fond de pièces d'or internationales »

Ce n'est pas le monde de Paul Morand, ni l'usine ni la finance. Il est d'un autre temps, une époque heureuse, et pourtant il connaît le temps où il vit. C'est lui qui approche les hippies, en offrant avec bienveillance. Les pièces d'or internationales ne sont pas aimables.

 

Venise se noie ; c'est peut-être ce qui pouvait lui arriver de plus beau.

 

Carlo Ponti, Vue générale de Venise, 1880 700

Carlo Ponti, Vue générale de Venise, 1880

 

Partager cet article

Repost0

 


 
Handicap International

un clic sur les images