Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).
Il s'agit de décrire, et non pas d'expliquer ni d'analyser.
Edward Hopper peint une Amérique de rêve, celle des années '20, '30, '40.
Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Nulle anecdote, nul récit, l'avenir semble déjà figé dans le présent.
Edward Hopper a-t-il entrevu l'Amérique des lendemains qui déchantent : Hiroshima, Nagasaki, le plan Marshall, les îles Marshall , la guerre, la guerre toujours recommencée, Elephant, les nègres et les miséreux ?
La construction de l'image montre, cruellement, la lucidité du peintre au-delà de l'imagerie pieuse.

Edward Hopper, Compartment C, car 293
Une perspective étrange mène à un point de fuite hors-cadre.
La vue de la fenêtre est un tableau dans le tableau, une fenêtre ouverte (Leon Battista Alberti, De pictura, 1435), sur un monde clos. Le pont est parfaitement net et non pas filé comme le saisirait un appareil photographique. La ligne de la fenêtre passe par les yeux de la liseuse et rejoint, plus loin, celle de la pliure d'une revue blanche.

Ambrogio Lorenzetti, L’Annonciation, 1344
L'éclairage mystérieux vient on ne sait d'où : la lampe en applique ne donne pas de lumière.
Légende, ce qui est donné à lire.

Edward Hopper, Chop Suey, 1929, huile sur toile, 81x96
Un couple se défait tranquillement.
Deux dames prennent le thé.
Le soleil s'infiltre discrètement.
C'est un couple en formation.
Ils se sont rencontrés autour d'une poêlée de légumes.
Une table, seulement.
Une affaire de chapeaux.
Deux dames en bleu parlent chiffons.
Le soleil bleu et le silence blanc.
Un homme et une femme sont assis l'un en face de l'autre.
À côté, deux femmes, près d'une fenêtre.
Au-dehors, on ne voit personne, peut-être n'y a-t-il plus personne, le monde est clos, l'histoire est là.

Edward Hopper, Compartment C, car 293, 1938, huile sur toile 50,8 x 45,7
Vous avez choisi un compartiment de luxe pour vous seule, vous lisez – lisez-vous ? – une revue, le paysage est immobile, vous avez fait ce voyage l'année dernière, souvenez-vous, la même fenêtre, et vous portiez déjà cette robe, vous alliez rejoindre votre amant, en cours de route vous avez changé, aujourd'hui vous reprenez la même voie, sans fin, éternelle.

Edward Hopper, Nighthawks, 1942, huile sur toile, 84 x 152
Des oiseaux de nuit dans une cage de verre. L'ombre couvre la ville malgré le reflet falot de chez Phillies. Nulle rumeur ne monte de la rue. Le temps s'est arrêté. Ils sont venus se réfugier à la lumière crue des néons en attendant le jour. Y aura-t-il encore un autre jour ?
Edward Hopper, Grand Palais, Galeries nationales, 10 octobre 2012 – 28 janvier 2013.