Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).
Ad Reinhardt, Ultimate Painting n° 6, 1960, CNAC Centre Georges Pompidou.
Qu'y a-t-il à voir ?
Je n'ai rien vu, et pourtant il y a quelque chose, dit Cyrus Smith - un personnage de l'Ile mystérieuse de Jules Verne - en remontant d'un puits après l'avoir exploré.
Qu'y a-t-il ?
Que voit-on ?
L'art ne reproduit pas le visible, il rend visible.
Paul Klee, Confession d'un créateur, 1920, repris dans Théorie de l'art moderne – publication et traductions à partir de1945.
Somme toute, l'artiste n'est pas seul à accomplir l'acte de création car le spectateur établit le contact de l'œuvre avec le monde extérieur en déchiffrant et en interprétant ses qualifications profondes et par là ajoute sa propre contribution au processus créatif.
Marcel Duchamp, Houston, 1957.
> note *
Markus Raetz, Profil, 1987, F.R.A.C. Pays de la Loire.
Qu'y a-t-il ? Que voit-on ?

René Magritte, La Condition humaine I, 1933, The National Gallery of Art, Washington.
_ Qu'y a-t-il derrière la toile posée sur un chevalet devant la fenêtre ?
Ce qu'on voit sur la toile ? Une imagination de l'artiste ? Rien ?
_ Que voit-on derrière la toile posée sur un chevalet devant la fenêtre ?
Evidemment, on ne voit rien.
On peut apprendre à regarder.
Le réel n'est ni de l'ordre d'un univers idéel dont ne nous serait donnée que l'ombre portée ni de l'ordre d'une pure représentation détachée.
La question demeure au seuil de toute expérience commune partagée.
L'art donne à voir / à être pour nous du visible.
Une oeuvre d'art relève d'une technique de production du visible par laquelle nous constituons du réel et par laquelle nous nous constituons comme sujets.
C'est là une histoire, notre histoire, toujours recommencée,
d'où les jeux, les questions, qui provoquent et accompagnent toute recherche artistique.
_ Présence / représentation, ombre et lumière de l'ombre
Jean-Pierre Bertrand, Sans titre (vitrail), Eglise Saint-Andéol, Bourg-Saint-Andéol, 1990.
_ Visuel / figuratif, les plaies du Christ se prolongent en fleurs.
Fra Angelico, Noli Me Tangere, 1440-41, Couvent San Marco, cellule 1, Florence.
_ Caché / dévoilé.
Nous avons déjà montré la porte d'Etant donnés, nous n'en franchirons pas le seuil…
… ou alors si vous y tenez vraiment…
Jeux entre une représentation qui se donnerait au principe du réel, la vision première étant rapportée à l'illusion ou au reflet [Brunelleschi, son expérience, Place San Giovanni à Florence, vers 1415, et l'invention de la costruzione legittima, la perspective], et une image qui s'affirmerait comme illusion, mise en scène d'une illusion.
Duchamp, La Mariée mise à nu par ses célibataires, même, 1915-1923, Philadelphia Museum of Art.
Une oeuvre d'art se définit par l'ambiguïté, la distance, qu'elle entretient avec l'ustensile [Marcel Duchamp, Porte-bouteilles] et le décor [Claude Rutault, Salle des plattes peintures, Chambre du Roi, Château d'Oiron, 1993].
Par les problématiques qu'elle institue (visible / réel, signifiant / signifié), la création artistique rend compte de notre expérience commune, comme une mise en scène de notre vécu.
C'est-à-dire qu'en présence d'une oeuvre d'art, on s'arrête en reconnaissant une expérience personnelle (le sentiment du déjà vu).
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note * - … les choses qui m'entourent me dépassent à condition que j'interrompe mon commerce habituel avec elles et que je les retrouve, en deçà du monde humain où même vivant, sous leur aspect de choses naturelles. [...] Chaque chose n'affirme son être qu'en me dépossédant du mien, et je sais toujours sourdement qu'il y au monde autre chose que moi et mes spectacles. [...] Quand je découvre un paysage jusque-là caché par une colline, c'est alors seulement qu'il devient pleinement paysage et l'on ne peut pas concevoir ce que serait une chose sans l'imminence ou la possibilité de mon regard sur elle.
Maurice Merleau-Ponty, Sens et non-sens, publié en 1966.
Voir c'est toujours voir plus qu'on ne voit.
Maurice Merleau-Ponty, Le Visible et l'invisible, publié en 1964.